L'Oise Agricole 27 avril 2017 à 08h00 | Par Agrapresse

Les coopératives ont tenu le choc face aux crises

Si les résultats économiques des exploitations agricoles françaises sont au plus bas, après trois ans de crises en tout genre - économiques, sanitaires et climatiques -, qu’en est-il des coopératives agricoles?

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C’est en élevage laitier et volaille que la situation est la plus tendue Chez Euralis, 130 personnes sont actuellement
en chômage technique partiel.
C’est en élevage laitier et volaille que la situation est la plus tendue Chez Euralis, 130 personnes sont actuellement en chômage technique partiel. - © Guylaine Trou

Après près de trois ans de crises économiques, diverses crises sanitaires et la crise climatique de l’an passé, les coopératives semblent tenir le choc. Même si les situations sont très variées, selon les entreprises et les secteurs d’activité. Nombre d’entre elles auront sans doute des résultats négatifs sur l’exercice à venir et devront puiser dans leurs fonds propres.

Concernant le secteur céréalier, «les coopératives sont solides, elles sont là pour ça», explique Vincent Magdelaine, directeur de Coop de France-Métiers du grain. Mais, après une moisson 2016 catastrophique, de «très petits résultats » sont prévus sur l’exercice. Le chiffre d’affaires subit une baisse quasi générale, plus accentuée autour du Bassin parisien, notamment au sud de la capitale et tout au nord, indique-t-il.

Cette chute des volumes rend plus difficile l’écrasement des coûts. «Pas mal de coops différent une grande partie de leurs investissements, pour tout ce qui est hors du domaine de la sécurité», note Vincent Magdelaine. Les dépenses informatiques, qui peuvent très vite chiffrer, sont notamment touchées, précise-t-il.

Mais l’attention porte aussi sur la prochaine moisson, avec des inquiétudes de plus en plus vives liées à une sécheresse persistante. Il ne faudrait pas que le retrait du blé français de la scène internationale dure plus longtemps. «Les marchés perdus ne sont pas faciles à reconquérir», selon lui. Les débouchés intérieurs ont, quant à eux, été pourvus, permettant une continuité de la relation avec les clients, note Vincent Magdelaine.

 

Coup de frein sur les investissements

Dans la région Centre Val-de- Loire, Axéréal a annoncé qu’il allait couper dans ses dépenses pour réduire les charges de 20 millions d’euros sur deux ans. Axéréal s’est adapté à la mauvaise récolte 2016, concluant des accords sur l’organisation du travail, réduisant les contrats saisonniers, les recrutements, la formation. Les investissements ont aussi été revus à la baisse, hors sécurité et chantiers en cours.

La région Bourgogne a été particulièrement touchée ces dernières années. «En 2014, il s’agissait d’un problème qualitatif majeur et, en 2016, nous avons connu tous les malheurs du monde : la collecte en retrait de moitié, une dégradation de la qualité du grain et une chute des prix», souligne Jean-Luc Billard, directeur général d’Ynovae, qui est née de la fusion récente de Capserval et de Cerepy. «Nous avons bloqué tous les investissements de la coopérative, ce qui va être préjudiciable pour l’avenir. Par ailleurs, nous avons accompagné nos adhérents. Nous savons que nous allons faire un résultat négatif et dégrader notre bilan cette année, mais nous avons les réserves nécessaires pour le faire. Nous avons prévenu notre banquier, même s’il n’aime pas cela.»

Dans le Nord, la coopérative Noriap, a connu une baisse de 35% de sa collecte. S’il est trop tôt pour mesurer les conséquences économiques de cette forte réduction d’activité, le groupe a pris des mesures d’anticipation. «Nous avons mis en place un plan d’économie, qui consiste en une réduction des budgets d’investissement de 50% et du budget de maintenance des silos de 1,60 million d’euros, explique Céline Leeman-Broyer, secrétaire générale de Noriap. Les équipes relèvent ce challenge.»

 

Les activités de transformation

C’est en élevage laitier et volaille que la situation est la plus tendue. «Ce ne sont pas les négociations commerciales de cette année qui vont permettre d’améliorer la situation », commente Pascal Viné, directeur général de Coop de France.

Le 13 avril, lors de l’assemblée générale de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), son président, Dominique Chargé, soulignait le fait que les investissements ont été retardés pour pouvoir apporter un soutien financier aux producteurs. C’est le cas des investissements pour le renouvellement du matériel de production.

En revanche, les investissements stratégiques, comme les tours de séchage, ont été préservés, tout comme le budget R & D. Gilles Desgrousilliers et Sandrine Delory, respectivement président et directrice d’Ingredia, société qui émane de la coopérative La Prospérité fermière (Hauts-de-France), le confirment.

Chaque année, près de 10 à 15 millions d’euros sont investis dans la recherche de protéines à haute valeur ajoutée pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 400 millions d’euros, réalisé à 61 % à l’export grâce à la valorisation d’ingrédients laitiers («cracking du lait»). Ce montant d’investissement n’a pas bougé durant la crise laitière. «Notre stratégie de différenciation repose sur des produits innovants, de qualité et responsables. Et nous souhaitons maintenir un haut niveau d’innovation », explique Sandrine Delory. Elle annonce même dix projets de recherche sur des nouvelles protéines d’ici trois ans. L’assise économique de la coopérative a permis aux banques de la suivre sans difficulté.

La coopérative Altitude, dans le Massif Central, n’a pas modifié son rythme d’investissement, malgré le versement de 1,8 million d’euros aux éleveurs laitiers pour les accompagner dans la crise en 2015 et 2016, mais aussi l’accompagnement des éleveurs de vaches allaitantes durant la crise de la fièvre catarrhale ovine et les éleveurs de porcs jusqu’en 2015. La raison: ses résultats reposent beaucoup sur ses filiales en aval, notamment de transformation de viande. Sur l’activité laitière, les 140 millions de litres de la coopérative ne sont pas transformés par elle, mais partent vers une filiale de Sodiaal, les Fromageries Occitanes. La coopérative sort ainsi la tête haute de ces années difficiles pour les éleveurs grâce à cette stratégie de consolidation des résultats entre ses filiales, explique Olivier Voisin, directeur d’Altitude.

L’impact de la crise aviaire Dans le Sud-Ouest, c’est la grippe aviaire qui met les coopératives agricoles dans des situations difficiles. Ainsi, chez Euralis, sur le site industriel de Maubourguet, dans les Hautes-Pyrénées, qui est le plus affecté, 130 personnes sont actuellement en chômage technique deux à trois jours par semaine, sur un total de 500 salariés.

Quelle conséquence économique cette deuxième vague de grippe aviaire, va-t-elle avoir sur les comptes du groupe coopératif ? «Difficile encore de le prévoir, reconnaît Olivier Quero, responsable des relations presse d’Euralis. Ce dont on est sûr, c’est que la crise sanitaire de l’an passé a engendré une perte de chiffre d’affaires de 22 millions d’euros, dont 17 millions d’euros de perte d’activité sur le foie gras et 5 millions d’euros de perte sur l’activité alimentation animale.»

Sur l’exercice précédent, le chiffre d’affaires total du groupe Euralis était en baisse de 3 %, à 1,3 milliard d’euros, et son résultat net a été négatif à - 6 millions d’euros. Pour cette campagne, on peut s’attendre à un impact assez similaire. Et, heureusement, la récolte de maïs n’a pas été aussi catastrophique que celle du blé. Si les agriculteurs sont indemnisés par l’Etat du fait du vide sanitaire, les coopératives bénéficient, quant à elles, de la prise en charge du chômage partiel des salariés.

 

Coopératives porcines

Dans les coopératives porcines, on observe un rattrapage des pertes de trésorerie suite aux trois années précédentes, ce qui leur permet de commencer à reconstituer leur fonds propre et d’envisager une reprise des investissements.

A la coopérative porcine Aveltis, de 620 adhérents, le directeur général, Thierry Gallou, précise que «la coopérative est à l’équilibre». Pour l’expliquer dans un contexte de crise, il rappelle que les cotisations sont prélevées par porc vendu et non en fonction de leur prix. Or, «en 2015, nous avons fait 3,150 millions de porcs, et en 2016, on est à 3,1 millions. C’est relativement stable».

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BERTRAND (40) | 27 avril 2017 à 17:32:08

Les coop tiendront toujours le coup, ce sont les paysans qui crèvent..

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