L'Oise Agricole 03 mai 2018 à 10h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Respectueuses de la nature, des pommes à croquer

Les Vergers de Sennevières, à Chèvreville dans le Valois, sont agréés Vergers écoresponsables depuis 2 ans. Une démarche qui s’inscrit dans l’histoire familiale et colle avec son époque.

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Alexandre Prot, pomiculteur à Chèvreville. (© Dominique Lapeyre-Cavé) Station météo connectée au smartphone pour consulter la témpérature, l’hygrométrie, le vent... © Dominique Lapeyre-Cavé Nichoir à mésanges. © Dominique Lapeyre-Cavé Tas de bois et hôtel à insectes. © Dominique Lapeyre-Cavé

Alexandre Prot n’est installé depuis 3 ans seulement mais c’est avec le sourire et la passion de son métier qu’il vous fait visiter son verger dont la conduite fait la part belle à l’observation et à l’utilisation de méthodes biologiques.

La démarche Vergers écoresponsables s’appuie sur les bases de l’agriculture raisonnée et vise à n’utiliser les produits phytosanitaires qu’en dernier recours, quand tout a déjà été mis en œuvre pour éviter d’y avoir recours. «Mon père pratiquait déjà la PFI, production fruitière intégrée, et dès mon installation, j’ai souhaité obtenir le label Vergers écoresponsables car il permet d’être accompagné dans une communication auprès des consommateurs. J’ai adhéré à l’association Pommes poires et, au bout d’un an, ai été agréé car je respectais le cahier des charges», explique le jeune pomiculteur.

Le gîte et le couvert

Tout est donc fait pour accueillir les prédateurs des insectes ou mammifères qui s’en prennent aux pommiers et les abeilles dont le rôle dans la pollinisation des plantations est essentiel.

Le gîte est donc fourni : des niches à mésanges (un couple avec petits mange 200 g d’insectes par jour), un abri pour les chouettes (au bout d’un an, des chevêches se sont installées et elles consomment des insectes nocturnes et des petits rongeurs), un tas de bois sert de refuge aux hérissons et un hôtel à insectes accueille, pour plus d’une nuitée, des abeilles sauvages qui assureront une partie de la pollinisation ou des insectes prédateurs de l’araignée rouge, fléau des vergers.

Des perchoirs à rapaces surplombent les pommiers car les buses variables mangent des mulots qui, eux, s’attaquent volontiers aux jeunes plants et sont capables de détruire un rang pendant l’hiver. «Le pire, c’est qu’on ne s’en rend compte qu’au printemps, à la reprise de végétation» déplore Alexandre Prot.

Des ruches ont été installées à proximité des parcelles, dont la production est vendue dans le magasin installé sur l’exploitation. Mais des apiculteurs voisins viennent également déposer leurs ruches. «La période de floraison est essentielle : tout se joue pendant ces deux semaines. On redoute le gel, trop de pluie et il faut surtout que les abeilles trouvent les conditions idéales à leur mission de pollinisation.» Des jachères mellifères sont ainsi implantées sur l’exploitation. «C’est beau et cela nourrit les abeilles.»

Enfin, pour lutter contre le carpocapse, papillon dont la larve creuse et dévore les pommes à cœur, une stratégie de confusion sexuelle est développée. Des bâtonnets biodégradables imbibés de phéromones sont déposés grâce à une perche sur les branches hautes des pommiers, tous les 7 arbres. Ces hormones femelles perturbent les mâles qui ne les trouvent pas dans le verger ainsi parfumé (imperceptible pour un nez humain !). Une technique redoutable, utilisée avec succès par plus de 85 % des vergers écoresponsables.

Limiter les interventions

Autre menace sur la production : la tavelure, contre laquelle seule la chimie est efficace. Par contre, pour limiter les foyers, les feuilles mortes des pommiers sont ramassées et détruites à l’automne car elles constituent un réservoir de spores. Enfin, pour surveiller si le champignon dispose des conditions idéale à son développement (chaleur et humidité), une station météorologique Comsag a été installée. Depuis son smartphone, Alexandre Prot surveille ainsi les données météo et peut ainsi apprécier les risques. Il a même programmé des alertes à 0°C qui déclenchent l’irrigation pour lutter contre le gel (la fleur est ainsi préservée dans un igloo de glace à zéro degré) ou invitent à allumer les bougies dispersées dans le verger pour remonter la température de 2 degrés.

«Le système d’irrigation sert peu à arroser les vergers car nous avons la chance d’avoir des sols profonds où les pommiers peuvent puiser l’eau jusqu’à 10 m, reconnaît Alexandre Prot. Outre la lutte contre le gel, l’été, l’irrigation sert parfois à entretenir une atmosphère plus humide lors des fortes chaleurs et évite ainsi aux fruits un coup de chaud.»

Enfin, l’inter-rang enherbé n’est broyé que deux fois par an, lors de la taille et la cueillette, pour le confort des salariés, trente permanents et des saisonniers. Sinon, il accueille une biodiversité, en faune et flore bénéfiques.

«Avec des années qui ne se ressemblent pas, c’est une activité passionnante : optimiser les ressources de la nature pour produire des fruits de qualité» se réjouit Alexandre Prot. À déguster ses pommes, on ne peut qu’approuver.

 

Les pommes à Sennevières, une histoire ancienne

La famille Prot est installée sur cette exploitation de grandes cultures à Chèvreville depuis 1880. On y trouve les traditionnelles productions de la région : blé, betteraves scucrières...

C’est le grand-père d’Alexandre Prot qui a commencé à planter des vergers, juste après la guerre. Une petite révolution dans ce secteur où les conditions pédo-climatiques sont excellentes. Mais, avec le bassin de consommation de la région parisienne à moins de 60 km, la proximité d’axes routiers importants et des Français qui avaient souffert de restrictions alimentaires pendant la guerre, ce pari était intelligent.

Depuis, la surface en vergers n’a cessé d’augmenter, pour atteindre 60 ha aujourd’hui. Tous les deux ans, de nouvelles plantations viennent remplacer les arbres les plus vieux, autour de 20 à 30 ans.

En projet, 4 ha de poiriers Conférence qui seront menés en conduite biologique et, pourquoi pas, un passage partiel du verger en bio. Dans tous les cas, la part belle sera réservée aux variétés locales, Canada grise et Boskoop, qui reviennent en force sur les étals. Ici pas de Pink Lady car les conditions sont trop favorables à la pousse et les fruits obtenus seraient d’un trop gros calibre pour être commercialisés !

Tout sur le label Vergers écoresponsables

- 1.300 pomiculteurs en France, représentant 65 % de la production française, soit 1 million de tonnes de pommes

- 80 % des magasins, grande distribution comprise, s’engagent à acheter à des producteurs éco-responsables

- 30 variétés produites

- charte professionnelle créée en 1990, devenue un label en 2008 à des fins de communication

- 2 grandes actions de communication par an : présence au Salon international de l’agriculture et opération «vergers ouverts» les 22 et 23 septembre prochain

- label qui a obtenu la certification environnementale de niveau 2 par le ministère de l’Agriculture en 2013

- les producteurs sont contrôlés une fois par an sur la conformité de leurs pratiques par un organisme externe et indépendant

- récolte à la main, traçabilité jusqu’au consommateur.

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