L'Oise Agricole 18 février 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

La difficile réalité de notre agriculture

Le préfet de l’Oise, récemment arrivé dans le département, a répondu favorablement à une demande de la FDSEA pour une rencontre sur une exploitation d’élevage, pour lui présenter les difficiles conditions que vivent les agriculteurs de l’Oise.

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Au premier plan, Jean-Luc Tourneur, maintenant associé avec son fils Joseph sur cette exploitation, et Didier Martin, nouveau préfet de l’Oise. Et à droite sur la photo, Guillaume Chartier et Jean Guinard, directeur départemental des territoires depuis début janvier 2016.
Au premier plan, Jean-Luc Tourneur, maintenant associé avec son fils Joseph sur cette exploitation, et Didier Martin, nouveau préfet de l’Oise. Et à droite sur la photo, Guillaume Chartier et Jean Guinard, directeur départemental des territoires depuis début janvier 2016. - © Bernard Leduc

Sur l’exploitation de la famille Tourneur à Monceaux-l’Abbaye, cela a été une réunion très ouverte, où les participants ont pu s’exprimer très librement. Ils l’ont fait très simplement, en parlant avec leur cœur, pour décrire leur situation rendue de plus en plus difficile par des prix qui ne rémunèrent plus leur travail et ne permettent plus de faire face aux charges, ni de rembourser leurs emprunts. Avec entre autres, une intervention de Régis Desrumaux, éleveur laitier sur une exploitation d’un peu plus de 120 ha, sur laquelle il a dû lourdement investir pour une mise aux normes, tout en devant réaliser lui-même une partie des travaux. Son principal revenu étant le lait, son prix actuel l’oblige à travailler non seulement pour rien, mais aussi à perte.

«Je ne prélève que 650 euros par mois pour mon ménage. Trouvez-vous normal que l’on doive vivre sur le salaire de ma femme ?» disait-il, estimant que si le prix du lait reste à ce niveau, il va enregistrer une perte de 25.000 € sur l’année. Une réalité qui n’entame pourtant qu’à peine sa passion pour ce métier auquel il consacre tout son temps, dimanches inclus.

Passion qu’il a d’ailleurs transmise à ses enfants qui aimeraient revenir sur l’exploitation. Il estime pourtant qu’en les aidant dans cette voie, il a l’impression de leur faire «un cadeau empoisonné», disait-il.

Jean-Luc Tourneur expliquait aussi la dure réalité vécue sur cette exploitation d’élevage et cette même passion vécue en famille. L’un des fils vient de s’installer, il a fallu s’endetter pour passer le troupeau laitier à 80 vaches et agrandir la ferme en reprenant l’exploitation d’un agriculteur voisin qui, à 52 ans, a préféré abandonner le métier. Il faudra toujours s’adapter, expliquait-il, développer les activités ou agrandir les structures dans lequelles il faut chercher à ne plus être seul, comme il l’a été trop longtemps : «c’est trop dur», dans ce métier où il ne faut pas compter ses heures et il n’y a aucun jour de repos. Mais être plusieurs nécessite de pouvoir dégager plusieurs revenus, au moins pour rétribuer normalement le travail.

Sylvie Lefebvre, vice-présidente de la caisse régionale de MSA, a évoqué le phénomène nouveau de ressortissants du régime qui demandent des aides simplement parce que leurs revenus sont devenus très insuffisants. C’est le cas de familles et surtout de retraités : on sait que les retraites agricoles sont très faibles, des revenus complémentaires sont nécessaires, venant en général du capital obtenu lors de la cession de l’exploitation et des fermages des terres en propriété.

Mais le repreneur est souvent un enfant, qui ne peut plus toujours payer ses engagements, ni les fermages. Parfois, «c’est la misère» qui s’installe et ce que l’on redoute le plus, le suicide, hélas fréquent en agriculture.

Lors de cette réunion, une réaction d’une agricultrice était citée, cette mère de famille étant désespérée, faute de revenu, de ne pouvoir offrir les études supérieures que voudrait suivre sa fille, très bonne élève actuellement en terminale.

 

Organiser les filières

Cette réunion avait débuté par une présentation globale de l’agriculture du département, par Guillaume Chartier : son poids économique et démographique, et l’organisation des agriculteurs, dont les deux tiers sont adhérents de la FDSEA, et qui avaient voté à 77% pour la liste FDSEA-JA lors des dernières élections à la Chambre d’agriculture.

Le président de la FDSEA a rappelé l’abandon de l’organisation des marchés. Il n’y a plus de prix garantis, une réalité assez récente qui n’a pas empêché que, depuis 30 ans, période pendant laquelle le Smic est passé de 320 à 1.457 €, les prix à la production ont baissé (les exemples étaient présentés pour le porc, le lait et l’aviculture) ; cette baisse n’a pas entièrement profité aux consommateurs puisque pendant ce temps, les prix à la consommation ont augmenté. Une organisation par filière est négociée par le syndicalisme, mais les choses avancent très lentement.

Jean-Luc Poulain, président de la Chambre d’agriculture, a également évoqué cet effet de ciseaux défavorable aux agriculteurs, dont les charges ont considérablement augmenté. Et il y a «excès de normes franco-françaises» disait-il, en exprimant son souhait pour les agriculteurs de «pouvoir travailler avec le plus de liberté possible». Hervé Davesne ajoutait que les difficultés conjoncturelles sont constatées par un nombre d’installations en baisse.

Il faut un revenu par les prix, était-il rappelé. Il subsiste des aides, dont celles récemment débloquées dans le cadre de la cellule d’urgence, rappelait le préfet en souligant la mobilisation des pouvoirs publics pour aider l’agriculture française, qui «traverse une mauvaise passe», reconnaît-il.

Mais ces aides ne sont qu’un «saupoudrage» disaient les représentants professionnels, elles n’apportent pas de solution structurelle. Jean-Luc Poulain rappelait la bonne image qu’ont les agriculteurs auprès du public. Ces agriculteurs acceptent de répondre aux demandes sociétales, mais il faut qu’ils puissent vivre de leur métier, de leurs productions.

Jean-Louis Dor, président de la communauté de communes de la Picardie Verte, exprimait sa solidarité avec le monde paysan dont il connaît les difficultés économiques profondes, devant lesquelles les élus locaux sont «totalement impuissants».

Divers autres sujets ont été abordés, dont les dégâts de sangliers - une demande de battue administrative va être déposée pour le secteur de Senlis - ou la nécessité de la préservation des terres agricoles dans les opérations d’aménagement, ou encore l’aberration de certaines contraintes - dont celle de la «sanctuarisation» des prairies. Leur retournement est possible, mais dans une limite régionale qui empêche de fait à maintenir une activité d’élevage devenue non rentable.

Autant de messages bien reçus par le nouveau préfet, qui ira encore à la rencontre des agriculteurs, tout prochainement à l’occasion d’une session de la Chambre d’agriculture dédiée à l’élevage, le 23 février.

Cet après-midi de rencontres était organisée alors que de nombreuses manifestations agricoles se déroulent partout en France. Avec une forte mobilisation, qui semble prouver que les agriculteurs ne sont pas encore résignés dans leurs difficultés mais continuent à vouloir se battre pour l’avenir de leur métier.

 

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