L'Oise Agricole 08 mars 2018 à 09h00 | Par Lucie Deterpigny

Les agriculteurs deviennent des énergéticulteurs

Une Journée énergies renouvelables était organisée, en collaboration entre la FNSEA, le Syndicat des énergies renouvelables (SER), l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA) et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), sur le stand de la FNSEA au Salon de l’agriculture le lundi 26 février.

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Méthanisation, photovoltaïque et éolien, les trois sources d’énergie principales que les agriculteurs peuvent produire sur leurs exploitations, en complément de leurs productions végétales ou animales.
Méthanisation, photovoltaïque et éolien, les trois sources d’énergie principales que les agriculteurs peuvent produire sur leurs exploitations, en complément de leurs productions végétales ou animales. - © Stéphane Leitenberger

Au cours de celle-ci, trois ateliers étaient dédiés à trois filières des énergies renouvelables pour les agriculteurs. Ces ateliers avaient pour vocation à donner aux agriculteurs les informations essentielles pour la mise en œuvre d’un projet.

Le premier atelier était consacré à la méthanisation. Plusieurs intervenants étaient présents : Francis Claudepierre, de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France, Vivien Texier, partenaire éleveur porcin du projet Sensienergies en collaboration avec Evergaz, Rémi Fortier, de la Chambre d’agriculture de l’île-de-France, Christophe Bellet, directeur projet biométhane chez GRDF, et Guillaume Bastide, ingénieur méthanisation à l’Ademe.

Après avoir présenté son expérience, Francis Claudepierrre affirme que la méthanisation ne doit pas remplacer la production de la ferme, mais la consolider. De son côté, Vivien Texier certifie l’importance de garder la main sur ce projet. En effet, «ce sont les agriculteurs qui sont tout le temps présents sur leurs exploitations, ce sont eux qui sont au cœur du projet». Il indique également que l’acceptation des riverains est difficile, l’enquête publique sur son projet a été assez compliquée. «Il est très important de communiquer. Mon voisin vient de construire son propre méthaniseur et n’a pas eu aucun souci, cela signifie que nous avons bien réussi.»

Enfin, Vivien Texier nous parle du côté financier de son projet : le coût global est de 3.800.000 €, il a eu des subventions (anciennement PPE, Ademe, Agence de l’eau, Département), il a contracté un prêt de 2 millions sur 10 ans. «Le coût de maintenance est élevé, même avec des installations récentes. La véritable rentabilité aujourd’hui est la pérennisation de l’élevage de porcs dans mon cas.»

Rémi Fortier, lui, explique l’importance de se former et de se faire accompagner et rappelle que les Chambres d’agriculture sont là pour cela. Il est important de mobiliser les partenaires sur le territoire.

Christophe Bellet développe les différents contrats que l’agriculteur doit faire : un contrat de raccordement (dont 40 % est pris en charge par GRDF), un contrat d’injection et un contrat d’achat avec un fournisseur. Enfin, Guillaume Bastide dresse le constat que la filière est en constante augmentation et qu’elle est rentable et rappelle que l’Ademr met à disposition des retours d’expérience, des guides d’accompagnement et des aides à l’investissement.

Soleil et vent

Le deuxième atelier était dédié aux projets photovoltaïques. Laurent Boisset, agriculteur en Corrèze, raconte que le photovoltaïque était un appui financier important pour la construction de son bâtiment. En effet, il s’est installé hors cadre familial et ne partait donc de rien. Il explique que, sans les panneaux photovoltaïques, il aurait dû sortir 28.000 €/an pour rembourser son prêt alors qu’avec, il doit sortir «seulement» 10.000€.

Frédéric Trogneux, chef du service raccordement des producteurs chez Enedis, indique les trois phases d’un projet photovoltaïque : la construction, le raccordement et la valorisation. Le raccordement par Enedis s’effectue après une demande en ligne, 40 % du coût de ce raccordement est pris en charge par Enedis. «En 2017, l’autoconsommation s’est développée et représentée 60 % des nouveaux projets.»

De son côté, Tristan Carrère, ingénieur photovoltaïque à l’Ademe, affirme que 13 % de la production photovoltaïque est d’origine agricole. Les grandes surfaces, disponibles sur les bâtiments, permettent un grand potentiel et un faible coût. Il affirme que le photovoltaïque permet un revenu complémentaire pour l’exploitant agricole et des retombées au niveau local.

Le troisième et dernier atelier était consacrée aux projets éoliens. Quatre intervenants ont échangé : Yves de la Fouchardière, délégué général des Fermiers de Loué, Christian Leguay, agriculteur éolien en Eure-et-Loir, Sébastien Billeau, ingénieur éolien et biodiversité à l’Ademe, et Samuel Neuvy, responsable développement chez Quadran.

Yves et Christian ont tous deux raconté leur expérience et notamment celle de l’appropriation (et non l’acceptabilité) par les riverains. Tous deux affirment l’importance d’expliquer le projet et de se faire soutenir par les élus.

Samuel Neuvy identifie deux motivations principales pour les agriculteurs : diversifier les ressources et participer à la transition énergétique. Il indique que les financements participatifs compliquent un peu les projets car il y a encore plus de partenaires, mais que c’est une bonne réussite en général.

Enfin, Sébastien Billeau et l’Ademe estiment dans leurs prévisions que l’éolien prendra la plus grande part dans la transition énergétique. Il affirme également que les projets éoliens ont un faible bilan carbone ainsi qu’une faible utilisation d’eau.

Pour conclure cette journée, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, et Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, ont exprimé d’une même voix que les projets d’énergies renouvelables doivent être une complémentarité à l’exploitation agricole et non une substitution. Bien sûr, tous deux encouragent les agriculteurs à devenir des énergéticulteurs.

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