L'Oise Agricole 28 septembre 2017 à 09h00 | Par Laurent Mingam

«On a fait bouger les lignes»

Le réseau syndical s’est mobilisé sur l’épineux dossier, politique et médiatique du glyphosate.

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Blocage des Champs-Elysées par les syndicats et les agriculteurs. (© Laurent Mingam)

Depuis la déclaration de Nicolas Hulot prenant une position de refus du renouvellement de l’autorisation de mise en marché (AMM) du glyphosate, la FDSEA avec l’ensemble du réseau syndical et la FNSEA se sont mobilisées pour exprimer une autre voix que celle relayée habituellement dans les médias généralistes. La FDSEA de l’Oise, pour faire entendre sa voix a par ailleurs, sollicité les parlementaires élus «La république en marche» afin qu’ils exposent au gouvernement les ressentis de leurs circonscriptions.

En effet, le dossier du glyphosate est une affaire sensible du fait des différentes communications et multiples désinformations sur le sujet. Nul ne peut nier qu’un produit actif puisse être dangereux. Mais à quelle dose ? À quelles conditions d’utilisation ? Il est ainsi difficile et délicat de présenter au grand public des produits de protection des plantes pouvant avoir des effets controversés. De plus, de nombreux décideurs ne s’expriment pas avec pédagogie sur ce dossier complexe et nuancé, préférant le discours le plus simple.

Expliquer nos pratiques

Pour la FDSEA il s’agissait également de rappeler aux parlementaires la promesse du candidat Emmanuel Macron : pas de nouvelles contraintes pour l’agriculture française et donner les moyens aux exploitants nationaux de retrouver de la compétitivité.

La FDSEA a également appelé à la mobilisation pour une action de communication syndicale qui s’est déroulée le vendredi 22 septembre matin. Le lieu de l’action, dévoilée au dernier moment, a offert une formidable tribune : les Champs-Elysées, à deux pas du Palais de l’Elysée présentant les agriculteurs sur un lit de paille. Toute la journée, cette action a été fortement relayée sur l’ensemble des médias nationaux, constituant ainsi un franc succès.

Organisée par la FRSEA Ile-de- France et les FDSEA des départements du Bassin Parisien, dont l’Oise, l’action a mobilisé près de 250 agriculteurs de 8 départements, dont une délégation d’une quarantaine d’agriculteurs en provenance de l’Oise.

Guillaume Chartier, président de la FDSEA 60 a rappelé à la tribune qu’il fallait «faire savoir à tout le monde comment nous travaillons, comment nous avons su faire évoluer nos pratiques, mais aussi comment aujourd’hui nous vendons en dessous de nos coûts de production et comment des contraintes supplémentaires risquent encore de faire du mal à notre agriculture».

Les deux surprises de la journée sont venues d’une part, de la sollicitation d’un entretien à l’Elysée, auquel s’est rendue une délégation de responsables professionnels et d’autre part, de la venue de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, sur le lieu de la manifestation. Passé la surprise, l’étonnement et les sifflets se sont fait entendre en contestation de son discours et sa position pourtant infléchis. En effet, d’une position de refus de renouvellement de l’AMM Glyphosate, il a exprimé la «perspective d’un retrait à terme».

Cette inflexion laisse entrevoir une position ambiguë de la France lors du vote européen qui doit intervenir en Conseil des ministres de l’Union européenne en novembre. En effet, la France serait tentée de voter NON afin de faire pression sur la filière pour qu’elle trouve des alternatives a très court terme. Laissant les autres pays membres voter pour, ce jeu vu de nos campagnes est insoutenable le risque est trop grand de le perdre du jour au lendemain !

Pas d’interdiction sans alternative

Suite du feuilleton : ce lundi, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA et Éric Thirouin, secrétaire général adjoint, ont été reçus par Nicolas Hulot.

Au cours de cette rencontre prévue antérieurement à la manifestation et qui concernait en premier lieu les États généraux de l’alimentation, le sujet du glyphosate a évidemment été abordé. La FNSEA a rappelé au ministre d’Etat, selon un communiqué du syndicat majoritaire, «qu’il n’y a pas, à ce jour, de raisons scientifiques incontestables justifiant son interdiction». Elle a également rappelé avec fermeté « que si l’Europe dit OUI à l’autorisation du glyphosate, il est hors de question que la France prenne une position unilatérale visant à dire NON.»

Le même communiqué rappelle «qu’on ne peut sérieusement interdire le glyphosate sans alternatives crédibles sur les plans techniques et économiques. Néanmoins, il est possible d’élaborer une trajectoire de solutions et non d’interdictions. Il est effectivement impossible de gouverner uniquement avec des interdictions. L’heure n’est surement pas à plonger les agriculteurs français dans des impasses techniques. (…) Ils ont besoin de soigner leurs cultures avec des solutions efficaces et pragmatiques. Le zéro phyto n’existe pas sauf dans une idéologie hors-sol».

Dans une communication du même jour, le premier Ministre indique que la France «votera contre la proposition de ré-autoriser le glyphosate pour 10 ans» et précise, concernant les usages agricoles de cette substance, qu’il «a demandé au ministère de l’Agriculture et de l’alimentation et au ministère de la Transition écologique et solidaire de lui présenter – avant la fin de l’année et en fonction des conclusions des États généraux de l’alimentation – les conditions d’un plan de sortie du glyphosate, compte tenu de l’état de la recherche et des alternatives disponibles pour les agriculteurs».

Les actions ont donc fait bouger les lignes, sans doute, mais rien n’est encore définitivement acquis ou garanti si l’on relève les écarts et subtilités de langage entre les ministres, le premier Ministre et le porte-parole du gouvernement, «la vigilance reste de mise» pour Guillaume Chartier qui rappelle que «les échanges avec le gouvernement ne sont pas terminés. Il faudra peut-être demain être encore plus nombreux à se mobiliser pour défendre nos moyens de production et nos intérêts».

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