L'Oise Agricole 09 mai 2018 à 16h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Marché du sucre : quel avenir pour la production ?

À l’occasion de l’assemblée générale du Syndicat betteravier de l’Oise le 2 mai dernier, Karim Salamon, du groupe industriel Wilmar, producteur de sucre et d’huile basé un peu partout dans le monde, est venu dresser un panorama de la consommation et de la production de sucre à l’échelle de la planète. Pas de quoi rassurer les planteurs.

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L’assemblée du SBO s’est déroulée en huis-clos avant l’intervention sur le marché mondial du sucre.
L’assemblée du SBO s’est déroulée en huis-clos avant l’intervention sur le marché mondial du sucre. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Tout d’abord, Karin Salamon a rappelé que la production mondiale provient essentiellement de la canne à sucre (pour 80 %), le reste étant issu de betteraves sucrières, surtout cultivées en Europe. Le Brésil est le premier producteur mondial, devant l’Inde et l’Union européenne (21 millions de tonnes), les 10 premiers producteurs représentant 70 % de la production mondiale (195 millions de tonnes).

En 2018, la production mondiale devrait augmenter, surtout en Inde, Thaïlande et Union européenne où l’on vit la libéralisation du marché. 17,7 millions de tonnes de sucre vont arriver en plus sur le marché. L’Inde va d’ailleurs sans doute voler la plus haute marche du podium au Brésil. La France, quant à elle, est le septième producteur mondial et le premier producteur de sucre issu de betteraves sucrières.

Parmi les pays les plus productifs (rendement sucre par hectare), la moitié sont producteurs de betteraves. À noter que la moyenne mondiale s’établit à presque 70 t sucre/ha en canne à sucre et 55 t sucre/ha en betteraves sucrières.

Déséquilibre consommation/production

La consommation mondiale de sucre croit régulièrement de 1 % par an, mais de façon extrêmement disparate selon les régions. Les plus gros pays consommateurs sont l’Inde, l’Union européenne, la Chine, les États-Unis. Les dix plus gros consommateurs représentent plus de 50 % du total. Ramené au nombre d’habitants, cela fait des consommations qui varient de 12-13 kg/an pour chaque Chinois contre 40 kg pour un européen (tous sucres et toutes utilisations confondues, éthanol compris).

De même, la consommation évolue différemment selon les zones: en baisse en Europe pour des questions alimentaires et de santé, saturée aux Etats-Unis et en augmentation en Afrique, Moyen-Orient et Asie.

La consommation mondiale totale s’élève à 183 millions de tonnes, donc inférieure à la production. Par contre, si l’Union européenne est en surproduction de 3 millions de tonnes par rapport à la consommation, l’Asie pacifique, elle, est déficitaire. S’ensuit, au niveau mondial, une baisse des prix depuis 2017 et avec une production en hausse, les perspectives de marché ne sont pas encourageantes.

Les exports de sucre dans le monde représentent 50 millions de tonnes, soit un quart de la production, dont les 2/3 se font en sucre roux, 1/3 en sucre blanc.

Une industrie de raffinage se développe dans certains pays qui importent du sucre roux, le raffinent et le réexportent sur le marché mondial du sucre blanc. C’est le cas de pays du Moyen Orient, Dubaï notamment. Les raffineries s’installent là où l’énergie est peu chère et avec un bassin de consommation à proximité.

On constate, entre 2002 et 2016, une évolution de la répartition des exportations selon les pays. Si le Brésil représentait 37 % des exportations de sucre roux en 2002, ce pourcentage grimpe à 66 % aujourd’hui.

En sucre blanc, l’Europe, qui représentait 30 % des exportations en 2002, a vu sa part de marché baisser à 8 % en 2016, pendant que la Thaïlande passait de 12 à 24 % dans le même temps.

L’Europe reste quand même le 2e exportateur en sucre blanc, mais se trouve fortement concurrencée par les raffineries.

Et les planteurs ?

En Inde, le gouvernement vient de mettre en place des subventions pour l’export de sucre blanc, qui sont payées aux planteurs.

En Australie, par exemple, les planteurs peuvent jouer sur le marché à terme pour limiter les risques. Enfin, en Europe, et particulièrement en France, le prix mondial est en baisse et le prix des matières premières bas alors que les coûts de production stagnent.

Selon Karim Salamon, il est aberrant que les planteurs n’aient aucune visibilité sur le prix de vente au moment où ils emblavent. La mise en place d’instruments comme le marché à terme pourrait être une solution dont les sucriers en semblent pas vouloir actuellement.

D’où la crainte exprimée lors de cette assemblée de voir les planteurs suivre le même destin que celui des laitiers lors de l’abandon des quotas. Pas le meilleur exemple qui soit.

Bilan de campagne et dossiers brûlants

Éric Lainé, son président, a rappelé la volonté de la CGB est d’obtenir la plus forte transparente lorsque la campagne de commercialisation du sucre sera achevée. La filière a subi une véritable épreuve cette année avec la baisse du prix du sucre et celle de l’éthanol. Finalement, la connexion s’est rapidement réalisée entre le prix UE et le prix mondial.

Des outils de stabilisation du revenu vont devoir être mis en place pour assurer la résilience des exploitations, ce qui ne semble pas possible à imaginer au sein de la filière pour l’instant.

Au sujet de la récente interdiction des néonicotinoïdes, le président a réaffirmé que leur suppression sur betteraves est une ineptie car celles-ci ne produisent pas de fleurs susceptibles d’attirer les abeilles. L’ITB (Institut technique de la betterave) cherche des solutions alternatives qui n’existent pas à ce jour.

Enfin, l’inquiétude est grande par rapport à l’évolution du budget Pac envisagé par la Commission européenne, à la baisse. De plus, la subsidiarité serait importante, avec des plans stratégiques nationaux et des risques de distorsion de concurrence important.

Éric Lainé estime que l’Europe a une vision déconnectée de l’agriculture et qu’elle manque en tout cas d’un souffle fort.


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