L'Oise Agricole 26 septembre 2013 à 12h11 | Par Marion Martin

«La fléxi-sécurité, un nouveau mode de pilotage pour l’après-quota»

L’Institut de l’élevage a mené une réflexion sur la fin des quotas. Dans le cadre de ces travaux, Emmanuel Béguin, délégué régional Nord-Ouest de l’Institut de l’élevage, explique ce qui va changer après 2015.

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« L’éleveur va devoir anticiper, se projeter dans le futur et définir une stratégie d’exploitation sur le long terme ».
« L’éleveur va devoir anticiper, se projeter dans le futur et définir une stratégie d’exploitation sur le long terme ». - © OA

Dans le cadre de ces travaux, Emmanuel Béguin, délégué régional Nord-Ouest de l’Institut de l’élevage, explique ce qui va changer après 2015. Il voit dans cette échéance, certes des questionnements, mais aussi des opportunités et donne des pistes aux éleveurs pour s’y préparer.

L’après-quota, c’est en 2015 : à quoi faut-il s’attendre ?


La fin des quotas est marquée par plusieurs changements. Il y a un désengagement de l’État, ce qui va impacter la production laitière qui sera moins soutenue. Il y a la contractualisation : elle est déjà en place pour justement préparer la fin des quotas, si bien qu’il n’y aura pas de rupture complète en 2015. La gestion du lait se fera par les entreprises et les organisations de producteurs auront un rôle clé à jouer, notamment concernant les volumes et les prix. Les éleveurs vont devoir négocier directement avec les entreprises. Le contexte laitier s’adapte donc.
Il faut aussi compter avec des fluctuations plus marquées des marchés, liées à des choix européens. Les matières premières sont plus volatiles, ce qui impacte à la fois le prix du lait, le prix de l’alimentation animale, celui des intrants et cela joue sur la compétitivité des exploitations.
Autre changement : il va falloir piloter l’exploitation. Les éleveurs vont donc devoir apprendre à gérer leur exploitation dans un contexte de conjoncture instable. Ils vont aussi pouvoir et devoir profiter d’opportunités de marchés. Ils seront encore plus en concurrence avec des producteurs d’autres pays, qui pour certains sont prêts à produire beaucoup plus de lait. Travailler les coûts de production sera donc essentiel pour l’exploitant.

Comment les éleveurs doivent-ils s’y préparer ?


Les éleveurs doivent anticiper la fin des quotas et ce dès maintenant, afin de préparer leur propre stratégie. D’abord, commencer par définir leurs attentes, aussi bien privées que professionnelles. Qu’est-ce que je veux ? c’est-à-dire prendre en compte ses besoins, ses envies, ses motivations et ce que l’éleveur recherche en terme de travail. Les exploitations sous forme sociétaire devront aussi faire ce travail afin de voir si les aspirations de chacun des associés concordent.
Ensuite, les éleveurs doivent se rapprocher de leur entreprise afin de connaître sa stratégie en terme de volume. Savoir quand la laiterie a besoin de lait. Par exemple, des entreprises qui produisent des produits ultra-frais vont demander du lait plutôt en été, d’autres demanderont des livraisons régulières toute l’année. Il est primordial que le producteur connaisse bien le besoin de sa laiterie et qu’il adapte sa production en fonction.
Puis il faut déterminer les facteurs qui limitent la production de l’exploitation. L’exploitant va donc devoir mesurer ses capacités de production : la main-d’œuvre, la surface, les bâtiments, les réglementations. L’institut de l’élevage a mis en place un outil, Capacilait, permettant d’obtenir pour chaque facteur le potentiel de l’exploitation en effectif de vaches laitières. Cet outil aide l’exploitant à se projeter, à déterminer ses priorités de développement ou d’amélioration. Une fois que l’exploitant sait ce qu’il veut et connaît ses capacités de production, il peut se projeter et décider de son avenir : j’investis, j’embauche, je me diversifie…
Dans un contexte de fluctuation des marchés, il est nécessaire que l’éleveur étudie ses capacités à produire plus ou moins en fonction de la demande et être en accord avec les besoins de son entreprise, car cela va jouer sur la rentabilité de son exploitation. L’éleveur doit être flexible : il doit adapter le volume de lait à la demande, tout en se sécurisant, c’est-à-dire en ajustant son système pour assurer son revenu. Avec cette démarche de flexi-sécurité, les exploitants vont gérer leur exploitation autrement.
Certes, cela représente un coût non négligeable, mais cela en vaut le coup à long terme. Il existe trois moyens sur lesquels l’éleveur peut jouer : l’alimentation, la traite, les effectifs et la conduite du troupeau.
Par exemple, renouveler suffisamment les effectifs pour pouvoir mobiliser des vaches si besoins, ou au contraire réduire la production en diminuant les concentrés.
L’éleveur va devoir anticiper, se projeter dans le futur et définir une stratégie d’exploitation sur le long terme. Faire le point sur son exploitation en termes de travail et de compétitivité. Même si c’est difficile, l’éleveur va se remettre en cause. Chose qui fait encore défaut à l’heure actuelle.
Un des gros points noirs en élevage, c’est l’aspect travail. Ici, en Picardie, la concurrence entre l’élevage et les cultures est forte. L’astreinte du travail pèse de plus en plus fort dans les élevages, il faut trouver des solutions.
Nous y travaillons notamment dans le cadre de l’opération Vivre l’élevage en Picardie en accompagnant les exploitants qui ont des problèmes d’organisation du travail afin de pérenniser leur outil.
Il y a certes l’après-quota, mais beaucoup d’autres choses vont changer, notamment sur le plan technique. Les outils de précision se développent de plus en plus, par exemple dans la génomique. Ces outils permettent d’avoir des animaux plus performants. Ces technologies ne sont pas toujours utilisées à leur optimum, les agriculteurs vont devoir se former. Le métier évolue fortement.

Emmanuel Beguin : « L’éleveur va devoir mettre en place une démarche de flexi-sécurité, c’est-à-dire ajuster son système pour sécuriser son revenu ».
Emmanuel Beguin : « L’éleveur va devoir mettre en place une démarche de flexi-sécurité, c’est-à-dire ajuster son système pour sécuriser son revenu ». - © OA

A-t-on les atouts pour produire du lait en Picardie ?


Beaucoup de pays ont des atouts pour produire du lait, mais ceux de la France sont indéniables. Les éleveurs français manquent toutefois de lisibilité car il n’y a pas de stratégie nationale.
La Picardie a énormément d’atouts. Il existe deux régions herbagères : le Pays de Bray et la Thiérache. 80 % des exploitations sont en polyculture-élevage. La complémentarité entre les deux ateliers est un énorme avantage au point de vue fertilisation, intrants, effluents… même s’il reste encore à améliorer les pratiques agronomiques. D’un point de vue économique, ce système est performant avec un niveau de revenu intéressant car la main-d’œuvre est répartie sur les deux ateliers. Le système permet ainsi de dégager une capacité financière pour investir.
La Picardie est moins sensible aux aléas climatique que d’autres régions, même si certaines années ont été difficiles, par rapport à la sécheresse par exemple. Cela est sécurisant pour les ressources en fourrages, la capacité à produire. Et on n’est pas limité par la surface.
Enfin, la Picardie a un gros potentiel de débouchés pour son lait car elle est proche des grands bassins de consommation du Nord de la France et de la région parisienne.

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