L'Oise Agricole 16 octobre 2017 à 09h00 | Par Cyrielle Delisle

Un Ice truck fermier

Un camion ambulant pour vendre les glaces produites avec le lait du troupeau de vaches laitières. C’est le pari de Philippe Cocagne, exploitant sur la ferme du Bois Louvet.

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Philippe Cocagne a choisi le mythique Citroën Tub pour parcourir les routes et régaler les amateurs de glaces fermières. «C’est simple. On arrive. On ouvre l’auvent du camion. On met quatre tables et hop»
Philippe Cocagne a choisi le mythique Citroën Tub pour parcourir les routes et régaler les amateurs de glaces fermières. «C’est simple. On arrive. On ouvre l’auvent du camion. On met quatre tables et hop» - © C. Delisle

Après le magasin à la ferme, la boutique saisonnière à Honfleur, les exploitants de la ferme du Bois Louvet à Saint-Jean-de-Lecqueraye, dans l’Eure, ont décidé de mettre en place un véhicule ambulant pour valoriser différemment les glaces de la ferme. Petit retour en arrière pour mieux comprendre l’aventure de l’exploitation et le lancement de l’ice truck fermier de la ferme du Bois Louvet.

«Après un poste de commercial, je me suis installé en 1997 en Gaec avec mon frère, sur la ferme familiale qui compte aujourd’hui un atelier taurillons, un atelier grandes cultures et un atelier vaches laitières», explique Philippe Cocagne. Avec la crise laitière de 2008, les éleveurs ont cherché à ramener de la valeur ajoutée sur la ferme. Ils ont ainsi réfléchi à une activité annexe.

«On dispose d’une jolie ferme, mais trop isolée ; l’agrotourisme demandait quant à lui un investissement trop conséquent en bâtiments ; le beurre, c’était du déjà-vu. Je suis alors tombé sur sur une publicité et en mars 2009, après une formation de glacier, nous produisions notre premier litre de glace. Désormais, la SARL constituée pour cette production compte quatre salariés à temps plein et dix-huit saisonniers. Nous transformons 35 à 40.000 litres de glaces et sorbets soit 5 % de notre production laitière de 1,1million de litres de lait par an. En plus des deux magasins de vente, nous fournissons un réseau de restaurateurs et de détaillants en circuit court. Nous réalisons 50 % de notre chiffre d’affaires en vente directe», relate Philippe Cocagne.

Une collecte sur Miimosa pour concrétiser le projet

«Monter un ice truck fermier, autrement dit un camion ambulant pour vendre nos glaces et sorbets, c’était une vieille idée. Avec le camion, on fait essentiellement de l’événementiel sur différentes fêtes de village, foires, salons, marchés de producteurs... où l’on fait généralement appel à nous», souligne Philippe Cocagne.

Afin de concrétiser son projet, le Gaec du Bois Louvet a eu recours au financement participatif, par l’intermédiaire de la plateforme Miimosa(1). «Il était difficile de faire financer notre projet par un circuit classique. Aussi, avons-nous lancé une collecte en mai 2016. Notre besoin financier était de 25.000 euros au total, 20.000 euros par le financement participatif et 5.000 euros d’autofinancement, pour l’achat, l’aménagement et la décoration du véhicule, l’acquisition de tables et chaises nécessaires pour recréer autour de notre ice truck fermier un esprit convivial.» En 2016, l’objectif de la collecte a été atteint et même dépassé : 22.000 euros récoltés.

L’ice truck fermier de la ferme du Bois Louvet a ainsi pu voir le jour et pas dans n’importe quel véhicule puisque Philippe Cocagne et ses collaborateurs peuvent désormais vendre leurs glaces et sorbets dans le mythique Citroën Tub. «Outre l’aspect financier, la collecte nous a permis de créer un réseau. Les personnes ont adhéré à un projet, ce qui a contribué au succès qualitatif et quantitatif de notre ice truck», observe le producteur.

Attention à la communication

Dans ce type de projet, «la définition de l’investissement de départ est importante. Une des clés de la réussite réside également dans la communication. Gérer un site, une page facebook, je ne sais pas faire ! Aussi, je me suis entouré de personnes compétentes dans le domaine», souligne l’éleveur-glacier.

Les glaces et sorbets sont produits artisanalement. Les recettes marient le lait entier, la crème fraîche, le jaune d’œuf, le sucre et les fruits. «Nous n’ajoutons ni colorant, ni conservateur, ni arôme artificiel, le tout sans ajout d’air. Les produits utilisés, hormis le lait de nos vaches sont, dans la mesure du possible, issus de productions locales. Nous pouvons en plus garantir au consommateur une parfaite traçabilité.» Les glaces se conservent 8 mois. «On travaille selon la saison et privilégions les producteurs locaux. Nous avons développé 80 parfums sucrés mais aussi salés. La gamme va des parfums les plus classiques : vanille, fraise, chocolat... Aux moins courants : camembert, concombre, tomate basilic, teurgoule...»

La ferme dispose d’une semaine de stocks. Du 15 juin à fin août, huit personnes officient au laboratoire : deux équipes de quatre de 5 h à 18 h. «J’ai découvert différents métiers, logisticien, gestionnaire de magasins que j’exerce dans la plus grande traçabilité possible», conclut Philippe Cocagne.

 

Retrouver toute l’actualité de la ferme du Bois Louvet sur sa page Facebook. (1) Miimosa est le premier site de financement participatif exclusivement dédié à l’agriculture et à l’alimentation. Le financement participatif est un mode de financement qui permet au grand public de soutenir financièrement et collectivement des projets qui le séduisent.

Une activité à part entière !

Les circuits courts se caractérisent par le nombre limité d’intermédiaires entre le producteur et les consommateurs, par la relation entre l’agriculteur et la population ainsi que par la dynamique apportée sur le territoire. Les circuits courts regroupent deux grands types de commercialisation : la vente directe (sans intermédiaire) et la vente indirecte (un seul intermédiaire). «La vente à la ferme et sur les marchés est historiquement les moyens de commercialisation les plus développés, mais il existe de nombreuses formes de vente comme l’approvisionnement de grossistes, de centrales d’achats..., la restauration collective, l’Amap, le point de vente collectif, le drive fermier, le distributeur automatique... Il n’y a pas de règle pour le choix du circuit de commercialisation. Il est par ailleurs préférable de choisir plusieurs circuits», note Nathalie Lheureux, conseillère diversification et Bienvenue à la ferme de la chambre d’agriculture de l’Eure.

«Cette évolution de l’activité agricole peut être, au-delà d’une force économique, une vraie source de satisfaction et de motivation pour les agriculteurs. Les circuits courts nécessitent toutefois de bien préparer son projet. L’étude de marché permet de s’assurer des débouchés et de leur pérennité par rapport aux investissements à réaliser et d’estimer les risques. Par ailleurs, il faut s’assurer que cette nouvelle production peut s’insérer sur l’exploitation sans nuire aux productions existantes. De plus, cumuler des activités nécessite des savoir-faire nouveaux, une professionnalisation et demande de se tenir au courant régulièrement des évolutions de réglementation. Il faut s’investir. Quel que soit le projet, il faut donc s’informer, se former et communiquer.»

Mode des food trucks

Le concept du camion gourmand commence également à conquérir le monde agricole. Par exemple, l’agneau a arpenté les routes de France pour aller à la rencontre des consommateurs à la rentrée 2017. Le food truck de «l’Agneau. Si simple, si bon» avec à son bord, le chef Ugo Déglon qui a fait escale dans 5 grandes villes de France (Paris, Lille, Lyon, Marseille, Toulouse) pour offrir des dégustations de viande d’agneau.

De son côté, le roquefort’truck sillonera les routes de France (Lille, Strasbourg, Lyon, Bordeaux et Marseille) en octobre avec à ses commandes Quentin Bourdy, ancien candidat de l’émission Top chef. À travers cette balade gourmande, le roquefort s’associera à des mets et aliments locaux.

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