L'Oise Agricole 10 mai 2018 à 13h00 | Par R. O.

Les investissements chinois dans l’agriculture

Dans un rapport publié en avril 2018, l’United States Department of Agriculture (USDA) analyse la nature et la stratégie des investissements chinois en agriculture à l’international. Ceux-ci ont largement augmenté ces dernières années et représentaient un total cumulé de près de 21,7 milliards d’euros en 2016.

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L’importance accordée aux investissements chinois, en particulier sur la question de l’accaparement des terres, est souvent exagérée.
L’importance accordée aux investissements chinois, en particulier sur la question de l’accaparement des terres, est souvent exagérée. - © patrick cronenberger

C’est un sujet dont on entend souvent parler à travers le prisme de l’accaparement des terres, que cela soit dans les vignobles ou avec les achats de terres agricoles, comme en novembre dernier où on apprenait le rachat de neuf cents hectares de terres à blé et maïs dans l’Indre par le conglomérat chinois, China Hongyang. Le département de l’agriculture des Etats-Unis (USDA) s’est penché, dans un rapport publié au mois d’avril, sur les investissements chinois agricoles dans le monde.

A la fin de l’année 2016 près de 1 300 entreprises chinoises travaillant dans le domaine de l’agriculture, des forêts et de la pêche avaient des investissements à l’étranger évalués à près de 21,7 milliards d’euros, indique le document, en se basant sur les chiffres du ministère chinois de l’Agriculture. Le montant de ces investissements directs était resté à un niveau relativement bas jusqu’en 2009, avant de fortement augmenter entre 2010 et 2016 pour atteindre près de 3,3 milliards cette dernière année, soit «1,7 % de l’ensemble des investissements chinois à l’étranger cette année-là». Derrière cette hausse, «la combinaison d’une industrie agro-alimentaire chinoise arrivée à maturité, d’une croissance des moyens financiers disponibles et d’un soutien politique plus important ».

L’envolée des investissements en agriculture est ainsi à remettre dans un contexte plus large : celui de l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, et de l’augmentation concomitante à la fois des réserves de changes disponibles, mais aussi de l’augmentation du déficit des échanges en agriculture, provoquant de plus en plus «d’inquiétude chez les officiels chinois sur la sécurité alimentaire du pays». Engagée dans un mouvement plus global d’internationalisation de ses entreprises, la Chine aborde ainsi ses investissements en agriculture «reliée à des inquiétudes sur la sécurité alimentaire». Plus récemment, le projet des nouvelles routes de la soie, destinés à créer et renforcer les routes commerciales entre la Chine et l’Europe de l’Ouest est devenu «un important catalyseur » des investissements chinois en agriculture, cette dernière ayant été identifiée comme l’un des «six secteurs prioritaires dans lesquels les investissements sont encouragés» par le Conseil des affaires de l’Etat chinois en 2017.

L’Asie : 51 % des investissements agricoles chinois

Malgré les volontés stratégiques du pays, le document remet en perspective la taille et l’importance des prises de contrôles par des groupes chinois. L’arrivée de grands groupes agro-alimentaires, avec des moyens d’action à une échelle globale comme Cofco, WH Group, Bright Foods ou New Hope Group, est ainsi une donnée relativement récente pour un marché qui fut longtemps composé essentiellement «de petites exploitations et d’entreprises agroalimentaires fragmentées».

Les grosses opérations de rachat, comme celles ayant permis à WH Group de prendre le contrôle du transformateur de viande de porc américain, Smithfield Foods, en 2013, pour 5,9 milliards d’euros cache une autre réalité : «La plupart des projets agricoles chinois à l’étranger sont le fait de petites entreprises investissant dans des pays voisins en Asie du Sud-Est, l’Extrême-Orient russe ou l’Afrique.» L’Asie représente à elle seule la destination de près de 51 % des investissements chinois internationaux dans l’agriculture en 2014, quand l’Europe compte pour 15 %, l’Afrique 14 % et l’Amérique du Nord pour à peine 2 %. Une répartition qui découle de la nature des secteurs visés : les matières que la Chine est obligée d’importer pour satisfaire sa demande intérieure, tout en évitant d’être trop dépendant d’un seul fournisseur.

L’huile de palme, le soja, le manioc ou le sorgho sont ainsi «des cibles prioritaires pour les investissements chinois», note le rapport. Des entreprises chinoises, comme Julong Group ou ZTE Energy, ont, par exemple, développé des plantations d’huiles de palme de plusieurs dizaines de milliers d’hectares en Indonésie, pays duquel la Chine fait venir la totalité de ses importations. Le maïs, le colza, le sucre, le lait en poudre, la volaille, le boeuf ou l’huile de soja sont des productions pour lesquelles la Chine repose moins sur ses importations, mais qui «peuvent être visées par des investissements chinois pour diversifier les fournisseurs». Le groupe Shangai Pengxin a ainsi racheté plusieurs fermes laitières en Nouvelle- Zélande quand Shandong Delisi Food Company prenait 45 % des parts du producteur de boeuf australien Bindaree Beef.

Un attrait plus fort pour les technologies

Malgré l’augmentation constatée ces dernières années, le rapport note que l’importance accordée aux investissements chinois, en particulier sur la question de l’accaparement des terres, est souvent «exagérée». D’abord, parce que l’échelle de nombreux projets agricoles «se révèle souvent bien en deçà des annonces initiales», et que «très peu d’investisseurs réexportent les produits vers la Chine comme cela était prévu». Il cite notamment le chiffre d’une étude de chercheurs chinois datant de 2013, montrant que les entreprises chinoises suivies n’utilisaient que «12,8 % des terres qu’elles avaient acquises à l’étranger et investissaient seulement 5 % des sommes prévues» du fait de «barrières imprévues et d’un manque de financement».

Surtout, alors que beaucoup d’investissements chinois à l’étranger se focalisaient jusqu’à maintenant sur l’édification d’exploitations à partir de zéro dans des pays en développement et en Russie, l’émergence de grands groupes agro-alimentaires change la nature des objectifs recherchés. «Les investissements se concentrent de plus en plus sur l’expertise managériale et les technologies autant que les actifs physiques», et visent des marchés plus développés, précise ainsi le rapport, qui note que plus de «trente-cinq fusions et acquisitions en agriculture, sylviculture et pêche ont eu lieu en 2015», notamment par des groupes comme Cofco, WH Group ou Bright Foods. «Presque toutes concernaient la distribution et la logistique alimentaire plutôt que des actifs agricoles», notent les auteurs du rapport.

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