L'Oise Agricole 26 février 2016 à 08h00 | Par Michel Bourdoncle

L’ensemble des distributeurs signent la charte de valeur

Alors que les négociations se poursuivent entre industriels et distributeurs, les grandes enseignes ont décidé d’afficher leur bonne volonté en signant la charte de valeurs proposée par la FNPL.

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On reconnaît Jean-François Huet (E.Leclerc), Serge Papin (Système U), Emmanuel Zeller (Auchan), Gilles Bernard (Carrefour), Claude Risac (Casino), José Jaglin (JA), Thierry Roquefeuil (FNPL) . N’apparaît pas sur la photo : Christophe Bono.
(Intermarché) et Michel Biero (Lidl).
On reconnaît Jean-François Huet (E.Leclerc), Serge Papin (Système U), Emmanuel Zeller (Auchan), Gilles Bernard (Carrefour), Claude Risac (Casino), José Jaglin (JA), Thierry Roquefeuil (FNPL) . N’apparaît pas sur la photo : Christophe Bono. (Intermarché) et Michel Biero (Lidl). - © Michel Bourdoncle

Réunis sous l’égide de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), l’ensemble des distributeurs (Auchan, Carrefour, Casino, Leclerc, Intermarché, Système U et Lidl) ont signé, le 17 février, à la Maison du lait à Paris, la charte laitière de valeurs qu’elle leur proposait.

Celle-ci vise à une plus juste répartition de la valeur ajoutée au sein de la filière. Elle prévoit notamment que les signataires s’engagent «à l’occasion des négociations commerciales annuelles, à rechercher une valeur d’équilibre».

Plus concrètement, l’objectif recherché est que le prix payé aux producteurs soit plus en conformité avec les coûts de production et la valorisation des produits par les transformateurs, notamment pour ce qui est des produits de grande consommation commercialisés sur le marché national. Soit 60 % de la collecte française, qui ne doit pas être à la merci des évolutions erratiques des prix sur les marchés mondiaux, selon Thierry Roquefeuil, le président de la FNPL. Les 40 % restant dépendant de mesures de gestion qui relèvent de l’Union européenne, sur lesquelles les opéra teurs de la filière n’ont pas prise.

Quels qu’ils soient, tous les distributeurs présents se sont engagés à tenir compte de cette charte dans les négociations avec leurs fournisseurs, d’ici la fin février. Serge Papin, le PDG de Système U a promis «34 cts par litre» aux producteurs. Jean-François Huet de Leclerc et Michel Biero de Lidl «le même prix d’achat en 2016 qu’en 2015». Gilles Bernard de Carrefour a promis «de travailler à une bonne valorisation du lait à la production», quand Claude Risac de Casino s’est prononcé «pour que les éleveurs aient un juste retour». Pour sa part, Christophe Bonno d’Intermarché souhaite que les efforts des distributeurs «aillent dans la poche des agriculteurs».

L’absence des transformateurs

Le problème à ce stade est que les transformateurs n’ont pas pris d’engagement similaire, ce qu’ont déploré la plupart des distributeurs, car «on s’engage sur un prix dont on ne connaît pas la bonne fin», résume Serge Papin. Thierry Roquefeuil veut croire qu’ils vont finir par jouer le jeu et qu’ils «seront encore plus convaincus de signer cette charte, puisque la distribution l’aura fait».

Sachant que les uns et les autres sont aussi favorables à la participation des producteurs aux négociations commerciales pour être sûrs que leurs intérêts seront pris en compte. Pour le moment, l’ambiance ne paraît pas être au beau fixe, selon la Fédération nationale des coopératives laitières. Son président, Dominique Chargé, dénonce «l’ambiance délétère» dans laquelle se déroulent les négociations. Il évoque «des demandes de baisse des prix allant jusqu’à 8 %» de la part des distributeurs.

Sans parler des exigences de compensations de marge et des menaces de déréférencement. «C’est de la provocation », conclut-il, pointant le grand écart entre les déclarations des enseignes et «ce qui remonte des box de négociation».

Sortie de crise repoussée

Ceci étant, la sortie de crise n’est pas pour demain. Le président de la FNCL n’est guère optimiste. La production laitière européenne s’est emballée en 2015, notamment en Irlande (+13,3%) et aux Pays-Bas (+6,9%), où les éleveurs anticipent la mise en place d’une directive européenne phosphates, qui risque de figer la production ensuite. Sans parler du Danemark (+3,1%), du Royaume-Uni et de la Pologne (2,2%). Alors que la France et l’Allemagne ont fait preuve de responsabilité, +0,1% et +0,2% de hausse de collecte respectivement l’an dernier.

Alors que la production a explosé, la demande des marchés exports sur laquelle les opérateurs avaient parié s’est ralentie. Certes, l’érosion du marché chinois sur la poudre (-22%) a été compensée par des exports au Mexique et en Malaisie, et la perte du débouché russe sur les fromages a été en partie gommée par des achats du Japon, des Etats-Unis et de la Corée. Mais de façon insuffisante pour absorber la croissance de la production.

Conséquence : les stocks de poudre de lait et de fromages continuent de s’accumuler et pèsent sur les prix. «La perte nette des transformateurs sur le coupe beurre/poudre sur les douze derniers mois atteint 80 €/1 000 litres», estime Dominique Chargé. Quant aux cotations de fromages gouda/edam, qui orien - tent le marché européen, elles sont à un niveau historiquement bas.

Grand écart

En France, la FNCL observe un écart de prix entre la France et l’Allemagne qui a atteint 17€/1.000 litres en moyenne en 2015 (309 €/1.000 litres contre 282 €/1.000 litres). Ce qui plombe la compétitivité de la filière laitière française, incapable de remporter les appels d’offres de la restauration hors domicile au profit de nos concurrents étrangers.

Conséquence : les importations de lait entier ont progressé de 16% sur onze mois de 2015 et celles d’emmental de 5%. «C’est l’équivalent de 600.000 tonnes de lait, soit la production de 1.200 à 1.500 producteurs de lait français», regrette Dominique Chargé.

Pour sortir de la crise, le président n’aperçoit qu’une solution, la maîtrise des volumes. Aussi a-t-il bien accueilli les propositions du mémorandum français à Bruxelles, qui préconise un relèvement du prix d’intervention associé à un plafonnement de la production, ainsi que la mise en place d’un mécanisme d’aides européennes aux producteurs qui réduisent volontairement leurs livraisons en période de baisse des prix.

Reste encore à convaincre le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, qui sera à Paris, le 25 février.

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