L'Oise Agricole 10 août 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

Prix du lait: éviter la spirale à la baisse

Les producteurs de lait se mobilisent de nouveau dans les régions. Dans l'Oise, ils ont organisé le 5 août une action auprès de la grande distribution.

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- © Bernard Leduc

La crise en production laitière, on n'en voit pas le bout ! «Rien n'a été réglé depuis 18 mois ! L'embargo russe continue de déstabiliser les marchés laitiers européens et les producteurs de lait voient, chaque mois, leurs prix baisser encore un peu plus» explique Alain Gille, président de la section lait de la FDSEA et de la FRPL (Fédération régionale des producteurs de lait). Les producteurs sont désespérés face à des prix beaucoup trop bas, malgré les négociations pour faire aboutir une charte laitière des valeurs.

La difficulté, c'est que de nombreuses entreprises de la transformation ne l'ont pas signée, dont Lactalis, le numéro un du lait en France et dans le monde. Et précisément, Lactalis est l'entreprise qui rémunère le lait de ses producteurs au niveau le plus bas. Avec le risque, hélas constaté, d'entraîner ses concurrents dans une spirale à la baisse. D'ailleurs, certaines entreprises veulent renégocier l'accord qu'elles ont signé alors qu'elles s'étaient engagées pour une revalorisation du prix du lait, l'objectif étant d'atteindre au moins 340 EUR/1.000 litres, qui est le prix d'équilibre pour les producteurs.

«On en est loin» expliquent les producteurs, brandissant le prix moyen de 260 EUR «non négociables» que Lactalis a décidé pour cette année. Ce prix est celui d'il y a 40 ans, regrettent-ils, en faisant remarquer que quand il y a baisse du prix du lait, «le consommateur n'en voit pas la couleur». Les éleveurs continuent donc de produire à perte et on constate de fait des abandons de production, même si certains groupes essaient de se tenir à des prix plus élevés, comme Sodiaal et en particulier Danone, qui a inclus dans son prix un indice lié aux coûts de production, même si ne n'est qu'à hauteur de 40 %.

Une opération de communication

«Nos trésoreries sont dans le rouge», ajoutait Alain Gille. Le mauvais élève dans les rangs des transformateurs, c'est Lactalis. D'où la décision prise au niveau national de demander aux enseignes de la distribution le déréférencement des produits de ce groupe - ce sont tous ceux des marques Président, Lactel, Bridel, La Laitière, Célia, Société... Car, pour les producteurs de Lactalis, il est dangereux de manifester leur colère devant les usines: ils seraient menacés d'arrêt de collecte. Quant à sa santé financière, ce groupe n'en fait aucune communication ; elle semble pourtant très bonne, à voir le nombre d'entreprises qu'elle a repris dernièrement, dont la fromagerie française Graindorge il y a seulement deux mois. «Lactalis achète ces entreprises sur votre dos », disait Pascal Foucault.

Dans l'Oise, une réunion de la section lait de la FDSEA a eu lieu le 4 août et il avait été décidé d'une action pour le lendemain, dans des grandes surfaces de Beauvais. Le but était une opération de communication avec les consommateur pour expliquer le très gros écart entre le prix du lait payé à l'éleveur laitier et le prix de vente des produits à la distribution. En ciblant les produits du groupe Lactalis, qui ont été, soit mis sous bâche plastique, soit vidés des rayons.

Ce qui a été fait dans les magasins Auchan, Carrefour et Marché Frais, l'accueil dans cette dernière enseigne ayant été plutôt glacial par le personnel d'encadrement. Généralement, les consommateurs disent être solidaires avec les producteurs, dont ils comprennent le mécontentement ; quant à savoir s'ils accepteraient de payer leurs produits plus cher...

Et avec les responsables de rayons dans les grandes surfaces, c'est plutôt un langage de sourds : «ce n'est pas nous qui rémunérons votre lait, adressez-vous aux transformateurs», dit-on côté GMS. «Mais les transformateurs nous expliquent que c'est la grande distribution qui fait pression pour négocier des prix toujours plus bas», rétorquent les producteurs. «Les prix, ce n'est pas nous, ce sont les centrales d'achat qui les négocient», reprennent les représentants des enseignes.

En aval de la production donc, chacun se rejette la responsabilité. La difficulté dans la filière vient du fait que, face à des producteurs qui sont des entreprises individuelles ou de très petites sociétés réparties sur le territoire, les entreprises d'aval sont bien structurées, avec quelques grands groupes laitiers dont les clients sur le marché français sont essentiellement quatre centrales d'achats.

Ce que demandent les producteurs, c'est un partage équitable des marges dans la filière. Et bien sûr, une revalorisation du prix du litre de lait, qui prenne en compte les coûts de production.

De nouvelles actions syndicales seront très probablement de nouveau organisées pour que tous les partenaires reviennent à la négociation et acceptent de travailler dans la transparence.

 

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