L'Oise Agricole 18 juillet 2016 à 08h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Le ministère n’a pas conscience de la situation d’avant moisson

Dans le cadre de la tenue d’un conseil d’administration décentralisé de la FNSEA à Beauvais, son président, Xavier Beulin, a tenu une conférence de presse devant les médias locaux, accompagné de Guillaume Chartier, président de la FDSEA de l’Oise.

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- © Denis Desblés

L’occasion de brosser le tableau de l’agriculture française en ce début d’été. Le président l’a annoncé tout de go : la situation n’est pas des meilleures. Avec une crise qui dure depuis plus de 2 ans, qui a d’abord touché les productions animales, puis les productions végétales, des prix toujours au ras des pâquerettes et des conditions météorologiques désastreuses en mai et juin, la moisson ne s’annonce pas bien.

Les rendements sont estimés à la baisse et des problèmes de qualité ne vont pas tarder à se faire jour. De quoi mettre encore plus à mal les exploitations déjà fragilisées.

Revenant sur le Brexit anglais, Xavier Beulin a surtout mis en perspective la politique agricole commune, telle qu’elle a été mise en place et ce qu’elle est devenue.

«Au début, la Pac avait une raison d’être, des objectifs clairs et partagés par tous. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’un magma complexe de réglementations dans lesquelles plus personne ne se retrouve.

Abandonnant progressivement tous les outils de gestion de marché, en cas de marchés perturbés comme actuellement, Bruxelles n’a plus aucun levier d’action pour peser sur les marchés. Au niveau du Copa (NDLR regroupement des syndicats agricoles européens), nous devons nous réunir le 15 juillet prochain afin de faire des propositions au Conseil des ministres de l’agriculture. Il s’agit pour nous de redonner un objectif à la Pac.»

 

Pertes de marchés

Mais la situation agricole du jour est aussi et surtout la conséquence de l’embargo russe qui pèse sur les productions de viande, de lait et les fruits et légumes qui trouvaient quand même 10 % de leurs débouchés en Russie. Ces 10 % refluent ainsi sur le marché européen.

La France, dont les coûts de production sont plus élevés, perd des parts de marché et est même devenue un pays de dégagement des invendus à bas coût.

Xavier Beulin et Guillaume Chartier ont rappelé la mise en place du plan de soutien en 2015, obtenu à grands renforts de manifestations. 20.000 agriculteurs en ont bénéficié en France et environ 450 dans l’Oise.

Que ce soient des allègements de charges, des années bancaires blanches ou des étalements de remboursement, beaucoup a été fait pour soulager les trésoreries.

Mais le président de la FNSEA le rappelait : «L’État français doit plus d’un milliards d’euros aux agriculteurs français au titre de la Pac 2015. Le ministère avance des problèmes d’informatique mais je crois surtout qu’à force de tout complexifier, on a fini par tout bloquer. C’est pour cela que nous avons demandé au Premier ministre un comité de révision des normes.»

Il faut ici rappeler qu’un État-membre peut édicter des règles plus contraignantes que celle de l’Europe, mais pas moins. «En France, l’administration a toujours demandé de plus en plus aux agriculteurs et on a créé des distorsions de concurrence avec les autres pays. Ce comité avance bien et nous espérons des retombées positives pour les agriculteurs, à savoir le retour aux normes européennes.»

D’ici là, les travaux de moisson vont s’engager, avec les craintes que l’on connaît et ce d’autant plus qu’une très grande partie de la France a été touchée par les fortes pluviométries. Des solutions d’accompagnement devront être trouvées et la demande est déjà faite d’un élargissement de la cellule d’urgence à toutes les productions.

Déjà, et Guillaume Chartier le confirmait, dès l’année dernière, des exploitations de polyculture auraient pu bénéficier dans le dispositif car elles rentraient dans les critères.

Depuis ce début d’année, les trésoreries se sont tendues, notamment auprès des fournisseurs, et ce ne sont pas les prix bas et les rendements en baisse qui vont mettre du baume au cœur. Mais, selon Xavier Beulin, «le ministère de l’Agriculture n’en a pas conscience, malgré les remontées des DDT, et c’est une fois la récolte effectué, que la juste mesure de la situation sera prise.» Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

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