L'Oise Agricole 10 décembre 2015 à 08h00 | Par Michel Bourdoncle

Réchauffement climatique : les filières mondiales de l’élevage se mobilisent

A l’occasion de la conférence mondiale, des filières issues des principaux pays producteurs de viande sont venues témoigner de leurs efforts en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

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Le programme Beef Carbon vise non seulement à réduire l’empreinte carbone, mais aussi à évaluer l’impact sur la qualité de l’eau, de l’air et le maintien de la biodiversité.
Le programme Beef Carbon vise non seulement à réduire l’empreinte carbone, mais aussi à évaluer l’impact sur la qualité de l’eau, de l’air et le maintien de la biodiversité. - © JC Gutner

«Notre activité économique s’inscrit dans la société. Il nous faut travailler notre image en raison des attaques contre la viande et de la plus grande sensibilité des populations au bien-être animal, en montrant notamment ce que nous faisons », a déclaré Guillaume Roué, le président de l’Office international de la viande et de l’interprofession porcine, à l’occasion de la Cop 21, le 2 décembre, à Paris.

L’occasion donc, pour les principaux pays producteurs de viande de la planète, de présenter les efforts qu’ils ont engagés en matière de lutte contre le réchauffement climatique. En Europe, par exemple, le programme Beef Carbon, qui associe quatre pays de l’Union européenne, la France, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie, a été labellisé par l’Onu et le ministère de l’Environnement. A partir d’un diagnostic environnemental réalisé sur 2.000 exploitations (1.700 en France), la démarche vise à tester de nouvelles pratiques d’élevage sur les 170 les plus performantes, et de les vulgariser ensuite à travers le réseau des Chambres d’agriculture, des coopératives, de France Conseil Elevage.

Le programme vise non seulement à réduire l’empreinte carbone, mais aussi à évaluer l’impact sur la qualité de l’eau, de l’air et le maintien de la biodiversité, selon Bruno Dufayer, éleveur de bovins viande dans le Massif Central, et responsable du dossier environnement à Interbev et à la Confédération nationale de l’élevage.

Le Brésil, accusé de sacrifier la forêt amazonienne au profit de l’élevage et des cultures, a pris conscience, de son côté, de l’importance du dossier. «L’élevage a été un puissant facteur de colonisation et d’occupation territoriale», reconnaît Fernando Sampaio, directeur exécutif de l’Association brésilienne des exportateurs de viande (Abiec). Mais le gouvernement vient de mettre en place un code forestier, qui vise à préserver les forêts privées et à réduire de 80% la déforestation en 2020. «190 millions d’hectares ont été épargnés et 74% de l’objectif a déjà été atteint», se félicite le Brésilien. Avant de conclure : «La production et l’export de viande ne sont plus liées à l’avancée de l’élevage sur la forêt.»

Difficultés à convaincre

En Nouvelle Zélande, qui tire une grande partie de ses ressources de l’élevage, et où 95% de la production de viande d’agneau et 80% de la production de viande sont exportées, les professionnels de la filière ovine et bovine ont engagé des programmes d’investissement pour répondre aux attentes sociétales. Sans faire l’impasse sur l’économie. «Nous encourageons les producteurs dans des pratiques visant à la fois l’efficacité économique et la préservation de l’environnement », assure Dave Harrison, un responsable de la filière.

Vingt ans plus tard, il se félicite du résultat obtenu : «Les fermes ovines néo-zélandaises ont produit légèrement plus de viande d’agneau en poids à partir d’un cheptel national inférieur de 43%. Les chercheurs estiment que cette augmentation de la productivité a réduit l’empreinte carbone de l’agneau néo-zélandais de plus de 20% pendant cette période.»

Au Royaume-Uni, c’est la pression de l’opinion publique qui a contraint les professionnels à bouger. Là-bas, «l’élevage est considéré comme mauvais pour l’environnement. Les éleveurs sont diabolisés, la viande rouge est diabolisée », déplore James Wilde, de l’Office du développement agricole et horticole. D’où la mise en place de plans d’actions pour réduire l’empreinte carbone. «Dans le porc, nous avons réduit de 50% les émissions de gaz à effet de serre», se félicite-t-il. Et, dans le mouton, «nous avons mis au point un calculateur de carbone pour les éleveurs de moutons pour qu’ils puissent améliorer leurs pratiques», ajoute-t-il. «Hélas, le message ne passe pas jusqu’à présent», constate-t-il, amer.

Enfin, aux Etats-Unis, les professionnels mettent l’accent sur les gains de productivité pour réduire l’empreinte carbone. «Avec une réduction du cheptel de 30% entre les années 1970 et aujourd’hui, nous produisons la même quantité de viande. Nous avons amélioré la performance, tout en réduisant l’impact environnemental», observe John Brook de la Fédération des exportateurs de viande. Mais il est vrai que dans ce pays, où l’élevage ne représente que 3 à 4% des émissions de gaz à effet de serre, la priorité est ailleurs, notamment dans la consommation énergétique des Américains.

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