L'Oise Agricole 26 juillet 2018 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé, Dorian Alinaghi

Moisson 2018 : toujours dans la moyenne, mais bonne surprise sur la qualité des blés

La moisson 2018 n’est pas encore terminée. Pour les coopératives, qui n’ont toujours pas fini de tout rentrer, il s’agit d’une moisson moyenne, mais surprenante.

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La plupart des coopératives affirment que le marché pourra un peu compenser la moisson 2018.
La plupart des coopératives affirment que le marché pourra un peu compenser la moisson 2018. - © Gutner archives

Pour la coopérative Ucac, située à Clermont, cette moisson reste assez moyenne mais avec des situations inverses par rapport à l’année dernière, que ce soit au niveau du rendement ou de la qualité. «En ce qui concerne les blés, le rendement est moyen, mais la qualité est exceptionnelle. On a pu constater que les rendements sont meilleurs dans l’ouest que dans l’est. De plus, les agriculteurs qui ont commencé tôt la moisson ont de bons rendements alors que pour les derniers, les résultats se dégradent. Qui plus est, certaines parcelles de blés ont été touchées par des maladies, ce qui a provoqué des pertes allant de 20 à 30 quintaux. Pour les orges d’hiver, on a perdu 10 quintaux par rapport au chiffre de l’année 2017 et la qualité est moyenne. Pour le moment, on est à 80 % de la collecte. Il nous manque pour le moment 1.500 à 2.000 hectares à récolter dont le colza, ainsi que les orges de printemps. Ce que l’on peut dire avec le peu que l’on a reçu, c’est une très mauvaise année pour le colza alors que l’orge de printemps a une bonne qualité» explique Stéphane Gillet, de la coopérative Ucac.

Chez Agora, la moisson n’est pas encore terminée. Guillaume Papeguay, responsable collecte de la coopérative, annonce que la qualité du blé est historique. «L’actualité du blé est très bonne puisque l’on atteint 80 en PS et plus de 12 en protéines. Même si le rendement est légèrement inférieur de 3 quintaux par rapport à la moyenne décennale, on peut aborder les marchés meuniers en France, mais aussi à l’international. Apparemment, notre blé a une meilleure qualité que les blés de mer Noire».

Il poursuit avec la récolte des orges qui restent sur un taux moyen. «En ce qui concerne les orges d’hiver, on est à 8 quintaux de moins par rapport à la moyenne décennale, qui est de 83. De plus, la qualité reste limite car la protéine brassicole est un peu juste. Pour les orges de printemps, c’est trop tôt pour en parler, mais on a un bon rendement. Sauf que les protéines sont plutôt basses car elles sont au-dessous de 9,5.»

Pour Guillaume Papeguay, les mauvais résultats du colza ne sont pas une surprise car il y a eu un problème de floraison précoce et un climat non favorable (30 à 35 quintaux).

Le responsable collecte d’Agora ne se prononce pas sur le maïs à venir. «Ce que je peux dire pour le moment que c’est un peu disparate, car à cette période il faut de l’eau au maïs et nous avons un temps très chaud. Dans tous les cas, il faut rester positif».

Même son de cloche chez ValFrance concernant la récolte 2018. Hugues Desmet, responsable à la coopérative, dresse un constat mitigé. «C’est une moisson paisible. Nous avons récolté 90 % de blés, 90 % des colzas, il nous reste 60 % d’orges de printemps. Il y a une certaine déception au niveau des rendements. 80 quintaux en blé, c’est en dessous de la moyenne. Il y a une grande différence entre le nord, ayant un rendement plus important, et le sud. Pourtant ,la qualité est exceptionnelle avec un PS à 79 et des protéines qui atteignent jusqu’à 11,9. On a constaté qu’il n’y a pas de germe et ni de mycotoxine… Concernant le colza, les rendements sont inférieurs à la moyenne (38 quintaux) avec 33 quintaux. Pour les orges de printemps, elles sont dans les normes avec un bon calibrage, un bon PS et 9,55 au niveau des protéines. On est à 65 quintaux, qui est la moyenne.» Hugues Desmet ne se prononce pas au niveau des pois et des féveroles car il n’y a pas assez de données.

Depuis juillet, le marché du blé est en hausse et devrait pouvoir redonner à la France une bonne position afin de pouvoir compenser les moindres rendements.

La coopérative SCA de Milly, n’ayant pas encore fini la moisson, explique que cette année reste très moyenne. «D’après ce que l’on a déjà reçu, les blés sont plus que moyens avec 80 quintaux. Cependant, ils sont à 80 de PS et 11,9 de protéines. En colza, nous sommes à 30 quintaux, c’est-à-dire 10 quintaux en moins que l’année dernière. Les pois sont en deça de la moyenne avec 35 à 40 quintaux ; de plus, on a constaté la présence de bruches. Nous terminons la moisson en fin de semaine avec la récolte des féveroles. C’est la première fois que nous terminons avant le 1er août.» affirme Arnaud Clément, directeur de la SCA de Milly.

 

Elodie Germain Van Butsele, agricultrice à Orry-la-Ville.
Elodie Germain Van Butsele, agricultrice à Orry-la-Ville. - © Dorian Alinaghi

«Une année où je ne décroche pas sans faire des scores hallucinants»

Pour Adélie Van Butsele, agricultrice à Orry-La-Ville, la moisson 2018 reste moyenne, mais avec une qualité extraordinaire. «C’est plutôt une année moyenne, mais avec un petit plus. Mon exploitation de 165 hectares est située dans un petit secteur très sableux alors qu’à quelques kilomètres d’ici, on a des très bonnes terres. Mais, à Orry-la-ville, je suis à côté de la forêt d’Ermenonville, la Mer de sable et la Butte aux gendarmes. Sans parler des dégâts de gibier car je suis enclavée dans la forêt de Chantilly» explique la jeune femme.

«Pour moi, en année normale avec un printemps variant entre le chaud et le sec, mes céréales décrochent en général. Alors que cette année, on a eu beaucoup d’eau durant un bon mois. Ce qui arrange mes terres qui sont très filtrantes. Du coup, mes blés n’ont pas été asphyxiés par l’eau et les rendements sont donc très bons. J’arrive à plus de 70 quintaux en blé alors que normalement, je suis entre 55 et 60 quintaux. J’ai 15 % en plus par rapport au rendement de l’an dernier. Suivant les variétés, je suis entre 70 et 75 quintaux, avec une très bonne qualité et un très bon PS. C’est une belle année en blé. Les orges d’hiver, escourgeons, orges brassicoles sont de très bonne qualité, mais avec un rendement moyen. J’arrive à 65 quintaux en escourgeon. De plus, la récolte de seigle reste assez moyenne. Je pensais réellement faire mieux car visuellement, il était très beau avec une belle qualité et sans aucune présence de maladies. Alors qu’il y a eu énormément de pluie et que c’est une culture très sensible à l’ergot. De plus, la variété utilisée pour le seigle ne doit pas être d’une superbe qualité. J’arrive à 65 quintaux. Cependant, le seigle est une vraie valeur ajoutée,avec parfois des rendements parfois très hétérogènes, mais il se plaît dans les terres difficiles. En ce qui concerne le colza, c’est comme d’habitude, très moyen avec 25 quintaux. Malgré l’apparence superbe du colza, je n’en ai jamais eu d’aussi beau. Mais sur la campagne, on a eu une très grosse pression des insectes. Il fallait être très vigilant. J’ai un collègue qui a loupé un insecticide et par la suite, les colzas ont gelé. Mais sur mon exploitation, c’est dur de faire plus de 30 quintaux en colza. Ma moisson n’est pas encore terminée car j’ai 4 hectares d’avoine que je n’ai pas encore récoltée.» détaille-t-elle.

Une moisson très partagée à la Cuma

Administratrice depuis six ans et présidente depuis le mois de juin, Adélie Van Butsele dirige la Cuma de Nanteuil. La moisson 2018 au sein de la Cuma montre que la récolte est très différente d’une parcelle à une autre. «Nous avons une moisson été de 1.900 hectares avec 14 adhérents, 4 batteuses. J’entends un peu de tout car j’ai rencontré un adhérent qui était plutôt satisfait de ses rendements alors que d’autres font moins que d’habitude. Ce que je pense, c’est que les très bonnes terres ont sûrement souffert du trop-d’eau. On est une Cuma assez atypique. Nous achetons du matériel, comme toutes les Cuma, mais l’agriculteur ne vient pas le chercher. Chaque machine a son chauffeur (temps plein, saisonnier…) et Matthieu de Roches, agriculteur, s’occupe de l’organisation des chantiers. Les échos que j’ai pu entendre des chauffeurs au sujet de la moisson sont très variés mais, par rapport au potentiel de l’année dernière, les rendements sont un peu décevants.» affirme-t-elle.

 

 

Joël et Francis Lemaire, agriculteurs à Suzoy.
Joël et Francis Lemaire, agriculteurs à Suzoy. - © Dominique Lapeyre-Cavé

«Tout a grillé deux semaines avant la moisson»

Le constat est sévère chez Joël et Francis Lemaire, à Suzoy, près de Noyon. «Notre grande parcelle d’escourgeon était très belle 15 jours avant de la récolter. Au point que nous pensions pouvoir approcher le record de 98 quintaux que nous avions atteint il y a trois ans sur cette même parcelle. Et puis, avec la chaleur et le soleil, tout a grillé en deux semaines.

Résultat pour cette orge fourragère : 71 quintaux et un PS tout juste dans la norme. Autant dire que la moisson a mal commencé» se désolent les deux frères en Gaec. Les blés ont produit en moyenne 82 quintaux, heureusement avec de bons critères qualitatifs : 12 en protéine et des PS de 76 à 80.

La déception est également là pour ces deux éleveurs laitiers : «nos parcelles présentaient bien, on avait fait tout ce qu’il faut sur nos parcelles d’Expert». Est-ce dû à la sécheresse qui a sévi en juin et juillet ? ou, au contraire, au printemps trop pluvieux qui a causé des soucis de fertilité ? Les exploitants ne se risquent pas à trouver des causes, mais s’inquiètent déjà pour les 17 ha de colza qu’il leur restait à battre au 20 juillet.

«Les 2/3 avaient un bel aspect il y a encore quelques temps. Le tiers restant a gelé au printemps, il a repris, mais reste très en retard par rapport à l’autre partie, il est encore bien vert. Du coup, on ne s’attend pas à des miracles.»

Joël et Francis Lemaire font appel à l’entreprise pour leur moisson. Comme leur exploitation de 180 ha est essentiellement orientée vers la production laitière avec seulement 65 ha en blé, colza et escourgeon, ils ne voient plus l’intérêt de posséder leur propre moissonneuse-batteuse. «On avait trop de pannes et cela nous faisait trop de travail en plus de l’élevage. Nous sommes très satisfaits de notre entrepreneur, il est très réactif et efficace, nous ne regrettons pas notre choix» se réjouissent les deux frères. Tout comme ils sont satisfaits de leur coopérative, Agora, à laquelle ils livrent leurs récoltes au silo de Noyon. «On est mieux considérés chez Agora que chez Sodiaal, qui est pourtant notre principal client, relèvent les deux frères. On touche régulièrement des compléments de prix et nous avons de bons contacts avec le technico-commercial d’Agora.»

Pour ces deux éleveurs, la production de paille est également un enjeu important. Ils pressent eux-mêmes la paille, en balles rondes. Cette année, la récolte est correcte, environ 15 ballots à l’hectare.

Paille de blé et d’escourgeon sont pressées et rentrées sous les bâtiments au fur et à mesure. «Il nous reste encore 20 ha à presser, mais nous ne le faisons qu’en soirée. En pleine journée, la paille est trop cassante» témoignent-ils.

Finalement, l’année est bien décevante, mais les deux frères comptent sur la remontée des prix pour maintenir leur chiffre d’affaires sur les cultures. «Il vaut mieux avoir des bons prix que des bons rendements» assurent-ils.

Mais la sécheresse et la chaleur actuelles les inquiètent, surtout pour les 40 ha de maïs ensilage et les 14 ha de betteraves sucrières. Et puis il y aussi les 8 ha de luzerne et les 30 ha de prairies permanentes sur lesquels l’herbe ne pousse plus. «Année de foin, année de rien» concluent-ils avec fatalisme.

 

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