L'Oise Agricole 26 novembre 2015 à 08h00 | Par Marc de Sousa

On se fait tailler des croupières par nos voisins européens

Face à la concurrence en Europe et en France, la filière porcine régionale peine à sortir la tête de l’eau.

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De g. à dr. : Jean-Michel Serres, président d’Interporc Nord-Picardie et Christophe Dusannier, président de l’URGPP. Jean-Michel Serres quittera la tête de l’interprofession porcine régionale en début d’année prochaine.
De g. à dr. : Jean-Michel Serres, président d’Interporc Nord-Picardie et Christophe Dusannier, président de l’URGPP. Jean-Michel Serres quittera la tête de l’interprofession porcine régionale en début d’année prochaine. - © MDS

Les années se suivent et ont tendance à se ressembler pour les éleveurs porcins de la grande région Nord-Picardie. «Nous avons vécu une autre année catastrophique», résument ainsi Christophe Dusannier et Jean-Michel Serres, respectivement président de l’Union régionale des groupements de produc teurs de porcs (URGPP) et président d’Interporc Nord-Picardie, lors de l’assemblée générale des deux structures, qui s’est déroulée le 20 novembre dernier dans les locaux de la Chambre des métiers et de l’artisanat d’Arras.

«Nous souffrons des distorsions de concurrence avec nos voisins allemands et espagnols tant sur le plan social que fiscal, indique le président de l’URGPP. Ces derniers ont également fait le choix de tailles d’élevage beaucoup plus importantes que chez nous, ce qui leur permet de gagner en compétitivité. » Et d’ajouter : «Ils sont en train de nous tailler des croupières. Clairement, on ne joue plus dans la même cour.» Entre 2005 et 2014, la production porcine régionale a ainsi reculé de 6 %. Alors que la plupart des voyants sont au rouge, le constat est clair : «La région Nord-Picardie est en concurrence directe avec les autres pays européens, mais aussi avec les autres régions de production françaises, notamment la Bretagne, explique Christophe Dusannier. Nous avons un bassin de consommation de six millions de personnes, mais la production régionale (1 088 635 porcs en 2014 contre 1 098 142 en 2013) ne permet pas de couvrir l’ensemble des besoins.»

Miser sur le local pour «tenir un volume»

Pour sortir la filière régionale de l’ornière, le président de l’URGPP souhaiterait s’inspirer des solutions qui marchent. «Afin de tirer notre épingle du jeu, nous devons capitaliser davantage sur le concept de porc local : un animal né, élevé et abattu dans la région. Des initiatives de ce type existent déjà. D’ailleurs, ceux qui ont adopté cette approche locale sont ceux qui s’en sortent le mieux dans le marasme actuel. Nous devons y réfléchir également au sein de l’URGPP.» Et de poursuivre : «Il ne s’agit pas, bien sûr, de la panacée, admet-il. Mais dans la crise que nous traversons actuellement, ce genre de démar - ches permet au moins de tenir un volume.»

Seulement la moitié (50,5 %) des porcs charcutiers produits en Nord- Picardie sont abattus en région, l’autre moitié l’est soit en Belgique (37 %), soit ailleurs en France (12,5 %). «Il est pourtant intéressant de pouvoirvendre ses porcs à proximité pour limiter les coûts d’approche et approvisionner le marché local, souligne Christophe Dusannier. Mais les porcs abattus à Saint-Pol-sur- Ternoise par Bigard sont-ils valorisés localement ?» Gérer les reports en élevage Toujours est-il qu’aujourd’hui, «on en est même plus à demander un prix, confie le président de l’URGPP. Nous ne parvenons plus à évacuer nos cochons, et nous devons gérer ces reports en élevage. On se demande comment passer le creux des fêtes de fin d’année qui, traditionnellement, sont la pire période de vente pour la viande de porc».

D’autant que les premières estimations concernant la consommation française de viande fraîche de porc sont alarmantes avec une baisse de 1,5 % par rapport à 2014 sur les deux premiers trimestres de 2015. Surtout, celle-ci aurait plongé de 10 % au troisième trimestre. «Certains se posent la question de savoir s’ils tiendront le choc jusqu’en début d’année prochaine», s’alarme Christophe Dusannier.

Depuis le début de l’année, une quinzaine de sites ont déjà cessé leur activité (19 en 2014, 28 en 2013). On assiste à une accélération de la restructuration des élevages déjà largement entamée avec la mise aux normes bien-être : «Les fermetures de site sont compensées par les augmentations de cheptel dans les élevages les plus performants, précise le président de l’URGPP. Si la production porcine régionale n’a pas baissé de façon significative, celle-ci ne se développe plus.»

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