L'Oise Agricole 30 juillet 2015 à 08h00 | Par Valérie Godement

Le considérable pouvoir du blé

L’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques) a récemment organisé un colloque sur le blé et la place qu’il occupe dans les relations internationales.

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70 % des 700 millions de tonnes de blé produites dans le monde servent à nourrir directement les hommes, soit environ 480 millions de tonnes. La part dédiée à l’alimentation animale est de l’ordre d’environ 20 %, soit près de 135 millions de tonnes, dont 50 millions de tonnes uniquement au sein de l’Union européenne.
70 % des 700 millions de tonnes de blé produites dans le monde servent à nourrir directement les hommes, soit environ 480 millions de tonnes. La part dédiée à l’alimentation animale est de l’ordre d’environ 20 %, soit près de 135 millions de tonnes, dont 50 millions de tonnes uniquement au sein de l’Union européenne. - © Stéphane Leitenberger

De toutes les céréales, le blé est sûrement celle qui occupe la place la plus essentielle pour l’humanité. Il est cultivé depuis des millénaires et sert de produit alimentaire de base pour les humains sous forme de pain, pâtes, biscuits et pâtisseries. «Cette utilisation est la plus répandue et la plus connue du blé. 70 % des 700 Mt produites dans le monde servent à nourrir directement les hommes, soit environ 480 Mt. La part dédiée à l’alimentation animale est de l’ordre d’environ 20 %, soit près de 135 Mt, dont 50 Mt uniquement au sein de l’UE. L’usage du blé à caractère industriel reste encore marginal, avec environ 20 Mt dans le monde», explique Sébastien Abis, administrateur au secrétariat général du Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) et chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), et auteur de Géopolitique du blé, un produit vital pour la sécurité mondiale, un ouvrage qui vient de paraître.

«Au-delà de l’alimentation vivrière, le blé est un enjeu économique et politique. Les besoins sont toujours en forte augmentation. Le XXIe siècle redécouvre le défi alimentaire mondial, notamment pour les céréales et en particulier le blé», constate Philippe Pinta, président de l’AGPB (Association générale des producteurs de blé). Le blé revêt bel et bien un enjeu géopolitique quand on sait que 85 % de la production sont réalisés dans seulement dix Etats (Allemagne, Argentine, Australie, Canada, Chine, Etats-Unis, France, Inde, Kazakhstan, Russie, Ukraine). Ces pays ont donc un certain pouvoir quand le déficit en blé pour les pays en développement est passé de 30 à 70 Mt entre 1970 et 2010. Il pourrait dépasser 110 Mt en 2050.

L’Egypte, premier pays en termes d’achat de blé (10 Mt de tonnes pour faire face à son déficit intérieur), ainsi que l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, sont particulièrement dépendants des marchés extérieurs puisqu’ils totalisent le tiers des importations. «De tels volumes achetés sur les marchés entraînent des coûts économiques colossaux, outre l’affichage d’une vulnérabilité structurelle majeure», note Sébastien Abis. Dans le classement des importateurs viennent ensuite l’Asie et l’Afrique subsaharienne.

Tous les pays où la population consomme du blé essaient d’en produire, mais parviennent rarement à la fois à nourrir les habitants et à exporter (environ 20 y réussissent). «L’insécurité alimentaire et la dépendance envers les approvisionnements extérieurs sont deux très grandes vulnérabilités pour un Etat. Comme pour les pays qui n’ont pas d’hydrocarbures, rechercher chaque jour et chaque année des quantités de blé sur les marchés relève une faiblesse stratégique considérable», fait remarquer Sébastien Abis.

Coût du fret et du stockage

Actuellement, 160 Mt sont exportées sur les marchés (dont environ un quart en provenance des Etats- Unis) pour un montant de 50 milliards de dollars. En vingt ans, 60 Mt de blé supplémentaires sont mises après chaque récolte sur les marchés. Ce supplément provient de la région de la mer Noire et des pays de l’Europe de l’Est. «L’Ukraine a fait son grand retour sur le marché du blé en 2000 avec une réorganisation de l’agriculture. Les repreneurs d’anciennes entreprises agricoles collectives se sont orientés vers des agricultures sans subventions. L’agriculture est une arme politique en Ukraine qui n’a, contrairement à la Russie, ni gaz ni pétrole», explique Jean-Jacques Hervé, responsable de l’agriculture au sein de Crédit Agricole Bank d’Ukraine, qui fait par ailleurs remarquer que le secteur privé, contrairement à l’Etat, investit dans les infrastructures, notamment de nombreux silos près d’Odessa.

«Le coût de la chaîne logistique, notamment du fret, est à prendre en compte. Il est par exemple bien plus élevé en Ukraine qu’en France. Il faut tenir compte aussi du coût de stockage. La région de la mer Noire qui a peu de capacité de stockage doit vendre dès la moisson», explique Jean-François Lépy, directeur général de Soufflet Négoce. De nombreux pays pallient ce problème en investissant dans des big bags, ces immenses sacs qui se stockent à l’extérieur et qui peuvent contenir 5 000 tonnes de grain.

La consommation du blé, notamment en raison du pain que l’on trouve désormais dans de nombreux pays, se mondialise et il existe une corrélation entre urbanisation et blé. «Le défi de nombreuses villes en Afrique est de trouver une adéquation entre consommation de pain et importation de blé. Le blé va être produit dans de plus en plus de pays mais ces pays, en raison des incertitudes climatiques, devront en acheter de plus en plus», conclut Sébastien Abis.

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