L'Oise Agricole 26 juillet 2018 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Téréos : «nous n'avons pas eu les réponses aux questions posées»

Gilles Bollé, ancien président de la section Picardie ouest de Téréos, à Chevrières, nous détaille les raisons des démissions en nombre intervenues récemment au sein du conseil de surveillance de Téréos.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Gilles Bollé, ancien président de la section Picardie ouest de Téréos, à Chevrière dans l'Oise
Gilles Bollé, ancien président de la section Picardie ouest de Téréos, à Chevrière dans l'Oise - © Dominique Lapeyre-Cavé

Rappelez-vous en quelques mots les faits marquants de ces derniers mois, qui ont conduit à la création de la coopérative unique Téréos SCA et à la démission de presque tous les administrateurs.

Gilles Bollé : la coopérative unique a été créée le 5 mars 2018 suite à la dernière assemblée générale de coopérative, celle de Chevrières, à cette même date. D'une union de coopératives, nous sommes passés à une coopérative unique. Début juillet, 21 des 21 conseillers de région de Picardie Ouest (Chevrières) ont démissionné ensemble, ainsi que 70 des 73 conseillers de région des sucreries d'Attin, Boiry, Chevrières, Escaudoeuvres et Lillers.

Pourquoi ? cette nouvelle coopérative ne fonctionnait-elle pas correctement à vos yeux ?

Notre assemblée générale du 27 juin n'a pas été digne de la création il y a quelques mois de notre coopérative unique, Téréos SCA, présidée par François Leroux. La coopérative unique devait être synonyme de plus de transparence, de plus de démocratie : au lieu de cela, nous avons eu une confiscation des débats et le non-renouvellement de deux membres du conseil de surveillance pour des motifs qui n'ont jamais été débattus. ,La gouvernance de la coopérative unique, Téréos SCA, est clairement défaillante : le vif débat qui existe depuis des mois au sein du conseil de surveillance aurait dû être exposé, sereinement, dans chaque section, et lors de notre assemblée générale plénière. Ensuite, oui, chaque délégué pouvait voter en connaissance de cause. Au lieu de cela, il y a eu l'éviction de membres du conseil de surveillance, qui pensaient différemment, sans débat préalable, sans motifs exposés à tous, deux membres qui ont toujours travaillé dans l'intérêt des coopérateurs, en prenant bien soin de s'acquitter de leur mission de contrôle quant à la marche de la coopérative.

Ce malaise ressenti par certains administrateurs comme vous durait-il depuis longtemps ?

Depuis 18 mois, avec mes 7 collègues démissionnaires du conseil de surveillance, nous n'avons eu de cesse d'alerter et de demander des explications, d'abord en bureau du conseil, puis en conseil de surveillance, sur différents points afférents à la gouvernance et à la gestion de l'entreprise. Nous n'avons pas eu les réponses aux questions posées.

Vous semblez surpris et inquiets face aux mauvais résultats du groupe. Téréos est quand même le 2e groupe sucrier mondial, avec de nombreuses filières dans 17 pays. Remettez-vous en cause la politique d'investissement menée par le groupe depuis de nombreuses années ?

Sans remettre en cause la politique d'investissement du groupe Téréos, nous constatons l'absence de résultats de la diversification. Nous considérons que les résultats ne sont pas à la hauteur des investissements effectués et de ce que nous serions en droit d'attendre d'un groupe qui totalise 4,4 milliards d'euros d'actifs immobilisés. En effet, depuis 2012, Téréos perd du terrain en termes de résultat net par rapport à nos grands concurrents européens comme Nordzucker et Südzucker.

A quoi attribuez-vous ces mauvais résultats ? sont-ils seulement dus à la récente crise sucrière ?

Cette année, avant même d'être confrontés au plus dur de la crise sur les marchés sucriers européens et mondiaux, nous avons publié le plus mauvais résultat net des grands groupes sucriers européens, alors que nous sommes à la fois l'un des leaders du secteur en Europe, et l'un des plus diversifié. Une gestion performante aurait dû être capable de nous remonter bien plus que les 0,86 euros de dividendes à la tonne de betterave, ce qui était d'ailleurs l'objectif, et ce qui nous aurait été bien utile en ces temps où la crise sur les marchés sucriers européens et mondiaux se profilait.

Que demandez-vous aux instances dirigeantes de Téréos ?

Par nos démissions, nous entendons exprimer notre total désaccord : Téréos SCA doit avoir la maturité de débattre sereinement dans le cadre de ses instances dirigeantes. Les divergences et inquiétudes exprimées au sein du conseil de surveillance doivent pouvoir être exposées très clairement dans les sections des régions, en assemblée générale, en toute transparence.

Quelle suite comptez-vous donner à votre mouvement de démission ?

Au-delà, nos démissions doivent nous permettre de venir nous expliquer, d'échanger avec les coopérateurs : il ne s'agit pas d'un abandon des coopérateurs, bien au contraire, nous avons tous l'intention de continuer à les représenter après avoir expliqué nos positions et permettre ainsi aux coopérateurs de voter en pleine conscience. L'enjeu d'aujourd'hui est de débattre sérieusement des sujets qui nous préoccupent avec les coopérateurs et ensuite, au sein des instances de gouvernance du groupe. Il faut que la prise de conscience soit à la hauteur des problèmes. La diversité et la complémentarité des personnes peuvent être des richesses pour la coopérative.

Quel message voulez-vous faire passer aux associés coopérateurs de votre région ?

N'oublions pas l'essentiel : Téréos compte des employés compétents, professionnels, dans les usines, dans les bureaux. Ensemble, nous avons les moyens que Téréos redevienne une belle coopérative rentable, présente dans le sucre et dans l'amidon. Avec l'ensemble des conseillers de région démissionnaires de Chevrières, nous pensons que Téréos, en changeant sa gouvernance, sera capable de pérenniser votre production. Nous serons donc tous en majorité candidats à notre réélection dès lors qu'une assemblée générale sera programmée.

Téréos chiffres clé 2017-18

- 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires

- 2e groupe sucrier mondial

- 400 références produits

- Une présence dans 17 pays

- 18.000 agriculteurs partenaires, dont 12.000 associés coopérateurs

- 145 experts recherche et développement à travers le monde

- Amérique latine : 8 sites industriels, 1 centre r&d, 1 bureau commercial

(Brésil)

- Europe : 32 sites industriels, 3 centres r&d, 2 bureaux commerciaux

(France, Belgique, Espagne, Italie, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni)

- Afrique & océan indien : 6 sites industriels, 1 centre r&d, 2 bureaux commerciaux

(Afrique du Sud, Kenya, La Réunion (France), Mozambique, Tanzanie)

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui