L'Oise Agricole 30 juin 2016 à 08h00 | Par L'Oise Agricole

Les conséquences du Brexit

La sortie du Royaume Uni de l’Europe marque un séisme politique. Qu’en est-il pour l’agriculture, principale politique commune?

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- © Commission européenne

Enfant terrible de l’Union européenne, ardent défenseur d’un libéralisme dérégulateur, le Royaume-Uni est pourtant devenu un horizon et un marché familier pour les agriculteurs français. Certains secteurs de production se font du souci. Par exemple, le Royaume-Uni, largement déficitaire en fruits et légumes, augmente ses volumes d’importations d’année en année.

Il a importé 3,7 millions de tonnes de fruits en 2015, dont 120.000 tonnes de pommes environ à la France. Il constitue ainsi notre premier client pour ce marché, et représente environ 20% de nos exportations en volume et 25% en valeur. Et Daniel Sauvaitre, président de l’Association nationale pommes poires (ANPP), craint, en effet, le «premier effet» à savoir la «tempête sur les marchés» qui pourrait en découler de l’association et il estime qu’une dévalorisation de la Livre sterling, et par conséquent un pouvoir d’achat amoindri du Royaume-Uni, pourrait conduire à une baisse des commandes vers la France.

Cela pourrait être un «booster pour la production nationale » britannique, développe-t-il encore. La deuxième crainte de l’ANPP concerne les contraintes administratives supplémentaires qui pourraient résulter d’un Brexit, et handicaper les échanges.

Enfin, à partir du moment où «le cordon ombilical» sera coupé, il faudrait mettre en place des accords bilatéraux qui sont aujourd’hui encore bien incertains. Même inquiétude chez les producteurs de viande ovins, le secteur le plus concerné par les échanges entre les deux pays: la France est la première destination du Royaume-Uni pour l’agneau et le mouton ; elle représente 54% des exportations britanniques pour ces produits. «Oui, le Brexit aura un impact», affirme Michèle Baudoin, présidente de la Fédération nationale ovine (FNO). Déjà en déficit de production en France, elle craint qu’avec l’absence de l’agneau anglais sur le marché, «la consommation ne chute encore plus.» Autre hypothèse, un surcroît de compétitivité britannique si le taux de change de la livre dégringole.

Flux commerciaux désorganisés

Les producteurs et surtout les industriels savent bien qu’une désorganisation des flux commerciaux n’est jamais bonne pour les marchés. C’est pour cela que les inquiétudes ne concernent pas que l’agneau. Le Royaume-Uni est également un gros importateur de viandes porcine, bovine et de volailles. Certes, la France ne compte pas parmi ses principaux fournisseurs, mais un éventuel ralentissement de ces flux peut provoquer des reports sur le marché français ou sur les pays clients de la France.

C’est ce qui s’est d’ailleurs passé après l’embargo russe qui a coûté cher, même à ceux qui n’exportaient pas directement en Russie. Sur de grands secteurs du potentiel agricole français, la sérénité est cependant de mise. Ni les producteurs de lait, ni ceux de légumes ou encore de grandes cultures ne sont vraiment inquiets. Le Royaume-Uni n’est qu’un marché parmi d’autres qui, de toute façon devra continuer à s’approvisionner. Et, par sa proximité ou sa tradition, la France a un avantage indéniable.

L’UE perd 7% de son agriculture

Avec le Brexit, l’agriculture communautaire va perdre 7% de sa production en valeur. Le Royaume-Uni devra se passer du soutien de plus de 3,5 milliards € que lui apporte annuellement la Pac, et il hypothèque ses exportations agricoles et agroalimentaires qui atteignent quelque 24 milliards €, dont plus de 60% destinés à l’UE. La production agricole du pays a atteint en 2015, 26.203 milliards €, selon les données de la Commission européenne, soit 7,1% de celle de l’UE: 9,9% pour la production animale (32,9% pour le secteur ovin), 5% pour la production végétale.

Elle est assurée par 185.000 exploitations (1,7% du total de l’UE) où travaillent quelque 430.000 personnes, soit 1,2% de l’emploi total (contre 4,7% en moyenne dans l’UE). 22% de ces exploitations couvrent plus de 100 hectares, et 4,8% enregistrent un chiffre d’affaires de 500.000 € ou plus (en 2013).

Le soutien de la Pac au Royaume-Uni a atteint en 2014 3,710 Md € – soit 7,5 =% des fonds agricoles européens dépensés cette année-là – dont 86,1% pour les paiements directs, 1,1% pour les mesures de marché (32 millions € pour les fruits et légumes, 4,5 Mio €pour le lait) et 12,8% pour le développement rural.

Un coût commercial élevé

A présent, le Royaume-Uni va devoir trouver un nouveau cadre de commerce avec l'Union europenne et les Etats Membres. Il pourrait par exemple rejoindre l’Espace économique européen (EEE), qui réunit actuellement les Vingt-huit, l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein. Cette adhésion lui donnerait accès au marché intérieur de l’UE, dont il devrait respecter les règles et normes sans participer à leur élaboration. Il pourrait aussi, comme la Suisse, signer plusieurs accords sectoriels avec l’UE, conclure des accords de libre-échange avec cette dernière ou encore une union douanière, comme la Turquie.

Sans accord, il deviendra, pour l’Union, un pays tiers et devra passer de nouveaux accords commerciaux avec l’UE et avec les nombreux pays liés à cette dernière par un accord de libre-échange. Ceci implique probablement des négociations, et dans l’intervalle, le commerce va continuer, mais dans des termes très différents et peut-être plus mauvais. Le commissaire européen en personne, Phil Hogan, estime qu'il faudrait au pays 8 à 10 ans pour conclure de nouveaux accords commerciaux avec ses ex-partenaires.

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