L'Oise Agricole 24 novembre 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

Les agriculteurs mieux reconnus localement

La Chambre départementale d’agriculture a tenu ce mardi 22 novembre sa dernière session de l’année.

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- © Bernard Leduc

De nombreux sujets ont été abordés, portant autour de la valorisation locale des produits et services de l’agriculture, du développement des circuits courts, de la recherche de valeur ajoutée dans les territoires, ou encore de la reconnaissance des agriculteurs et du respect de leur travail par une meilleure connaissance de leurs contraintes par le public.

Les membres de la Chambre d’agriculture ont été accueillis pour cette session par Martine Borgoo, conseillère départermentale, déléguée chargée de l’agriculture, dans l’hémicycle du Conseil départemental, «lieu de débats et de démocratie».

Au nom du président Édouard Courtial, excusé, elle a rappelé son attachement à l’agriculture et à la ruralité et l’aide apportée par l’assemblée départementale à 13 organismes agricoles ainsi que son partenariat avec la Chambre d’agriculture pour plusieurs actions, dont la gestion d’aides exceptionnelles à l’élevage.

Cette session était d’abord budgétaire, pour l’adoption du budget initial 2017. Ce qui a relevé du «dilemme», disait le président Jean-Luc Poulain, puisque l’exercice imposé est désormais de tenter de trouver l’équilibre budgétaire avec des produits en moins et des charges en plus. Mission difficile à laquelle les membres du bureau et la direction ne sont pas parvenus, et l’assemblée a voté à l’unanimité pour un budget en déficit pour la 2e année consécutive. Avec un total de charges de 5.803.160 € et un total de recettes de 5.066.360 €, le déficit prévisionnel est donc de 736.800 € pour la section de fonctionnement.

Compte tenu des investissements prévus pour un total de 344.800 € financés par un emprunt de 200.000 €, le budget initial 2017 se solde par un prélèvement sur le fonds de roulement de 649.300 €. Au 31 décembre 2017, le solde du fonds de roulement serait de 487.000 €, ne couvrant plus que 30 jours de fonctionnement.

Mais Jean-Luc Poulain rappelait la nécessité de maintenir des services de qualité auprès de tous les ressortissants de la Chambre d’agriculture et d’entretenir bâtiments et équipements, tout en recherchant toutes les économies possibles dans tous les domaines ; des travaux de rénovation immobilière sont prévus, de même que le renouvellement de matériels, en informatique en particulier.

Et il y a des charges en plus, dont une cotisation obligatoire pour le fonds national de péréquation de l’APCA (pour 28.150 €). Le président rappelait la confiscation de plus de 2,2 millions d’euros sur le fonds de roulement de la Chambre départementale, qui rapportait quelque 150.000 € d’intérêts par an.

Crise agricole

Si les temps sont durs pour les Chambres d’agriculture, ils le sont aussi pour tous les agriculteurs, qu’ils soient éleveurs ou céréaliers. Hélène Beaudoin, responsable du pôle élevage, a rappelé l’aide du Conseil départemental, de 300.000 € pour aider au semis de dérobées ou au resemis de prairies, et pour des contrôles de machines à traire.

Et avec Denis Pype, conseiller régional, elle a exposé la situation des audits qui ont été proposés par le Conseil régional aux éleveurs, sur la base du volontariat. Cela a représenté pour l’Oise 143 audits (dont 48 réalisés par la Chambre d’agriculture), qui sont en phase finale. Au niveau de la région, 580 ont été réalisés, dont 300 sont restitués, dégageant plusieurs remarques : des progrès sont souvent à réaliser sur l’autonomie alimentaire, sur les coûts de production (les écarts constatés étant de 150 €/1.000 litres de lait), ou encore sur la qualité du lait, et des problèmes ont été mis en évidence sur l’organisation du travail chez les polyculteurs-éleveurs.

Et ces audits ont montré l’intérêt de rassurer certains éleveurs ou leurs banquiers qui ont changé leur perception de la notion de risque ; ils ont aussi permis la restructuration des dettes et une meilleure gestion des charges et de la trésorerie dans les élevages.

Le Conseil régional a aussi organisé des états généraux de l’élevage avec l’ensemble des partenaires. Hélène Beaudoin a présenté le travail réalisé au sein des ateliers de travail, qui doivent établir des fiches d’actions concrètes à mener sur le terrain, dans tous les domaines, dont les technologies, la diversification des production et l’agriculture biologique. L’objectif est de maintenir les activités d’élevage dans notre région et de valoriser au mieux l’ensemble des productions pour toutes les filières, y compris à l’export.

Par ailleurs, des états généraux du végétal ont aussi été engagés à l’initiative du Conseil régional. Dans cette région leader pour de nombreuses cultures, les agriculteurs et leurs partenaires expriment le besoin d’une harmonisation des charges avec leurs voisins et concurrents, d’une réelle structuration des filières, d’une meilleure communication avec le consommateur, et d’efforts en innovation-recherche. Un plan protéines est également souhaité.

Une charte de bon voisinage

Un tout autre sujet a été abordé, celui d’une charte de bon voisinage, présentée par Hervé Ancellin qui a conduit depuis septembre 2015 le comité de pilotage composé des organisations professionnelles agricoles, d’associations, de l’administration et d’élus locaux.

Élaborée pour mieux se connaître, mieux se comprendre et mieux se respecter, cette charte est faite pour favoriser la bonne entente, en déclinant les engagements réciproques de bonne conduite et de respect des contraintes de chacun entre les agriculteurs et la population, les voisins. Cette charte, qui sera signée début 2017 par l’ensemble des représentants de partenaires et le préfet, a été acceptée par les membres de la Chambre d’agriculture, à l’unanimité moins deux abstentions.

Les circuits courts

Et il a aussi été largement question du développement des circuits courts, suite à la signature le 13 septembre dernier de la convention pour faciliter l’approvisionnement local des restaurants scolaires. Didier Verbeke a rappelé le travail qui a enfin abouti avec la nouvelle équipe du Conseil départemental, par cette convention à laquelle s’est associée l’éducation nationale. Le but est d’organiser les circuits et la logistique, à la fois pour apporter de la valeur ajoutée au profit des producteurs, offrir aux collégiens des repas confectionnés avec des produits frais et de qualité, et générer localement des activités économiques.

Il faut aussi anticiper le changement d’une réglementation qui, selon le projet de loi d’ancrage territorial de l’alimentation, devrait obliger à intégrer au moins 40% de produits locaux issus d’une agriculture durable dans les menus de cantines. Le potentiel est considérable puisque l’Oise compte 66 collèges publics (qui relèvent de la compétence du Conseil départemental) et 36.000 élèves dont 26.500 y mangent tous les jours (pendant 144 jours par an, soit plus de 4 millions de repas).

Le travail consiste à créer de bonnes relations entre les producteurs, les gestionnaires d’établissements et les chefs de cuisines, expliquait Didier Verbeke. Une plate-forme a été mise en place : www.oise-produitslocaux.fr qui permet de mettre en relations producteurs et acheteurs. Il existe aussi des centrales d’achats, avec lesquelles des négociations sont menées pour un approvisionnement en circuit court, en produits frais.

On constate un très fort développement des ventes, animé par une motivation croissante dans les établissements et les très bonnes réactions des élèves par la qualité des repas qui leur sont proposés et par les rencontres qu’ils ont l’occasion de faire avec les producteurs.

En fin de session, le président Jean-Luc Poulain a évoqué plusieurs points d’actualité, dont celui du retournement des prairies : il lui semble inadmissible d’obliger aujourd’hui des agriculteurs à ressemer des surfaces en prairies à cause d’un ratio dont on vient d’apprendre qu’il a été dépassé au niveau régional.

Puis à propos du canal Seine-Nord Europe, il a rappelé l’attachement de la profession à ce projet structurant, pour lequel les réserves foncières doivent permettre de compenser les emprises.

Et en conclusion, Michel Martin, préfet de l’Oise, a rappelé le plan d’urgence mis en œuvre en faveur de l’élevage et les mesures prises pour aider à la trésorerie des exploitations. Et il s’est engagé pour que les arriérés sur les aides Pac 2015 et 2016 soient rapidement soldés. Resteront les aides MAE 2015 et 2016, toujours en souffrance.

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BERTRAND (40) | 24 novembre 2016 à 18:54:15

Les cocoricos à bon marché...les paysans ont besoin de revenus pour subsister...il n'y aura d'agriculture durable que d'agriculture rentable..Tout le reste, c'est un peu d'eau de rose..

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