L'Oise Agricole 01 septembre 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

Une mobilisation des producteurs de lait qui a porté ses fruits

Lactalis était de nouveau la cible des producteurs de lait qui se sont mobilisés dès lundi soir devant tous les sites industriels du groupe en France. Objectif : peser dans les négociations sur le prix du lait qui devaient reprendre le lendemain et qui ont provisoirement abouti.

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- © Bernard Leduc

Ils étaient un peu plus d’une cinquantaine de l’Oise et de la Somme, qui avaient été prévenus au cours de l’après-midi. La FNPL avait alors appris que des négociations allaient enfin reprendre mardi 30 août. L’objectif de la mobilisation des producteurs était de montrer leur détermination pour obtenir une revalorisation du prix du lait, en manifestant devant les usines du groupe.

Devant le site de Clermont, un rassemblement a été organisé le 29 août au soir, de 20 à 22 heures, sans blocage du site pour éviter toute perte de lait en ferme.

Les présidents des sections lait des FDSEA de l’Oise et de la Somme, Alain Gille et Olivier Thibaut, ont rappelé la tentative avortée de la semaine précédente : les producteurs du grand Ouest, rejoints par leurs collègues d’autres régions, dont les Hauts-de-France, avaient occupé l’accès du site Lactalis de Laval, qui est en même temps le siège social du groupe. Mais un référé a obligé à lever le blocage au bout du 5e jour, à la demande de l’industriel qui avait de nouveau mis fin à tout espoir de négociation, hormis la proposition qu’il a faite aux représentants d’OP d’une hausse de 1,5 centime d’euro par litre. «Une provocation», estimait Alain Gille en rappelant le niveau dérisoire de rémunération du lait, qui est devenu depuis près de deux ans inférieur aux coûts de production. «Les agriculteurs ne sont pas comme les autres Français, puisqu’une loi interdit de vendre à perte. Nous demandons simplement de pouvoir vivre de notre travail et de notre production».

Il s’agissait ici d’une action symbolique, les producteurs ayant seulement marqué leur présence en soirée, sans bloquer, ni l’accès de l’usine, ni la circulation routière sur le tout nouveau rond-point. Ils ont laissé sur place un «mur de la honte» de pneus usagés, empilés le long de la grille d’accès à cette usine de conditionnement de lait de consommation. Le but était aussi de rappeler au public une situation anormale, voulue par le principal collecteur privé de France, devenu le leader sur le marché mondial des produits laitiers qui, en étant l’acheteur qui paie le lait le moins cher, entraîne ses concurrents dans une spirale à la baisse. Les manifestations qui se déroulaient dans l’Oise comme sur les autres sites Lactalis en France concernaient de fait tous les producteurs laitiers.

Où vont les marges ?

D’ailleurs, Olivier Thibaut disait que la pression n’est pas faite uniquement sur Lactalis, mais sur toutes les laiteries. «On doit aller chercher les prix, disait-il, il faut une amélioration, même si ce ne sera que pour finir moins mal l’année. Mais de toute façon, ce ne sera pas mirobolant», prévenait-il. Le niveau de prix est «inadmissible», même s’il est légèrement supérieur en France à celui pratiqué chez certains de nos voisins européens, mais ceux-ci ont moins de charges. La solution sur laquelle travaille, derrière la FNSEA, l’organisation syndicale de producteurs se trouve à la fois dans une régulation de la production et dans le partage des marges au sein de la filière, tout en cherchant une revalorisation des prix de vente à la consommation.

Or, force est de constater que le lait ou certains produits laitiers restent, comme beaucoup de produits alimentaires, des produits d’appel dans les grandes surfaces : du lait en briques Lactel était proposé à 51 centimes d’euro dans une enseigne commerciale quelques jours avant la rentrée scolaire. Et si les GMS font tout pour proposer à leur clientèle des produits moins chers que leurs concurrents, l’effort financier est fait par leurs fournisseurs… qui peuvent être tentés de diminuer encore les prix des produits qu’ils achètent, en cherchant eux aussi à se positionner au mieux auprès de leurs clients.

On tourne en rond, au détriment des producteurs ; et peut-être au profit des consommateurs, si le partage des marges est équitable. Mais force est de constater que la grande distribution se porte bien et que des entreprises comme Lactalis également… Pour preuve, la croissance régulière de ce groupe par rachat d’entreprises, comme dernièrement la fromagerie normande Graindorge. Avec le risque pour les producteurs d’une concentration des acheteurs telle qu’il n’y aura pratiquement plus de concurrence, comme cela est observé pour la viande avec le groupe Bigard, comme le disait Luc Smessaert.

Une charte des valeurs a été mise en place, signée par les enseignes de distribution - qui ont cherché la «paix sociale» auprès des agriculteurs, qui ont au moins gagné sur l’image du manger français - mais pas par tous les transformateurs, loin de là. Finalement, cette charte a profité à tous les transformateurs, dont ceux qui ne l’ont pas signée, au premier rang desquels Lactalis qui continue à pratiquer «des méthodes de voyous» en refusant jusque là toute négociation avec ses producteurs.

Pourtant, ce mardi 30 août est à marquer d’une croix puisque la réunion en préfecture de la Mayenne a débouché sur un accord (encadré ci-dessus).

«On a envie de se battre» disait Olivier Thibaut, qui souhaite lui aussi le maintien de l’élevage laitier dans notre région. Mais les producteurs sont très généralement des polyculteurs-éleveurs, que les résultats de la moisson ont encore affaiblis davantage. Il faut pourtant faire avancer les choses, ce qui ne pourra se faire que par l’action collective. La mobilisation était donc appelée à continuer, en attendant une amélioration significative du prix du lait.

En prolongement de ces actions devant les usines Lactalis, il était prévu que les producteurs allaient visiter les grandes surfaces pour faire retirer ou demander le déréférencement des produits des nombreuses marques du groupe Lactalis (Lactel, Président, Bridel…).

Le but était le même, celui de faire pression pendant les négociations. Mais heureusement, la bataille prix pour le lait est bien engagée après la signature de cet accord par Lactalis avec ses organisations de producteurs. Engagée seulement, car «ce prix moyen à 275 € sur l’année ne nous satisfait pas. Il marque simplement un retour de Lactalis au niveau de ses concurrents» écrit Xavier Beulin dans une lettre que la FNSEA a transmise dans son réseau. Une négociation a de nouveau été demandée avec Lactalis, mais jamais le patron du groupe n’a accepté de rencontrer le président de la FNSEA. De même, il n’y a jamais eu de rencontre avec Stéphane Le Foll, que Luc Smessaert qualifiait lundi soir de «ministre fantôme».

Le combat pour un juste va donc continuer, car ce niveau de prix ne couvre que les coûts moyens de production. On est encore loin des 360 € qui est le niveau moyen permettant aux éleveurs d’être payés légitimement de toutes leurs heures de travail.

 

Lait : accord entre Lactalis et les producteurs

Un accord a finalement été trouvé entre les producteurs de lait et leur collecteur Lactalis le 30 août, après une réunion qui s’est tenue le matin en préfecture de Laval. Le prix fixé est de 290 euros en moyenne sur les cinq derniers mois de l’année (contre 257 € initialement proposés par Lactalis au mois d’août), soit une augmentation de 5 euros du prix aux 1.000 litres tous les mois (de 280 € en août à 300 € en décembre), pour une moyenne de 275 € sur l’année.

Le secrétaire général de la FNSEA, Dominique Barrau, a salué cet accord comme «une étape de franchie», et s’est dit satisfait de voir Lactalis revenir sur des niveaux de prix similaires à ses concurrents. La FNSEA souhaite néanmoins un rendez-vous avec le président de Lactalis, Emmanuel Besnier, pour discuter de l’avenir de leurs relations commerciales. Un rendez-vous avait été demandé dès le début du mois d’août par Xavier Beulin, président de la FNSEA, qui n’a pas obtenu de réponse satisfaisante depuis.

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