L'Oise Agricole 17 septembre 2015 à 08h00 | Par Oise Agricole

«Nous avons aujourd'hui une fenêtre de tir»

Interview Henri Brichart, vice président de la Fnsea.

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Les agriculteurs qui ont manifesté à Paris le 3 septembre ont obtenu un certain nombre de mesures de la part du Gouvernement, mais un travail important reste à mener à court et moyen terme pour sécuriser leurs revenus.

 

Suite à la mobilisation du 3 septembre, a-t-on avancé sur la question des prix ?

Henri Brichart : Pas tellement. Les annonces de Manuel Valls ne portaient pas sur le volet prix, mais plutôt sur la problématique des soutiens apportés en temps de crise. D'une part, pour alléger les trésoreries, avec une année blanche et le FAC, d'autre part au niveau des charges, en précisant ce qu'il entendait utiliser contre les nouvelles réglementations qui arriveraient. C'est vrai qu'un certain nombre de manifestants attendaient des réponses sur les prix, mais ce qui a été mal compris, c'est que ce n'était pas l'objectif du rendez-vous avec le Premier ministre.

 

Que faut-il faire alors pour améliorer le revenu des producteurs ?

 

H.B. : Il y a eu les tables-rondes de l'été sur les filières bovine, porcine et lait pour tenter d'améliorer le plus rapidement possible les prix. Mais les prix, c'est aussi ce qu'on aurait pu obtenir à Bruxelles le 7 septembre, par des mesures de gestion du marché. Pour l'instant nous n'avons pas eu grand-chose mais on ne désespère pas, il y a encore un certain nombre de sujets sur la table. On ne demande pas à l'Europe de revenir à une gestion des marchés comme il y a vingt ou trente ans, mais certaines mesures pourraient être mises en place. Par exemple, le relèvement des prix d'intervention pour le lait, ou en ce qui concerne le porc reprendre les discussions pour rouvrir le marché russe - je parle de l'embargo sanitaire - ce qui permettrait de dégager un peu de marchandise et enverrait un signe positif au marché. Mais à ce stade, on est plus que déçus.

 

Au-delà du conjoncturel, comment faire pour que les producteurs vivent mieux la volatilité des prix ?

H. B. : Il y a un travail que nous devons mener en matière de responsabilité. Les prix sont faits par les marchés, mais aussi par la façon dont les marchés se répercutent jusqu'aux producteurs, en particulier sur les produits transformés. Nous avons un chantier sur la manière dont on s'organise pour être plus forts vis-à-vis de nos acheteurs. Quand on sait que 30 % des producteurs de viande bovine ne sont pas organisés, que face à Bigard ou Lactalis, on a plusieurs groupements qui se font la guerre, collectivement nous avons une responsabilité. Après, il faut aussi s'attaquer à la contractualisation, qui ne marchera qui si l'on est capable d'aller jusqu'au distributeur. Certains disent que ça ne marche pas, non : on n'a pas été au bout. On a rêvé d'une contractualisation qui remplace la gestion des marchés comme le faisait l'Europe.

La contractualisation est une forme de sécurisation de la relation commerciale, qui permet de se mettre d'accord par avance sur un prix, un volume, une durée. Toute la question, pour le producteur, est ensuite de trouver le bon équilibre entre les coûts de production et le marché. Il y a un certain nombre d'exemples réussis qui existent, même si ça ne veut pas dire qu'on pourra sécuriser par un contrat l'ensemble de son volume de production. Et je crois que nous avons aujourd'hui une fenêtre de tir car personne, producteurs comme distributeurs, n'aime la période que l'on vient de traverser. Du fait des précédentes politiques agricoles très protectrices, l'éleveur n'a pas beaucoup la culture du contrat, mais il nous faut entrer de plein pied dans cette notion de contractualisation, c'est le seul moyen de sécuriser la production au sein de la chaîne alimentaire.

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