L'Oise Agricole 08 janvier 2016 à 08h00 | Par Laura Béheulière

«Nous avons vocation à aider au développement des exploitations»

Rencontre avec Marie-Sophie Lesne, désormais vice-présidente du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais Picardie à l’agriculture et à l’agroalimentaire.

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- © Henri Berlemont/Conseil régional Nord-Pas-de-C.

Pouvez-vous nous retracer votre parcours. Quelles sont vos relations avec le monde agricole ?

J’ai 44 ans et je suis petite-fille et fille d’agriculteurs. J’ai également des frères et soeurs qui travaillent dans le milieu agricole, dont un qui gère une exploitation céréalière dans l’Aisne, et un autre qui gère la ferme familiale qui compte des trotteurs et des vaches allaitantes. Jusqu’à mes 24 ans, j’ai beaucoup été impliquée dans le fonctionnement de la ferme. Cette délégation est pour moi un retour aux sources !

Du côté des études, j’ai un master en gestion d’entreprise et sciences économiques. Quand j’ai commencé à chercher du travail je me suis tout de suite orientée vers la politique, car je suis une militante. Je suis entrée au Conseil général du Nord en 1996, et j’ai travaillé à partir de 2002 dans le cabinet de Jean-Paul Delevoye, alors ministre de la Fonction publique et de l’Aménagement du territoire ; je suivais les dossiers régionaux. J’ai également travaillé aux côtés de Jean-René Lecerf, actuel président du Conseil départemental du Nord, pour lequel je suivais les dossiers agricoles. Cela a toujours été mon domaine de prédilection. Élue au Conseil régional en 2010, j’ai siégé avec assiduité dans plusieurs commissions, notamment à l’agriculture. Depuis 2014, je suis maire de Le Quesnoy.

Après votre élection à la délégation agricole, quelles sont les prochaines étapes de votre travail ?
Le travail concret a déjà commencé. J’ai pris les premiers contacts avec mon administration, notamment avec le service en charge de l’agriculture. Ce qui est difficile est de prendre deux régions en main, le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, avec pour le moment deux services qui ont des habitudes de travail différentes, même s’ils sont déjà en contact l’un avec l’autre.

Les dix commissions, dont celle à l’agriculture, devraient être en ordre de marche début février (elles doivent être mises en place lors d’une séance plénière du Conseil régional qui devrait se dérouler autour du 28 janvier, la date n’a pas encore été officiellement fixée, ndlr). La composition de ces commissions demande du temps ; les modalités, notamment concernant le nombre de personnes au sein de chacune d’entre elles, sont en cours de réflexion.

Ce que je peux dire est que j’ai travaillé et que je vais travailler en partenariat avec Jean-Michel Serres, un agriculteur élu au Conseil régional, qui sera vraisemblablement le président de la commission agricole (les présidents doivent également être élus fin janvier, ndlr).

Xavier Bertrand a annoncé la mise en place d’un plan d’urgence en soutien à l’élevage. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Pour le moment, je ne peux pas en dire davantage. La volonté politique est là, il y a eu un engagement et il sera tenu. Nous savons que la situation de l’élevage est dramatique, nous sommes conscients qu’il faut faire passer un cap difficile aux agriculteurs. Nous avons différentes pistes que nous étudions déjà avec la profession, les services et les secteurs bancaires.

L’idée n’est pas de partir sur une aide ponctuelle, mais plus sur un travail de restructuration des prêts et d’une prise en charge par la Région des éventuelles années blanches. Ce sera un plan pour les trésoreries exsangues. Au-delà de ça, nous travaillerons au développement de la valeur ajoutée dans toutes les exploitations. L’agriculture est multiple, les situations dans les filières aussi, il faudra se pencher sur chaque situation pour faire du «cousu main» et répondre au plus juste aux problématiques.

Comment allez-vous prendre en compte les différences entre les agricultures du Nord-Pas-de- Calais et de Picardie ?

Nous allons déjà prendre connaissance, de manière précise, de chacune des politiques des deux régions. Les plans de développement rural, qui mettent en oeuvre les fonds FEADER, ne sont pas les mêmes, c’est la première difficulté. Nous devons travailler dans le cadre d’une clause de revoyure jusqu’en 2017. Notre seule variable d’ajustement sera d’être efficace dans le nombre et la nature des appels à projets d’ici là. Il faudra un vrai échange d’informations avec les agriculteurs afin de travailler de façon concrète, le plus finement possible.

Quelles sont les solutions, selon vous, pour installer plus de jeunes agriculteurs ?

Je pense que ce qui rebute les jeunes, outre le manque de rentabilité, c’est que le métier est excessivement prenant ; le nombre d’heures travaillées peut freiner la démarche. Une des réponses passe par l’aide à l’achat d’outils comme les robots, qui rendent le métier plus gérable. On peut aussi encourager les systèmes de production en commun, ce qui est déjà en route à certains endroits.

Quel est votre regard sur les dossiers environnementaux ?

Xavier Bertrand s’est engagé à supprimer le SRCE (Schéma régional de cohérence écologique) et l’objectif est toujours affiché ; ce sera du ressort de la délégation de Philippe Rapenau (Développement durable), nous y travaillerons ensemble. Il ne faut pas que la Région apporte un niveau de contraintes supplémentaire, nous avons vocation à aider au développement des exploitations. L’écologie punitive n’est pas le bon moyen, il faut inciter, et les agriculteurs ont bien conscience des enjeux.

Comment faire coexister toutes les agricultures ?

Il faut déjà dire politiquement que chacune d’elles a sa place. Il n’y aura pas une politique pour le bio, une autre pour les circuits courts, etc. Il y aura une seule politique pour tous, sans qu’il y ait de prédominance pour l’une ou l’autre dans nos esprits. Je suis soucieuse d’aider le monde agricole, c’est une profession en danger, soumise à tous les aléas mondiaux et à qui l’on demande beaucoup. Soyons une collectivité à son écoute, à son service, aidonsla à rester dans la course.

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