L'Oise Agricole 28 septembre 2017 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi

Les élus et les agriculteurs contre l’interdiction du glyphosate

Après avoir bloqué les Champs-Elysées, les agriculteurs continuent de lutter et appellent les élus à venir sur le terrain afin de débattre sur l’interdiction du glyphosate.

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Claude Borgoo, à Sérifontaine, a accueilli Agnès Thill, députée LREM.
Claude Borgoo, à Sérifontaine, a accueilli Agnès Thill, députée LREM. - © Dorian Alinaghi

Le glyphosate existe depuis une quarantaine d’années. Qui plus est, il s’agit de l’herbicide le plus utilisé dans le monde. Il est employé dans plusieurs situations comme la gestion des intercultures courtes et longues, des prairies temporaires, des adventices en cultures pérennes mais aussi pour l’élimination des repousses avant semis. Depuis l’annonce de l’opposition de la France sur la ré-homologation du glyphosate, les agriculteurs sont de plus en plus inquiets. En effet pour eux, paradoxalement, «même si c’est un produit chimique, il est un véritable levier environnemental et économique dans les exploitations».

Par ailleurs, Arvalis-Institut a évalué les conséquences du retrait de l’utilisation du glyphosate : «Le retrait de l’utilisation du glyphosate nécessitera une augmentation du travail du sol, notamment pour la destruction des couverts d’interculture ou de mauvaises herbes avant semis. Le tassement des sols est responsable de la dégradation physique des sols et de l’érosion. Mais également de la destruction des biomasses microbiennes et petite faune des sols par le retour au labour. Sur le plan économique, le désherbage glyphosate sera remplacé par des désherbages mécaniques et chimiques supplémentaires. Le surcoût est estimé à 797 millions d’euros uniquement en passage additionnels, carburant et main d’œuvre. À ceci, il faut ajouter 182 millions d’euros avec le recours d’autres substances actives en plus grand nombre et en plus fort dosage et j’en passe… Au final, il s’agit d’un milliard d’euros par an pour l’agriculture française ou bien 70 €/ha cultivé» souligne Adrien Depuy, membre du bureau FDSEA60.

Et si on écoutait les agriculteurs !

C’est à la ferme de Claude Borgoo, à Sérifontaine, que Agnès Thill, députée LREM, est venue à la rencontre d’une dizaine d’agriculteurs. Les isariens ont tenté de convaincre leur député de les soutenir dans cette lutte contre l’interdiction du glyphosate. L’un des agriculteurs s’exprime haut et fort en expliquant que «le glyphosate est vital pour les exploitations pratiquant l’agriculture de conservations des sols car il garantit le stockage du carbone. Il n’a pas d’impact sur l’activité biologique du sol et limite les transferts dans l’eau». Un autre ajoute que «le glyphosate a été étudié par l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui a conclu que ce désherbant n’était pas cancérogène, mutagène ou reprotoxique». Derrière le groupe d’agriculteurs, un seul, tête baissé, murmure d’une voix tremblante «je ne comprends pas… On est coupable de rien».

Agnès Thill est attentive à toutes ces réclamations et souhaite réellement que les politiciens agissent en faveur des agriculteurs. «Nous ne pouvons pas vous laisser dans cette situation. Je ferai en sorte que tous les problèmes remontent. Qu’il n’y ait pas que des paroles mais des actes et des actes écrits.»

Le député LREM Pascal Bois a été reçu sur l’exploitation d’Emmanuel Serruys à Novillers. Les présidents des SEA du Pays de Thelle et de Creil-Sud-Oise, réciproquement Cédric Soenen et Didier Veret, étaient entourés d’agriculteurs employant chacun différentes méthodes culturales mais avec une seule et même problématique : «Nous ne pouvons pas nous passer du glyphosate sans autres alternatives dans notre mode de production». Comme certains ont pu l’exprimer, selon la méthode culturale et le type de terres, ils peuvent ne pas en utiliser pendant deux ans mais l’année d’après être dans l’incapacité de faire sans, tout en étant sur des doses d’utilisation bien en deçà de la dose homologuée.

«Et comment pouvons-nous en France interdire un produit qui est utilisé à l’étranger sur des aliments que nous importons sur notre territoire avec des doses 3 fois supérieures à la dose homologuée française ? Est-il prévu une analyse systématique des aliments entrant sur notre territoire pour s’assurer de leur bonne conformité avec nos homologations ?» Le dénouement du glyphosate arrivera le mois prochain. Pour le moment, les agriculteurs ont l’herbe coupée sous le pied.

 

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