L'Oise Agricole 28 janvier 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

ACE: le prix du lait sape le moral des éleveurs

L’assemblée générale de la section Oise d’ACE (Avenir Conseil Élevage) a eu lieu jeudi dernier 21 janvier à Grandvilliers.

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à la tribune, Patrice Désesquelles, vice-président d’ACE, président de la section Oise, Isabelle Holvoët, directrice, Alain Jumelle, président, et Patrick Arpin, vice-président, candidat aux prochaines élections pour la présidence.
à la tribune, Patrice Désesquelles, vice-président d’ACE, président de la section Oise, Isabelle Holvoët, directrice, Alain Jumelle, président, et Patrick Arpin, vice-président, candidat aux prochaines élections pour la présidence. - © Bernard Leduc

Ambiance morose chez les adhérents ACE de l’Oise réunis en assemblée générale. La cause : les prix actuels qui leur sont versés, qui ne rétribuent pas leur travail, ou même les obligent à produire à perte. Le sujet, qui n’était pas à l’ordre du jour, a terni les débats qui portaient sur l’activité de cette coopérative de services.

Alain Jumelle, président d’ACE, a cependant évoqué la chute des cours due aux aléas des marchés, qui font suite au passage d’une production encadrée à une production contractualisée. Il y a «un phénomène de concurrence stratégique pratiqué par certaines régions d’Europe, des pays du Nord ou de l’Ouest, qui visent à forcer la restructuration de la production, pour mieux la concentrer chez eux», disait-il, en posant la question des schémas de développement dans les exploitations de notre région, ou, au contraire, aux décisions d’abandon de l’élevage.

Les orientations prises par le conseil d’administration d’ACE ont tenu compte des bouleversements qui s’annonçaient, en adaptant les services proposés aux adhérents.

La gamme est très large, pour répondre aux attentes des éleveurs, avec plusieurs options de mesures de performances et 4 niveaux de conseils généralistes en lait, en préservant la qualité et la rigueur des prestations. 10 domaines d’activités sont proposés, dans tous les domaines de l’élevage, de l’alimentation, de la qualité sanitaire du troupeau et de son environnement.

Des services adaptés

L’un de ces domaines concerne l’analyse technico-économique. Au cours de la campagne, près de 350 éleveurs ont réalisé un suivi économique avec ACE. Cela leur permet de connaître leurs marges brutes et cela peut aller jusqu’à un accompagnement de projet.

L’étude globale faite avec les résultats ainsi obtenus indique une marge brute moyenne de 220 € par 1.000 litres (calculée avec un prix du lait de 362 € sur la campagne laitière 2014-2015), cette moyenne cachant d’énormes disparités : de 176 € pour le quart inférieur du groupe, à 259 € pour le quart supérieur. Les écarts se retrouvent sur tous les postes, de productivité, coûts d’alimentation et charges d’élevage, valorisation des vaches de réforme, ou encore qualité du lait (prix payé).

Des réunions sont proposés courant juin aux éleveurs qui ont opté pour ce service ; ils sont plus de 80% à y participer pour faire le bilan et échanger sur leurs chiffres et leurs pratiques. «C’est le service qui, de loin, m’est le plus utile», témoignait Vincent Delargillière lors de cette assemblée générale.

Les autres domaines proposés sont très divers, ils portent par exemple sur la qualité du lait, le contrôle des installations de traite, les bâtiments et l’environnement, les fourrages. Et un effort particulier est apporté actuellement dans le domaine du parage et des boiteries.

Par ailleurs, le développement des robots de traite (présents dans 164 élevages adhérents) a nécessité des compétences particulières, pour gérer entre autres sujets le problèmes des contaminations croisées dans le lait.

Rigueur de gestion

«Le contexte général de l’élevage, associé aux choix stratégiques engagés par notre société coopérative, n’a pas permis d’atteindre l’équilibre des comptes sur l’exercice clos au 31 août 2015», regrettait son président. L’exercice se solde en effet par un léger déficit, ne représentant que 2% du chiffre d’affaires (qui atteint 9 millions d’euros), alors que l’exercice précédent s’était déjà soldé par un déficit, de plus du double. Mais la situation de la coopérative est saine : sur un total bilan de 5,922 millions d’euros, les fonds propres représentent 4 M€.

Dans cette entreprise de services, le poste le plus important côté charges est évidemment celui des charges de personnel, qui n’ont augmenté que de 2,1% sur le dernier exercice, expliquait la directrice, Isabelle Holvoët. Et côté recettes, ce sont les cotisations des éleveurs, pour 90 % du total ; mais «le niveau de tarification augmente tous les ans», faisait remarquer Patrice Payen. L’effort de modernisation des équipements et des procédures est poursuivi, permettant des gains de productivité ou des économies sur certains postes. Une partie des contrôles peut être réalisée par les éleveurs eux-mêmes, ce qui permet une modulation sur le niveau de cotisation.

Par ailleurs, des efforts sont faits par la coopérative pour proposer des services sous-facturés, comme le calcul des marges brutes, et pour offrir, depuis deux ans, Synel+ à l’ensemble des adhérents pour leurs enregistrements en ligne ou leur permettre de consulter leurs propres résultats. Cet outil semble pourtant sous-utilisé.

Isabelle Holvoët évoquait aussi la poursuite d’un programme transfrontalier, Interreg IV, pour tenter d’apporter aux producteurs français et belges des marges de progrès, par comparaison des résultats. ACE participe par ailleurs à des actions collectives d’animation et d’information.

à l’issue de cette assemblée, Alain Jumelle, qui était le président de l’organisme de contrôle laitier de la Somme avant d’avoir été élu président d’ACE, a annoncé qu’il ne se souhaite pas renouveler son mandat «après ces quelques années d’enthousiasme et de challenges pour avancer». Il quittera ses fonctions avec le regret de n’avoir pu concrétiser le rêve, «pour résoudre la complexité de l’évolution de ce niveau de prestation, (...) d’une mise en synergie de compétences partenariales avec d’autres OPA».

Patrick Arpin, éleveur dans le Nord et actuel vice-président, a accepté de s’investir à la présidence, Alain Jumelle lui souhaitant «toute la lucidité et la réussir pour les deux décennies qui viennent.»

L’assemblée générale ordinaire pléinière d’ACE aura lieu le 23 février à Ablaincourt-Pressoir, dans la Somme (à proximité de la gare TGV Haute Picardie).

 

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