L'Oise Agricole 11 février 2018 à 13h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Le prix final se négociera en commission de répartition de la valeur»

Philippe Simonin, directeur betteravier du site d’Étrépagny, et Thierry Désesquelles, directeur betteravier des usines Saint Louis Sucre, reçoivent L’Oise Agricole à quelques jours de la fin de cette première campagne betteravière sans quota, prévue le 6 février.

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Thierry Désesquelles, directeur betteravier de Saint Louis Sucre, et Philippe Simonin, directeur betteravier d’Étrépagny, devant l’usine.
Thierry Désesquelles, directeur betteravier de Saint Louis Sucre, et Philippe Simonin, directeur betteravier d’Étrépagny, devant l’usine. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Quel bilan de cette première campagne pouvez-vous tirer de votre point de vue ?

Philippe Simonin et Thierry Désesquelles : Cette campagne est vraiment celle des records. Le rendement betteravier est excellent, à plus de 100 tonnes, et la campagne aura duré plus de 130 jours, ce qui était notre objectif initial. Les surfaces en betteraves ont augmenté. Dans l’Oise, nos planteurs ont augmenté leurs surfaces et quelques nouveaux planteurs se sont lancés dans la production. Par contre, dans l’Eure, nous avons plus de nouveaux planteurs, dans des secteurs où il n’y avait pas de betteraves auparavant, mais qui ont la possibilité d’irriguer.

Seul point négatif, la forte pluviométrie des mois de décembre et janvier qui a causé quelques difficultés d’approvisionnement. Fort heureusement, les pluies sont arrivées alors qu’une grande majorité des arrachages avaient été effectués. De plus, le bâchage des silos avec du Top Tex a permis de garder les betteraves au sec, ce qui n’a pas entraîné d’augmentation notoire de la tare terre. Ce type de tissu permet à l’air de circuler tout en préservant les betteraves de la pluie et surtout ce bâchage couvre l’intégralité du silo, sans pertes.

Avez-vous une idée des volumes et du prix moyen des ventes de sucre pour la campagne 2017-2018 ?

Ph. S. et Th. D. : Oui, mais le sucre est un marché très concurrentiel et vous comprendrez bien que nous ne souhaitons pas communiquer sur ce point.

Combien seront payés les planteurs ? Comment est bâti le supplément prix, combien le planteur peut-il en attendre ? Avec quels paiements au cours de la campagne ?

Ph. S. et Th. D. : Le prix final suivra la grille de prix que les planteurs connaissent. Du prix du sucre découle par calcul celui de la betterave et la difficulté est que le prix moyen ne sera connu qu’à la fin de la campagne de commercialisation, soit en septembre 2018. Pour l’instant, seulement 4 mois se sont écoulés.

Le prix moyen est le prix de vente SZ4, soit des quatre filiales de Süd Zucker : Pologne, Belgique, Allemagne et France. Nous sommes le premier producteur de sucre européen, avec 25 % des parts de marché et nous appliquerons la grille convenue avec les planteurs.

Le supplément de prix sera négocié avec les représentants des planteurs au sein de la CRV (commission de répartition de la valeur) selon des critères ouverts, non définis par avance.

Les planteurs ont touché un premier acompte au 1er décembre 2017, de 12,5 €/t. Au 31 mars de cette année, ils percevront un deuxième acompte, pas encore fixé, car lui aussi négocié au sein de la CRV. Le solde sera versé le 1er décembre 2018.

Cet étalement ne risque-t-il pas de mettre à mal les trésoreries des exploitations ?

Ph. S. et Th. D. : Les problèmes de trésorerie dans les exploitations agricoles ne sont pas liés à la production betteravière, mais aux crises que subissent bon nombre de productions agricoles. Le paiement échelonné du prix de la betterave a toujours existé, ce n’est pas une nouveauté. Sauf que la négociation finale aura lieu à l’automne, ce qui va un peu décaler l’échelonnement du paiement.

Les betteraves excédentaires de 2017 pourront elles aussi bénéficier du supplément prix ?

Ph. S. et Th. D. : Ce point sera discuté en CRV également.

Quand se réunit la commission de répartition de la valeur ?

Ph. S. et Th. D. : Il n’y a pas de date fixée. Elle se réunit à la demande des parties, autant que de besoin et traite des aspects économiques.

L’allongement des campagnes génère des contraintes pour lesquelles les planteurs demandent une meilleure compensation. Comment pensez-vous répondre à ces demandes ?

Ph. S. et Th. D. : En ce qui concerne les arrachages précoces, un barème de compensation est établi à partir d’une date pivot, le 23 septembre. Ces compensations ont été négociées directement avec les planteurs il y a quelques années et elles sont mêmes supérieures aux accords interprofessionnels. Il ne nous semble pas que les choses soient pires cette année. La progression du rendement entre septembre et novembre est un fait bien connu et nous veillons à une rotation des dates de mise à disposition des silos entre les planteurs pour répartir cet inconvénient. Tout ceci existe depuis longtemps.

Pour ce qui est de la fin de campagne, plus tardive, un système a été créé pour indemniser les pertes en silo et notamment une érosion de la richesse. Cette compensation peut aller jusqu’à 4 €/t pour une livraison en janvier, ce qui représente quand même un bonus de 15 à 20 % du prix de la betterave. Et puis nous tenons à rappeler que nous achetons des betteraves entières. Avant, le prix s’appliquait sur betteraves décolletées, soit avec un poids de 7,5 % en moins. La compensation de 4 €/t que nous venons d’évoquer s’applique donc sur un volume plus important.

Voyez-vous des points à améliorer pour la prochaine campagne ? logistique, salissement des routes…

Ph. S. et Th. D. : Nous sommes globalement satisfaits car nous avions anticipé au maximum les difficultés. Le climat de ces deux derniers mois a un peu perturbé la fin de campagne. Néanmoins, deux axes seront à améliorer pour la prochaine campagne. Le premier est l’emplacement des silos qui doit être accessible aux camions. Nous n’avons que très peu de silos en bordure de route à Étrépagny, alors que c’est un point important pour la logistique, aussi bien en termes de sécurité que de productivité. Si un planteur a un doute sur le choix de l’emplacement sur son futur silo, qu’il n’hésite pas à contacter son inspecteur de culture pour vérifier. L’idéal est de faire le choix assez tardivement, en septembre, en conditions réelles, pas au printemps en conditions sèches.

Le deuxième axe de réflexion pourrait porter sur le bâchage systématique (75 % actuellement) des silos, véritable démarche de prévention pour limiter la tare terre et assurer une meilleure conservation des betteraves. Selon les secteurs, les habitudes des planteurs ne sont pas les mêmes. En Picardie, les exploitants bâchent plus qu’en Normandie, par exemple. Sauf cette année où 100 % des silos à Caen étaient bâchés car les planteurs ont bien compris qu’il en va de leur intérêt aussi : des betteraves aérées où les maladies se développent moins, une ambiance asséchée et protégée de l’humidité.

 

Et pour la prochaine campagne betteravière, quels contrats proposerez-vous aux planteurs ?

Ph. S. et Th. D. : Le contrat que nous proposons peut courir sur une, deux ou trois années. Beaucoup de planteurs ont choisi de s’engager sur trois ans, pour des raisons de visibilité. Le contrat sera le même mais nous aurons moins de nouveaux planteurs cette année. Les nouveaux de l’année dernière se sont d’ailleurs parfois directement engagés pour plusieurs années, preuve de leur intérêt pour la culture de la betterave. Nous devrions d’ailleurs avoir des surfaces emblavées en hausse en 2018. Quant à la durée de la campagne, elle dépend des conditions météorologiques et du rendement. 130 à 135 jours nous paraît une durée idéale.

Sucrerie Saint Louis Sucre, site d’Étrépagny

90 salariés permanents, 90 saisonniers

500 à 600 camions par jour entrent et sortent de l’usine

100 camions de pulpes par jour gérés par l’UCDV (Usine coopérative de déshydratation du Vexin) pour livraison en frais ou déshydratation

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