L'Oise Agricole 03 août 2017 à 08h00 | Par Dorian Alinaghi

Ras-le-bol des agriculteurs : la Foll manifestation

Les agriculteurs isariens ont exprimé leur colère suite à l’arbitrage rendu par le ministre de l’Agriculture.

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En décidant de transférer 4,2 % des crédits du pilier I de la Pac, consacré aux aides à l’hectare, vers le pilier II, celui des aides ciblées, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, a réussi à mettre en colère les agriculteurs. Dans l’Oise, ils l’ont fait savoir en manifestant devant la préfecture le 28 juillet dernier. (© Dorian Alinaghi)  © Dorian Alinaghi  © Dorian Alinaghi

Alors que les États généraux de l’alimentation viennent de commencer, le milieu agricole est une nouvelle fois tombé de haut. En effet, le vendredi 28 juillet, malgré la période de moisson, plus de 80 agriculteurs sont venus manifester devant la préfecture de Beauvais. Dans un communiqué, la FDSEA explique les raisons de cette rancœur : «Stéphane Le Foll et le précédent gouvernement ont laissé en héritage une énorme ardoise de 853 millions d’euros ! Contrairement aux engagements écrits en 2013 par François Holalnde, ils ont sciemment fait l’impasse sur le financement en 2019 et 2020 d’une grande partie des mesures de développement rural : agriculture biologique, mesures agro-environnementales et climatiques (MAEc), assurances et plus particulièrement l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN). La gestion du 2e pilier de la Politique agricole commune entre l’État, les Régions et l’Union européenne est devenue une véritable boîte noire sur laquelle les agriculteurs exigent dorénavant la plus grande transparence. Ils ne veulent plus faire les frais de cette opacité. Pour sortir de cette impasse, plutôt que d’honorer la continuité de l’engagement de l’État en trouvant les ressources nécessaires sur le budget national, Stéphane Travert annonce un prélèvement de 4,2 % sur les soutiens directs perçus par les agriculteurs. Ce prélèvement est inacceptable quand de nombreux secteurs traversent une crise grave avec des prix de marché qui ne couvrent plus les coûts de production, quand la moitié des agriculteurs ont eu en 2016 un revenu inférieur à 350 euros par mois.»

Opération bâchage

Les grilles de la préfecture de l’Oise étaient recouvertes de bâches. Elles ont été graffées du slogan «Hold Up du gouvernement». Guillaume Chartier, président de la FDSEA 60, micro à la main, affirme son mécontentement vis-à-vis du comportement du gouvernement face aux agriculteurs. «C’est une honte !» dénonce-t-il. «On est à l’agonie. L’année dernière était exécrable. On ne va pas rester les bras croisés. Surtout dans notre département où l’agriculture est importante, cela fait 10 ans que l’on perd en productivité. On a des charges qui ne cessent d’augmenter, un rendement qui stagne et des prix de ventes qui baissent. Il ne faut pas que cette situation perdure. J’espère que le préfet entendra notre appel.» Régis Dérumeaux, l’un des secrétaires généraux de la FDSEA 60, a poursuivi en condamnant l’incompétence de l’ancien ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll.«Ce sont des menteurs, ils ne connaissent rien en agriculture ! On peut comparer cette situation avec le problème des incendies. 6 canadairs vont être achetés pour résoudre la situation. C’est comme si on disait aux pompiers que l’on va retenir sur leurs salaires afin de payer les canadairs…»

L’agriculture en voie de disparition

Depuis plusieurs années, le milieu agricole subit de nombreuses difficultés. Surtout avec les moissons des dernières années qui entraînent la profession sur un terrain glissant.

Frédéric Vasseur, agriculteur à Crouy-en-Thelle, furieux, explique sa venue : «on nous a annoncé une baisse de nos aides de l’ordre de 400 euros, puis de 200 euros à l’hectare. Cela est de trop ! On a pas besoin de cela, ce n’est pas le moment. Il y a quelques années, on a eu des revenus assez élevés et ils en ont bien profité pour réduire tous ce qu’ils pouvaient. Seulement maintenant, ils veulent refaire la même chose, sauf qu’il n’y a plus de revenu donc stop !».

Quant à Olivier Grard, agriculteur à Crépy-en-Valois, cette nouvelle est difficile à digérer : «lorsque j’ai lu le communiqué de presse du ministre, j’ai été très en colère. Visiblement, à travers cette lecture, le gouvernement cherche à diviser, indirectement, la profession et à nous dresser les uns contre les autres.»

Pour Pierre Proffit, de Mareuil-sur-Ourcq, la situation est critique : «ils avaient annoncé qu’ils avaient budgété tous ce qui pouvait permettre d’aider le 2e pilier sans prendre en considération les autres piliers. On a l’impression qu’ils nous prennent pour des abrutis. Plus ça va, plus le gouvernement serre les vis, serre les budgets, accentue les contrôles. On a plus de contraintes. On a moins d’aides, très bien, mais alors, laissez-nous tranquilles, laissez-nous produire.»

Après avoir passé une vingtaine de minutes auprès du préfet, Guillaume Chartier et Frédéric Bisseux en ressortent déterminés afin de faire bouger les lignes. Le président de la FDSEA 60 déclare déclare que «le préfet a bien entendu les propos. Il s’en fera le porte-parole. On va malheureusement être contraint de continuer nos efforts encore quelques temps. Mais il est important qu’au niveau des États généraux de l’alimentation, on intervienne tous en tant que particulier, en tant qu’agriculteur pour se faire entendre. Il faut que l’on soit solidaire. Il faut que l’État arrête de s’en prendre à nous. On est dans la réglementation, on produit sain, on produit bien ! Ne laissons pas les personnes qui ne connaissent pas notre métier, parler de ne notre métier !».

Frédéric Bisseux, président des Jeunes Agriculteurs, ajoute que ce racket est inacceptable. Les agriculteurs resteront attentifs les mois qui viennent, notamment sur les choix du gouvernement et les suites des États généraux de l’alimentation.

Délégation en préfecture

Une délégation de la FDSEA et de Jeunes Agriculteurs a été reçue en préfecture par Didier Martin, préfet de l’Oise, et Jean Guinard, directeur départemental des Territoires. Guillaume Chartier a fait part de l’incompréhension des agriculteurs suite à la décision du ministre de l’Agriculture de baisser l’année prochaine les aides Pac : «l’État ne prend pas ses responsabilités» a-t-il affirmé, justifiant que «les engagements pris par le précédent Président de la République n’ont pas à être financés en prenant dans la poche des agriculteurs.

On ne peut pas croire que Stéphane Le Foll, à l’époque ministre de l’Agriculture, n’était pas au courant. Mais aujourd’hui, le résultat qui en ressort c’est que l’on va perdre encore 200 € par mois». Adrien Dupuy, président de la section céréales et oléo-protéagineux de la FDSEA, a rappelé que l’année 2016 a été très difficile au plan économique et que «rares sont les exploitations qui ont réussi l’année dernière à faire du résultat. On ne pourra pas compter sur 2017 pour rattraper l’année 2016, et l’on commence déjà à nous plomber 2018.»

Concernant l’élevage, Bernadette Bréhon, secrétaire générale de la FDSEA, a exprimé les mêmes propos. Frédéric Bisseux, président de JA, a alerté sur les risques dans les projets d’installation. Quant à Mathieu Pecquet, secrétaire général de JA, il a précisé que «le ministre doit revoir sa copie». Le préfet a annoncé à la délégation des agriculteurs que ce n’était «certainement pas de gaieté de cœur que le ministre de l’Agriculture a pris cette décision, mais elle devait être prise dans le sens des objectifs de réduction des déficits et donner une crédibilité à la parole de la France dans l’Europe».

La copie ne sera donc pas revue. Le préfet a rappelé, sur les difficultés économiques et réglementaires exprimées par les représentants de la profession, que «c’est bel et bien l’objectif des États généraux de l’alimentation que de remettre à plat certains sujets. Ils démarrent tout juste et vont se poursuivre jusqu’à la fin de l’année».

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