L'Oise Agricole 07 janvier 2016 à 08h00 | Par Laurence Goudet-Dupuis

Le Second empire : l’âge d’or des campagnes

Éric Anceau, historien, a présenté les éléments du Second empire qui ont construit l’agriculture actuelle et l’influence de Napoléon III sur le secteur agricole à travers une conférence tenue lors de l’assemblée générale de Valfrance le 10 décembre à Meaux.

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Éric Anceaux, historien, avait été invité par Valfrance pour son assemblée générale plénière, le 10 décembre dernier à Meaux.
Éric Anceaux, historien, avait été invité par Valfrance pour son assemblée générale plénière, le 10 décembre dernier à Meaux. - © Laurence Goudet-Dupuis

Cet historien meldois (*) et enseignant d’histoire contemporaine à Paris-Sorbonne et Sciences-Po Paris, Éric Anceau, se passionne pour le second empire (1852-1870), une période marquée par un souverain, Napoléon III. Cette époque exceptionnelle pour l’agriculture et le milieu rural, appelée «l’âge d’or des campagnes», a été présentée lors de l’assemblée générale de Valfrance.

L’image de l’agriculture véhiculée par la littérature, les peintres (Les glaneuses, de Millet, par exemple) tend à s’estomper durant cette période.

En 1848, la création de la seconde république fait de Louis Napoléon Bonaparte, appelé Napoléon III, le premier Président de la République. Il doit son élection à la légende napoléonienne au sein des campagnes -30 millions de ruraux dont 15 millions d’actifs ruraux pour une population totale de 40 millions d’habitants. Pour Napoléon III, surnommé «l’empereur des Français», «le bon état agricole est le meilleur moyen de fixer les populations».

Dès le début de l’empire en 1852, il va choyer les populations rurales et agricoles en ayant en tête des considérations économiques et sociales doublées d’un aspect politique.

Il termine le cadastre (14 millions de propriétaires, 1 % de cotes sont inférieures à 100 ha) . L’État effectue une enquête pour connaître les besoins des agriculteurs et dans le même temps, l’agriculture est rattachée au commerce et aux travaux publics avec la création d’un grand ministère, une première.

Napoléon III se transforme également en paysan dans ces domaines et soutient le développement agricole. On lui doit le développement de la poudre à poisson comme engrais, des phosphates chimiques… Il révolutionne également le crédit en créant le crédit foncier de France. Un bémol : une partie des fonds sera détournée, notamment pour financer les travaux du baron Haussman à Paris.

à la même époque, se produit une révolution dans les transports. Elle sera déterminante pour le chemin de fer qui a acquis beaucoup de retard : 3.000 km en 1848 à 17.000 km en 1870. L’arrivée du train dans les différentes provinces marquera le début de la spécialisation des régions : le pays du Charolais devient le pays de l’embouche, le Léon celui du maraîchage, le Languedoc une mer de vigne. Les écarts de prix entre provinces se réduisent.

La voie d’eau pâtit du développement des voies ferrées. Quant à la route, elle est déjà en place. Et en 1860, un gigantesque programme s’attelle aux routes communales et chemins vicinaux. La troisième République en 1870 achèvera ce programme.

Des grands travaux sont mis en place dans des régions «insalubres» comme la Sologne, la Brenne, la Champagne et les Landes de Gascogne.

À l’échelle internationale, la libéralisation des marchés se poursuit par la signature d’une douzaine de chartes avec différents pays dont une signée par la reine Victoria qui fut très importante pour l’agriculture française, la grande Bretagne ayant sacrifié son agriculture - exceptée la production ovine- face à l’industrie.

Des progrès spectaculaires

Les résultats sont spectaculaires durant cette période. La SAU s’accroît et atteindra même un record historique en 1870. La production de blé a doublé durant la Restauration et aucune année dramatique n’est à noter. C’est l’apogée de la mer de vigne en Languedoc et les vins de Bordeaux sont classés. Seul le cheptel progresse peu.

La commercialisation des produits agricoles s’améliore grâce à la création d’outils de commercialisation. Par exemple, les halles Baltard, tout comme le marché aux bestiaux de La Villette, ont été dessinés par Napoléon III.

En parallèle, le revenu des salariés et des domestiques agricoles progresse et, avec, leur niveau de vie. L’habitation évolue avec une maisonnette en pierre. Le chaume, prohibé en raison des incendies, est remplacé par des tuiles. La carriole se développe.

Face à ce tableau, Éric Anceau conclut : «durant cette période, la population rurale y trouve son intérêt et ne le fait pas par soumission».

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