L'Oise Agricole 11 février 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

JA60: des installations s’il y a un revenu

Lors de leur assemblée générale qui s’est déroulée jeudi dernier 4 février, les Jeunes Agriculteurs de l’Oise ont de nouveau exprimé leurs craintes sur l’avenir de leur métier. Car, faute de prix suffisamment rémunérateurs sur des marchés désormais totalement libres, ils ne sont plus assurés d’en vivre normalement.

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Mathieu Pecquet, secrétaire général, et Nicolas Caron, résident de JA 60.
Mathieu Pecquet, secrétaire général, et Nicolas Caron, résident de JA 60. - © Bernard Leduc

Des prix trop bas, surtout en élevage, trop de tracasseries administratives et des charges toujours croissantes, voilà le triste constat fait par les jeunes agriculteurs regroupés au sein de JA60. Ils souhaitent vivre correctement de leur métier et expriment donc la nécessité d’une revalorisation des prix à la production, par un travail par filière, par une massification de l’offre et un partage équitable des marges entre les opérateurs, très concentrés, et les producteurs.

Le bilan des activités de cette structure syndicale lors de l’année écoulée a de nouveau été présenté sous forme humoristique, rappelant la forte baisse du nombre d’installations aidées, liée au changement de réglementation dont les nouvelles règles ont été connues très tardivement, et les manifestations, dont celle du 3 septembre à Paris, très décevante selon les JA qui estiment qu’elles n’ont concrètement rien apporté aux agriculteurs, ou encore une opération médiatisée de remise en culture de terres, honteusement laissées en friches depuis 10 ans par une collectivité locale.

Il y a eu aussi les nombreuses opérations caddies de relevé des prix ou de contrôle de l’étiquetage dans les grandes surfaces, avec du stickage «viande de nulle part» sur de nombreux produits transformés. Nicolas Caron, qui a été réélu président, a aussi évoqué les difficultés nées d’une nouvelle réforme de la Pac, qui a obligé à redessiner les îlots, ce qui a généré de nombreux doublons, puis désormais à corriger les surfaces non agricoles. Cette procédure, lourde et inutile, a retardé l’instruction des dossiers, donc le paiement des aides, pourtant attendues pour renflouer des trésoreries exsangues.

Guillaume Chartier, président de la FDSEA, est intervenu lors de cette assemblée générale pour rappeler plusieurs demandes de la profession : en particulier la transparence pour le partage des marges au sein des filières, la simplification administrative, la baisse des charges, notamment sur les charges sociales, et une harmonisation des règles à l’échelle européenne, sans de sur-transposition de normes françaises.

Dans les filières animales, le travail de négociation entre acteurs avance, «mais pas assez vite» disait-il, en exprimant cependant son optimisme pour la période de mutations qui s’annonce, suite à l’appui exprimé par de nombreux élus régionaux et aux négociations en cours avec la grande distribution. «Notre volonté est de continuer de nourrir la population avec des produits de qualité et respectant l’environnement (…) Il faut répondre à l’attente sociétale du maintien d’une agriculture vivante et dynamique, d’une agriculture plurielle, c’est un patrimoine que nous devons transmettre».

Mais le métier doit pouvoir faire vivre celles et ceux qui l’ont choisi : le revenu doit venir de justes prix, pas d’aides «car il n’y en aura jamais assez», disait Nicolas Caron. «Ensemble, cultivons notre avenir» concluait-il, demandant à tous les jeunes agriculteurs d’être unis, pour être plus efficaces pour la défense de la profession.

 

Le soutien du Département

Martine Borgoo, conseillère départementale déléguée à l’agriculture, a de nouveau exprimé le soutien du Conseil départemental et de son président, Édouard Courtial. La démarche est lancée pour valoriser les productions locales et faire approvisionner les cantines scolaires en priorité par des agriculteurs. Malgré les difficultés budgétaires du Conseil départemental, les aides à l’agriculture, incluant celles pour l’installation, seront maintenues.

Une politique visant à dynamiser la ruralité, dont les agriculteurs sont le moteur, est menée, intégrant le développement du très haut débit qui sera mis en place d’ici 2020 dans toutes les communes : la fracture numérique dont souffre le monde rural en général et les agriculteurs en particulier devrait donc disparaître. Mais cela représente un coût très élevé pour la collectivité ; un financement par le deuxième pilier de la Pac pourrait alléger la facture, faisait remarquer Luc Smessaert.

 

Le plan de soutien

Le préfet, Didier Martin, qui a assisté à l’ensemble des débats lors de cette assemblée générale avec le directeur départemental des territoires et la responsable de son service économie agricole, a rappelé l’application dans l’Oise du plan de soutien à l’élevage, auquel ont souscrit 313 agriculteurs, dont 212 au titre du fonds d’allègement des charges et 11 pour une demande d’année blanche.

125 dossiers ont été traités avec des paiements d’aides avant le 31 décembre 2015, et il y a eu 144 remises gracieuses sur la TFNB et 107 remises partielles sur les cotisations MSA. Mais le nombre de demandes au niveau national a été le double de ce qui était prévu, d’où la rallonge annoncée la semaine précédente, de 125 millions d’euros, pour abonder ce plan qui prévoit des aides structurelles et conjoncturelles, expliquait le préfet.

Il a rappelé par ailleurs l’engagement pris par le Président de la République d’une annonce avant le Salon d’agriculture pour une simplification administrative, ce qui sera peut-être fait lors de la rencontre du 17 février entre le Premier Ministre et Xavier Beulin. Par ailleurs, il a assuré que dans les dossiers d’installation en cours d’instruction, le plan de développement en entreprise ne sera pas remis en cause par les prix actuels. Et a redit en conclusion son souhait de venir régulièrement à la rencontre du monde agricole.

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