L'Oise Agricole 28 janvier 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

Tereos s’engage sur un prix minimum de la betterave pour 2017 et 2018

Lors de l’assemblée générale de la coopérative betteravière de Chevrières, Tereos a dévoilé sa stratégie pour l’après-2017. Le groupe s’engage pour un prix minimum de 25€ la tonne de betterave, dans un contrat unique qui sera proposé à ses adhérents.

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- © Bernard Leduc

Les planteurs de la coopérative de Chevrières ont participé nombreux à leur assemblée générale, ce mardi 26 janvier au siège du Syndicat betteravier à Estrées-Saint-Denis. Même si cette assemblée devait statuer sur les comptes de l’exercice 2014-2015 clos au 30 septembre dernier (voir ci-dessous), un bilan de la campagne écoulée a été fait : une mauvaise année, à cause du déficit hydrique estival, puisque le rendement moyen n’atteint que 80,9 t/ha à 16, le plus faible du groupe. La richesse moyenne a été bonne, de 18,4 en moyenne, et la tare déchets n’a été que de 8,1%, toutes les betteraves ayant été déterrées.

Au rendement en net recul par rapport à la campagne précédente (il avait été de 92 t/ha à 16) s’ajoute une baisse des surfaces, 18.783 ha contre 20.693 ha semés en 2014.

La campagne a pourtant duré 109 jours, à la cadence moyenne de 10.653 t/jour. Elle a été marquée par un mouvement social - qui a touché la majorité des sucreries françaises, pour des revendications portant sur les salaires - qui a abouti à un arrêt momentané de la production. Puis il y a eu deux pannes, dues à des fuites de faisceau sur la chaudière charbon et à un incident sur la centrale électrique. Malgré des transferts sur Connantre et Bucy, ces difficultés ont provoqué des retards d’enlèvement, pour lesquels il semble que les planteurs n’aient pas toujours été prévenus et un allongement de la campagne.

Sur l’usine de Chevrières, un investissement avait été fait en 2015 pour un tambour séparateur des betteraves, pour améliorer le lavage. Pour 2016, sont prévus des travaux sur la chaudière et un chantier est en cours, la construction d’une nouvelle cuve pour le stockage de 60.000 t de sucre sous forme de sirop, prévu pour être cristallisé pendant l’inter-campagne.

Au cours de cette campagne, une expérimentation a été menée pour passer de 4 à 5 enlèvements. Elle est reconduite pour 2016, le but étant de mieux se préparer à un allongement des campagnes.

L’après-quota

«Nous sommes bien préparés à la fin des quotas» disait Alexis Duval, président du directoire de Tereos. Mais il est difficile de prévoir ce qui va se passer sur un marché totalement libéralisé au niveau mondial. «C’est dans la betterave que nous avons connu le plus de volatilité au cours des dernières années», expliquait-il, rappelant que les cours mondiaux du sucre ont connu leur niveau le plus bas depuis 7 ans ; d’où l’intérêt de la diversification largement engagée par le groupe, présent dans plusieurs régions du monde - c’est, en France, sur les exportations que la démarche commerciale est à renforcer - et pour des activités dans les domaines du sucre de betteraves et de canne, de l’alcool, de la transformation des céréales, de l’éthanol (maintenant de 2e génération, à partir de mélasse), des produits amylacés, de l’amidon de pommes de terre, de la méthanisation (à partir des mélasses, à Artenay)… et prochainement de la déshydratation de luzerne, un rapprochement ayant été engagé avec APM Déshy, dans la Marne.

Ce puissant groupe coopératif (premier groupe sucrier en France, 2e au Brésil et 3e au niveau mondial) souhaite développer ses tonnages, trouver de nouveaux débouchés et gagner en performances. Il affiche déjà les coûts de production les plus faibles dans ses usines en France, et des efforts de modernisation vont être poursuivis pour augmenter la productivité et réduire les coûts, en particulier en énergie. Dès 2016, une augmentation des surfaces est prévue, amplifiée en 2017. Parallèlement, il y aura un allongement des campagnes, à 130 jours, voire plus. Celles-ci vont débuter au 15 septembre dans les usines, pour se terminer vers le 25 janvier, la mi-campagne se situant au 25 novembre. D’où les efforts à faire pour mieux gérer les dates d’arrachage (en les retardant au maximum pour les derniers enlèvements), pour moins blesser les betteraves et pour protéger les silos contre les pourritures et le gel.

Un contrat unique

Avec la fin des quotas, Tereos a prévu un contrat unique pour toutes les betteraves, quelle que soit leur utilisation finale (un arbitrage étant prévu pour partie des tonnages en fonction des opportunités de marchés), au prix minimum de 25 € la tonne sur les betteraves contractualisées en 2017 et 2018 ; le prix final de la betterave sera fonction des résultats de l’entreprise, puisque celle-ci est une coopérative : un premier complément de prix sera fixé en septembre 2018. Ce prix minimum a été arrêté pour un tonnage qui devra atteindre au total 18 millions de tonnes de betteraves. Cela représente une augmentation de l’ordre de 20 % des surfaces, un objectif que les dirigeants de Tereos estiment pouvoir atteindre facilement. Dans le contrat-type qui va être mis en place, des indemnités sont prévues pour les premiers arrachages, ainsi que des aides pour le 5e tour de grue, en particulier par une compensation des pertes sur les arrachages précoces, une prise en charge du bâchage et du débâchage et une aide à l’entretien de la voirie, ou encore pour des stockages de long de routes hors gel.

Ce prix minimum de 25 €, qui intègre l’abandon des pulpes, n’est prévu que pour 2 campagnes, alors qu’il sera demandé un engagement plus long aux planteurs. Cette décision, votée le 12 janvier 2016 par les administrateurs de Tereos, ne satisfait pas tous les planteurs, puisqu’ils ont été plusieurs à exprimer leurs inquiétudes sur le niveau de prix, jugé insuffisant («à 25 €, on ne gagne rien», puisque c’est le prix moyen de revient dans l’Oise, en année normale). Par ailleurs, une forte augmentation de la production - les autres groupes sucriers semblant avoir la même démarche - risque de faire chuter les cours du sucre, et ce sera alors sans garantie de prix minimum.

Mais Gilles Bollé et Thierry Lecomte, président du conseil de surveillance, demandent aux planteurs de faire confiance à leurs dirigeants, qui sont des élus parmi les adhérents. La garantie est apportée par la coopérative elle-même, qui doit chercher à allier la performance industrielle et commerciale et l’intérêt de ses adhérents. Ils expliquaient qu’un prix ne peut être défini qu’à l’intérieur d’une entreprise : le faire au niveau interprofessionnel est interdit, ce qui a déjà été prouvé en France dans d’autres filières, l’an dernier encore en élevage.

Lors de cette assemblée générale, de nombreuses remarques ont été faites par les adhérents, portant sur le paillage insuffisant sur des silos du dernier tour, ou sur la gestion des enlèvements et des circuits de camions, sur les échanges, sur les relations interprofessionnelles - Tereos a quitté le SNFS - ou encore sur la tentative de rapprochement (qui a échoué jusqu’à présent) entre les deux groupes coopératifs, Tereos et Cristal Union.Par ailleurs, une annonce a été faite sur une négociation par Tereos sur le prix des semences et des ristournes de 6,50 € par unité achetée au profit des planteurs. Gilles Bollé a aussi fait part des discussions en cours pour une prochaine déviation routière sur Chevrières.

Un prochain rendez-vous a été fixé pour les planteurs de l’Oise, le 26 mai, pour le Carrefour de l’innovation.

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