L'Oise Agricole 04 octobre 2013 à 15h09 | Par Sébastien Daguenet

Qui va piloter les élevages laitiers de demain ?

An production laitière à débouché industriel, l’accroissement de la productivité du travail sera probablement nécessaire. C’est la conclusion fréquente des comparaisons internationales de systèmes de production.

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Le profil de l’éleveur laitier va changer.
Le profil de l’éleveur laitier va changer. - © OA

Augmenter le litrage produit par éleveur réduit les coûts et, en corollaire, augmente le potentiel de gain.

Néanmoins, en parallèle, l’éleveur laitier ne peut être une exception dans la société. Comme son conjoint, sa famille, ses amis, il veut disposer de temps libre. Mais comme les autres chefs d’entreprise, il doit maîtriser des compétences multiples (technique, gestion, management) et savoir prendre des risques. Enfin, pour faire face à la volatilité qui devient la règle, à la pression administrative et à l’exigence de la filière, il lui sera essentiel de maintenir une motivation sans faille.

 

Concilier productivité, qualité de vie, compétence et motivation

Il n’y a bien sûr pas de schéma type et la recette miracle du voisin n’est peut être pas celle qui vous convient. 2015 est un tournant et il est essentiel de définir sa stratégie : en tant qu’éleveur, quels sont mes objectifs personnels (projet de vie, revenu disponible, trajectoire de l’entreprise) ? Après ce positionnement, en phase avec la stratégie de sa laiterie, on va mettre en place l’organisation et les facteurs de production adéquats.

La tentation est de compenser l’accroissement de productivité par une mécanisation poussée, voire l’automatisation généralisée. Le risque est d’avoir des coûts de structure élevés, un système rigide, peu adaptatif à la conjoncture. L’intérêt est d’améliorer le confort, la pénibilité et de maintenir la motivation.

Mais, à l’avenir, il semble difficile de produire du lait seul, durablement, même en étant extrêmement équipé. Cette organisation serait très sensible aux aléas de la vie et à une variation de motivation.

 

L’association, le salariat, la sous-traitance et les partenariats vont se développer

L’association permet à chacun de se concentrer sur les domaines qu’il maîtrise le mieux et est bien adaptée à la production laitière. En effet, cela permet de concilier temps libre et astreinte quotidienne. La remise en cause est aussi plus facile à plusieurs que seul. En contrepartie, la prise de décision est parfois plus complexe. Bien sûr, il faut savoir faire des compromis. Cela fonctionne si l’organisation répond à un objectif partagé, à une vision et des valeurs communes.

Les échecs sont souvent liés à une vision différente du travail et des questions foncières. Ce dernier point ne devrait plus être un souci avec la disparition des quotas. En effet, il sera possible de créer des associations purement laitières, les SCL actuelles en sont un prototype.

Le partenariat sera une forme moins poussée d’association. Il s’agit plutôt d’une fragmentation du cycle de production. On peut imaginer des partenariats sur l’élevage des génisses, les effluents (plan d’épandages, paille-fumier, méthanisation), les cultures (garder des rotations cohérentes, valoriser des coproduits), la distribution de l’alimentation, la traite, le partage de la main-d’œuvre...

Pour cela, il faudra lever les a priori et (re)créer une dynamique collective.

La sous-traitance ne sous-entend pas le principe d’échange du partenariat. Dans ce cas, l’objectif est de réduire le coût de production, de se débarrasser de tâches chronophages ou qui n’apportent aucune plus value technique (épandages...).

Enfin, le salariat se développe déjà. D’une part, il répond à une diminution de la main-d’œuvre bénévole (parents ou enfants) et au besoin de vivre comme le reste de la société. D’autre part, c’est aussi un gisement d’emploi local qui peut prendre le relais de la désindustrialisation. Cependant, l’enseignement du management est inexistant dans l’enseignement agricole, la culture management est très faible et le salarié d’élevage traîne un déficit d’image. Au delà des actions collectives qui porteront leurs fruits à long terme, l’éleveur devra donc intégrer les ressources humaines dans sa stratégie.

 

La disparition des quotas, un changement du métier d’éleveur

L’après-2015 annonce une restructuration de la filière. Avec la promesse de débouchés rémunérateurs proposés par les laiteries,

et la disparition du cadre administratif des quotas, le profil de l’éleveur laitier va changer. Quelles que soient sa vision à cinq ans et son organisation visée (mécanisation, association, partenariat, salariat ou probablement une combinaison de cela), l’éleveur devra être prêt à se former (ressources humaines ET relations humaines), se projeter, se remettre en cause et s’appuyer sur une dynamique collective.

Sébastien Daguenet CERFRANCE Somme

 

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