L'Oise Agricole 27 décembre 2013 à 08h00 | Par Arvalis-Institut du Végétal

Stratégie de lutte contre le mildiou de la pomme de terre

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Le mildiou de la pomme de terre (Phytophthora infestans) reste l’une des maladies les plus dangereuses des plantes cultivées :

- une épidémie extrêmement rapide en conditions favorables avec une production de spores très importante et une durée d’incubation très courte ;

- une évolution des souches avec une adaptation facile aux variétés et aux fongicides et une agressivité en augmentation ;

- en zone tempérée, les conséquences économiques sont fréquentes et graves, puisqu’une attaque précoce peut entraîner des baisses de rendement de plus de 50 % et une attaque plus tardive détériore la qualité des tubercules et empêche leur conservation.

Pour contrôler le mildiou, il convient d’éviter l’entrée de cette maladie dans les parcelles et de limiter son développement en associant au mieux différentes actions :

1) Conduire une prophylaxie soignée, généralisée et bien implanter la culture ;

2) Traiter au meilleur moment avec un pulvérisateur parfaitement réglé ;

3) Choisir le fongicide le mieux adapté à chaque situation ;

4) Appliquer la conduite recommandée en cas de mildiou déclaré ;

5) Protéger la culture jusqu’au défanage complet.

Conduire une prophylaxie soignée, généralisée et bien implanter la culture

• Il faut d’abord mettre en œuvre une gestion efficace des tas de déchets et écarts de triages afin d’éviter la dissémination de la maladie.

Un choix judicieux du lieu de stockage doit permettre d’éviter :

- l’écoulement des jus vers les fossés, les points d’eau de surface ou la nappe ;

- les nuisances, odeurs et développement des insectes près des habitations ;

- les dépôts dans les périmètres de protection des captages d’eau potable.

S’il y a beaucoup de tubercules et un risque d’écoulement de jus, un traitement à la chaux vive s’impose. Méthode :

- mélanger la chaux aux pommes de terre à la dose de 10 % du tonnage à traiter ;

- se protéger lors de l’application de la chaux par le port d’un masque, de lunettes, de gants…

- éviter l’écoulement des jus par la réalisation d’une ceinture de rétention autour du silo.

Lorsqu’il y a principalement de la terre (écart de triage), il faut recouvrir le tas de déchets d’une bâche plastique de type ensilage avant l’apparition de la végétation. La bâche doit être en bon état et maintenue au sol (terre, lestage mobile…).

Afin d’avoir une bonne gestion du parasitisme, il est fortement déconseillé d’épandre des déchets de pomme de terre sur les parcelles susceptibles de recevoir de la pomme de terre dans l’avenir. Ne plus épandre les déchets sur les parcelles en jachères (hors rotation pomme de terre) dès le mois de février : la destruction des tubercules par le gel est plus aléatoire.

 

• Éliminer le plus possible les repousses de pomme de terre dans les autres cultures parce qu’elles favorisent la dissémination du mildiou. Il est donc important de limiter leur développement. Une lutte culturale doit être mise en place :

- éviter de laisser trop de tubercules sur le sol lors de la récolte

- ne pas épandre de résidus de pomme de terre au printemps

- éviter l’enfouissement des tubercules à la récolte

- préférer l’implantation des céréales en non labour afin de favoriser l’action du gel.

 

• Utiliser un plant sain. Le plant certifié garantit un niveau de qualité satisfaisant.

 

• Gérer l’implantation des parcelles : évitez l’implantation des zones où le traitement et la récolte sont difficiles (ou interdits). Pour éviter la création de tout foyer dans la parcelle, il convient avant tout d’assurer une protection de l’ensemble de la parcelle :

- coin de champ

- bordure de parcelle ,notamment près de bois, de chemins, de haies

- tour de pylône ou obstacle

- bordure de rivière et/ou de points d’eau : pour tous les fongicides, une zone de non traitement (ZNT) est obligatoire ; sa largeur diffère selon les spécialités (voir étiquette)

- courts-tours, fourrières difficilement accessibles.

 

 

Traiter au meilleur moment avec un pulvérisateur parfaitement réglé

• Vérifier la qualité de la pulvérisation, en utilisant un pulvérisateur contrôlé et parfaitement réglé afin de limiter les effets sur l’environnement

Traiter de façon homogène toute la parcelle : démarrage de traitement, courts-tours, raccordement de rampe.

Traiter quand les plantes sont réceptives : bonne hygrométrie, absence de vent, température modérée…

Respecter les zones de non-traitements (ZNT) aux abords des points d’eau réglementées pour les spécialités.

 

• Traiter si nécessaire et en bonnes conditions

Il s’agit d’intervenir en fonction du risque épidémique (juste avant chaque contamination grave), de la sensibilité des variétés, de l’environnement et de certaines pratiques culturales, notamment l’irrigation.

Les Bulletins de santé du végétal et/ou le système de conseils à la parcelle Mileos® (associant prévisions par les modèles épidémiologiques et situation sanitaire de la micro-région) sont indispensables.

 

• Date de la première intervention

- La décision de traitement est prise en fonction de la sensibilité variétale. Pour une variété sensible, on attend la 3e génération, pour une variété de sensibilité intermédiaire la 4e génération et pour une variété résistante, on attend la 5e génération.

Les seuils de risque sont disponibles dans le système de conseil à la parcelle Mileos® ou les bulletins de santé du végétal (BSV). Attention, il faudra tenir compte de la présence d’inoculum primaire dans l’environnement (sur tas de déchets, jardins particuliers ou cultures bâchées) dans le raisonnement des traitements.

- Le stade de développement de la plante n’est pas un critère fiable de décision de déclenchement du premier traitement.

- En zones de primeurs, du fait de la diversité de situations, il convient de se reporter aux bulletins de santé du végétal (BSV) local ou sur constat de mildiou dès le débâchage.

Phase épidémique : le système de conseils à la parcelle Mileos® permet de simuler l’épidémie et donc d’en déduire les meilleures dates d’intervention. Il permet d’éviter certains traitements en l’absence de risque, mais ils doivent toujours être complétés par des observations de terrain.

 

• Tenir compte de la sensibilité variétale

- La prise en compte de la tolérance variétale vis-à-vis du mildiou du feuillage est un critère essentiel pour limiter le nombre de traitements. Mileos® et les BSV régionaux prennent en compte la résistance variétale pour élaborer les conseils de traitements.

- La sensibilité sur feuillage n’est pas corrélée à la sensibilité sur tubercules : pour les variétés très tolérantes sur tubercules, quelques traces de mildiou en fin de saison sur feuillage auront peu d’incidence sur la qualité de la récolte.

- Les variétés sont caractérisées au regard de leur résistance ; toutefois, cette tolérance évolue dans le temps. Des essais de comportement implantés par plusieurs SRPV, Fredon et Arvalis-Institut du végétal l’ont mis en évidence. Il convient donc de réagir en fonction de ces évolutions.

À l’exception des variétés très sensibles (Bintje par exemple) ou très résistantes et récentes (Coquine par exemple), le comportement des variétés intermédiaires est assez difficilement prévisibles d’une année à l’autre et d’un site à l’autre (voir les 2 graphiques en page précédente). Cette prévision est d’autant plus difficile que la variété est inscrite au catalogue depuis très longtemps. Malgré tout, les seuils utilisés par Mileos® sont suffisamment prudents pour éviter des erreurs de raisonnement de la protection au champ.

 

Choisir le fongicide le mieux adapté à chaque situation

Il convient de choisir les spécialités fongicides en fonction de leur mode d’action, de la pression de la maladie, des conditions de lessivage et de l’évolution de la culture. Il faut souligner :

- l’intérêt particulier de certaines spécialités pour la protection des tubercules ;

- l’intérêt des produits de contact élaborés et des produits translaminaires pendant les périodes de lessivage important (orages et pluies) ;

- l’intérêt des produits pénétrants (à base de cymoxanil) pour le rattrapage de contaminations récentes (1 à 2 jours maximum) ;

- l’intérêt de certains produits ascendants à diffusion acropétale et translaminaire pendant la phase active de croissance du feuillage.

Compte tenu des risques de développement de la résistance aux substances actives, une stratégie de gestion des risques doit être mise en place. Le tableau de synthèse et le dépliant reprennent la classification des familles chimiques des différents produits et leur mode d’action.

 

Conduite recommandée en cas de mildiou déclaré

Il faut respecter tous les points évoqués précédemment pour éviter cette situation. En effet, aucune solution ne permet de supprimer le mildiou en place, toutes les techniques proposées ont pour seul objet de tenter de protéger le feuillage encore sain et aussi de ralentir l’évolution de l’épidémie. L’utilisation de modes d’action anti-sporulants complémentaires (réduction de la quantité de spores produites et action sur la viabilité des spores produites, se référer au tableau de synthèse ou au dépliant) est vivement recommandée.

Si des foyers sont bien isolés dans la parcelle, les détruire au plus vite. Attention, s’il y a un transport des fanes, il faut les mettre dans un sac plastique.

 

Protéger la culture jusqu’au défanage

La date de défanage est décidée en fonction des critères culturaux et technologiques.

La protection fongicide avant et après le défanage est particulièrement importante pour obtenir des tubercules sains. En effet, à cette époque, toute tache, même isolée mais sporulante, est source de contamination directe des tubercules en cas de précipitations.

Dans le cas d’utilisation d’un produit de contact et si la destruction de la végétation est trop lente et/ou les conditions climatiques sont favorables au mildiou, il est nécessaire de maintenir la protection fongicide jusqu’à la destruction complète de la végétation.

Utiliser des produits dont le DAR (délai avant récolte) est compatible avec les dates de défanage et de récolte prévues.

 

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