L'Oise Agricole 30 juillet 2018 à 10h00 | Par Alix Penichou

Le travail au grain par grain pour une vente optimisée

Chez Noriap, le blé est travaillé presqu’au grain par grain, pour satisfaire les clients, essentiellement des industriels locaux, et valoriser ainsi au mieux les récoltes des agriculteurs coopérateurs.

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4 000 t de grains entrent chaque jour au site de Saleux en pleine moisson. Chaque grain suit le plan de stockage.
4 000 t de grains entrent chaque jour au site de Saleux en pleine moisson. Chaque grain suit le plan de stockage. - © Alix Pénichou

Il est loin, le temps ou un grain de blé était un grain de blé comme un autre. Les silos font partie du quotidien de Serge Reuet, responsable exploitation des secteurs du Vimeu et du Ponthieu chez Noriap, depuis 1984. Et des évolutions de son métier, il en a connues. «Le classement variétal dans les cellules est apparu dans les années 1990, car les meuniers le réclamaient, confie-t-il. Le consommateur évolue, donc les normes évoluent, les cahiers des charges des industriels évoluent et nous évoluons par répercussion.

Aujourd’hui, tout un travail des grains* est effectué pour répondre au mieux à la demande et valoriser au maximum notre marchandise.» Ce lundi après-midi, comme chaque jour de ciel bleu depuis le début de la moisson, le balai des camions et des tracteurs est incessant au site de Saleux. Vingt-cinq à trente bennes, soit l’équivalent de 3 000 à 4 000 t, entrent chaque jour dans cette antenne de coopérative, de 6h à 3h du matin le lendemain. Presque du 24h/24.

A chaque benne sa cellule

Première étape : le passage au pont bascule, doté d’une sonde, qui permet de déterminer le PS (poids spécifique), le taux de protéines et d’humidité. «Ensuite, nous dirigeons le conducteur vers une fosse qui alimente l’une des trente cellules de stockage», explique Serge Reuet. L’organisation de ces cellules suit le méticuleux plan de stockage qui a été établi avant la moisson, sur la base de prévisions effectuées vers le mois de mai. L’enjeu est de taille : «Un mélange est une erreur irréversible. Impossible de séparer les grains entre eux lorsqu’ils sont mis dans la même cellule.» Les céréales, elles, pourront rester dans ce site jusqu’à quatorze mois avant d’être expédiées. «A Saleux, il nous reste d’ailleurs 15 000 t de la précédente moisson, précise Serge Reuet. C’est tout à fait normal, car nous fonctionnons toute l’année pour pouvoir livrer les clients en continu.»

Les clients fixent les critères

Ces clients sont essentiellement des industriels régionaux, en amidonnerie, malterie et meunerie, comme Roquette ou Tereos-Syral. Une infime partie des productions des coopérateurs Noriap part à l’export international. Et ce sont ces industriels qui fixent les règles, à travers leur exigeant cahier des charges. «Certains critères, comme un bon taux de protéines, sont communs à tous. Mais chacun a ensuite ses exigences en fonction de sa spécificité.» L’amidonnerie exige un taux de protéines constant toute l’année est un PS d’au moins 76, tandis que les meuniers veulent une variété pure, et que la malterie, en plus de la variété pure, souhaite des grains de 2,5 de grosseur, avec un taux de germination d’au moins 95 %, pour un malte de qualité. Pour satisfaire tout le monde, les salariés se retroussent les manches.

L’objectif final est l’homogénéisation des marchandises, «pour alimenter les amidonneries, nos principaux clients». Et pour régler le problème de différence de qualité d’un silo à un autre, Serge Reuet a recours au transfert : «A partir du 31 août, je connais tout de chaque cellule, son taux de protéines moyen notamment. J’en prends un peu partout pour reconstituer des cellules pleines, et j’allote.» Autrement dit, il homogénéise chaque cellule. Et les années pauvres en protéines ? «On doit alors négocier avec les clients pour qu’ils adaptent leur cahier des charges.»

Nettoyage, séchage, triage, calibrage...

Avant d’être conservés, les grains sont bichonnés. Tout d’abord, le nettoyage à l’aide d’un robot épurateur-dépoussiéreur. Puis le séchage, qui nécessite 10 000 m3 d’air pour sécher 1 m3 de grains. Objectif : descendre à 15 % d’humidité. Enfin, le triage et le calibrage. Ces dernières étapes sont réalisées grâce à deux tables densimétriques : ses vibrations séparent les grains lourds des grains légers. Pour bien conserver ces grains nettoyés, séchés, triés et calibrés, tout repose sur le refroidissement des cellules. «La température optimale est de 10°C. Or, quand le blé entre dans une cellule, il fait facilement 30 à 35°C puisqu’il est moissonné un jour de chaleur.» Des systèmes de gaines de ventilation sont donc en place. «Il faut 800 m3 d’air pour refroidir 1 m3 de grains, donc 50h pour une cellule entière.»

La bête noire de Serge Reuet ? Mieux vaudrait dire les bêtes noires. Car il s’agit d’une multitude de minuscules bestioles, capables de dévaster des cellules entières de céréales. «La gestion des insectes est délicate. Les clients n’en veulent aucun, ni vivants, ni morts, mais sont de plus en plus exigeants sur l’utilisation des pesticides.» Le premier levier, pour réduire les risques, est le nettoyage des locaux avant la réception des céréales. «Mais cela ne suffit malheureusement pas.» Noriap suit donc de près les travaux d’élaboration de produits insecticides sans matières actives, à base de terre de diatomée. Un challenge de plus.

Hors moisson : l’activité perdure

La moisson est la seule période, ou presque, où l’agriculteur se rend au silo de son secteur. Pourtant, ces sites sont en activité toute l’année. Car la réception des récoltes, bien qu’en majeure partie réalisée lors de la moisson, se poursuit les mois suivants. «Beaucoup d’agriculteurs stockent chez eux. Un avantage pour nous, puisque nous pouvons gérer le moment où nous allons chercher la marchandise, comme pour eux, puisqu’ils économisent un transport», assure Serge Reuet. 600 t/jour au moins, soit l’équivalent de vingt camions, passent sur le pont à bascule, pour entrer comme pour sortir du site, à destination des clients.

Le plus gros des transports se fait par voie ferroviaire, aux départs des sites pourvus de rails : dans la zone Vimeu et Ponthieu, il s’agit de Saleux, Ailly-sur-Noye et Poix-de-Picardie. «Un train équivaut à cinquante camions. 5h45 sont nécessaires pour charger les 1 520 t dans les wagons.» Le fonctionnement se fait en «jour A - jour B», entendez chargé un jour, déchargé le lendemain. Seul le site de Languevoisin (le plus important de Noriap) expédie via les péniches.

Chiffres clés

- 1979 construction du site Noriap de Saleux

- 1995 des travaux permettent d’atteindre la capacité de stockage de 75 000 t

- 1 200 t/h peuvent y être réceptionnées 440 t/jour (de maïs surtout) peuvent être séchées

- 1 520 t c’est la capacité de transport d’un train, soit 50 camions. Deux ou trois trains partent chaque semaine de Saleux.

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