L'Oise Agricole 25 août 2016 à 08h00 | Par Florence Guilhem

Le prix des terres continuera-t-il de progresser en Picardie?

Avec un marché foncier agricole toujours aussi fermé, les prix ne peuvent aller que de l’avant. La situation de crise actuelle pourrait-elle changer la donne?

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- © Bernard Leduc

On serait tenté d’écrire : rien de neuf sous le soleil, ou plutôt sur le prix des terres. En Picardie, comme d’ailleurs dans le Nord-Pas-de-Calais, le marché est si fermé qu’il ne se passe quasiment rien. Autrement dit, le marché des terres agricoles libres est quasi inexistant en Picardie.

Ainsi, sur un marché foncier agricole de 12.002 ha en 2015, seuls 3.382 ha étaient préemptables par la Safer. 1.503 ha étaient en exemptions Safer (vente en famille jusqu’au 4e degré) et 7.117 ha ont été acquis par des agriculteurs locataires en place. Au final, sur la surface globale du marché foncier agricole, la Safer Picardie a préempté 39,76 ha, preuve que toutes les opérations se font à l’amiable. De même, 559,41 ha ont été acquis de façon amiable et 930,16 ha ont fait l’objet d’intermédiations locatives, soit un total de 1.529,34 ha appréhendés par la Safer Picardie.

«Le marché est très fermé depuis de nombreuses années, précise Patrick Tournay, conseiller foncier pour l’Oise à la Safer Picardie. Il y a plusieurs raisons qui expliquent cette situation. Tout d’abord, les agriculteurs qui arrêtent leur activité conservent souvent le foncier, autant pour des raisons sentimentales que patrimoniales.

Quand il s’agit d’un propriétaire non-fermier, entrent en ligne de compte des questions de rentabilité. La terre, comme la pierre, est un placement financier qui permet de diversifier son patrimoine. En outre, les propriétaires terriens disposent d’un abattement à hauteur de 75 % de la valeur dans les baux à long terme jusqu’à 101.897 €, et au-delà 50%. Cette mesure s’applique aussi dans le cadre de l’ISF.

C’est donc un placement financier intéressant. Enfin, s’il y a aussi peu d’offres en terres libres, c’est également parce que nous sommes dans un système de fermage très développé sur notre territoire. Ce qui explique la cherté des terres.»

Des prix hétérogènes

Le prix moyen triennal des terres et prés libres non bâtis en 2015 est de 9.630 €/ha dans la Somme contre 9.440 €/ha en 2014, soit une hausse de 2%. Mais les prix dans l’est de ce département enregistrent une hausse plus conséquente, dépassant les 12.000 €/ha pour le Santerre. Dans l’Aisne, le prix est de 8.930 €/ha contre 8.370 €/ha en 2014, soit une hausse de 7%. Par contre dans l’Oise, il est de 8.440 €/ha contre 8.700 en 2014, soit une baisse de 3%.Mais une baisse qui s’est ralentie puisqu’elle était de l’ordre de 7% pour 2013-2014.

Hormis le département de l’Oise, la Somme et l’Aisne s’inscrivent dans la tendance nationale, voire la dépassent puisque, en 2015, le prix moyen des terres libres en France a gagné 1,6% pour s’élever à 6.010 €/ha. La raison de cette croissance plus forte est à chercher du côté de la très bonne qualité des terres, qu’elles soient libres ou occupées.

Même combat donc avec les terres occupées. Le prix triennal des terres et prés occupés non bâtis est en 2015 de 5.890 €/ha dans l’Oise contre 5.560 €/ha en 2014, il est de 5.680 €/ha dans la Somme contre 5.470 €/ha en 2014 et dans l’Aisne, de 5.890 €/ha contre 5.490 €/ha en 2014.

Soit des hausses entre 4 et 7%. Au national, le prix des terres occupées a augmenté de 1,4% atteignant en 2015 une moyenne de 4.470 €/ha.

La donne peut-elle changer?

La baisse générale de prix à la production des grandes cultures, des moissons nettement revues à la baisse tant en rendements qu’en qualité comme la crise laitière auront incontestablement des incidences sur la transmission des exploitations demain.

«Les agriculteurs qui arrêtent le lait sont dans la nécessité de s’agrandir pour augmenter leur chiffre d’affaires. Du coup, la demande n’a de cesse de croître et fait donc pression sur les prix. Il suffit de voir le nombre de candidatures que nous recevons lors des opérations d’attribution du foncier pour constater que la demande est toujours là.

C’est cette très forte concurrence entre les agriculteurs eux-mêmes qui fait aussi grimper les prix», commente Patrick Tournay.

Autre problématique soulevée avec le contexte laitier : le devenir des surfaces en herbe quand l’agriculteur cesse son activité d’élevage. «La question se pose dans certains secteurs. Les terres avec pâture difficilement convertibles pour les cultures seront-elles transmissibles ? Trouvera-t-on des acquéreurs intéressés par ces surfaces en herbe ?», s’interroge le conseiller foncier de la Safer. Le risque? Que ces surfaces finissent par être reboisées, ce qui fera encore plus reculer le nombre d’hectares sur le marché des terres agricoles. Autrement dit, les prix ne sont pas près de baisser.

Cela peut-il entraîner un changement profond dans le profil des investisseurs, avec une intrusion de plus en plus forte d’acteurs étrangers, comme on a pu le voir dans l’Indre en avril dernier, avec le rachat de 1.700 ha par un groupe chinois ? «Pour l’heure, il y a très peu d’investisseurs étrangers dans notre région. En revanche, nous avons beaucoup de demandes de la part de Belges et d’Hollandais, qui souhaitent acheter des terres pour les exploiter. Mais ces derniers ne s’intéressent pas au parcellaire, ils sont plutôt à la recherche de surfaces faisant a minima une centaine d’hectares», précise Patrick Tournay. Dans tous les cas, un garde-fou existe. En effet, à partir du moment où des terres sont vendues à un investisseur, un cahier des charges lui est imposé, dont notamment le maintien du fermier en place et le droit de préférence à la Safer si les terres sont revendues dans les quinze ans. Reste que les Safer ne peuvent toujours pas jouer pleinement leur rôle d’observateur et de régulateur du marché foncier.

Comme le rappelait le président de la Fédération nationale des Safer, Emmanuel Hyest, en avril dernier, en cas de cession de terre, «nous sommes notifiés, mais nous pouvons intervenir uniquement si le transfert des parts est à 100%. Les dispositions de la loi d’avenir ne sont donc pas suffisantes.»

 


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