L'Oise Agricole 05 octobre 2017 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi

«Le métier de vétérinaire a beaucoup évolué»

Nicolas Lucas, vétérinaire dans l’Oise, intervient sur la question du manque de vétérinaires dans le département.

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Nicolas Lucas (tout à gauche), vétérinaire dans l’Oise, lors de l’assemblée générale du GDS de l’Oise.
Nicolas Lucas (tout à gauche), vétérinaire dans l’Oise, lors de l’assemblée générale du GDS de l’Oise. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Estimez-vous que les écoles de vétérinaires françaises forment correctement les étudiants à la pratique rurale ou les dirigent-elles plus particulièrement vers les petits animaux de compagnie ?

Oui, les 4 écoles françaises forment de très bons vétérinaires ruraux, avec une réelle expertise en médecine groupe (grand troupeau) et en gestion technico-économique. Les jeunes vétérinaires sont également parfaitement sensibles au maintien du bien-être animal avant tout, ce qui est fondamental. Le choix pour un étudiant de se tourner plus ou moins vers la pratique rurale dépend de son vécu et de ses convictions, l’école ne peut pas tout.

L’image commune du vétérinaire rural couvert de bouse, à genou dans le fumier en train de faire vêler une vache dans une étable sombre fait moins rêver que celle, télégénique, du vétérinaire urgentiste d’une super clinique en centre-ville. Les risques (coup, fatigue physique...) et les contraintes (garde, temps passé sur la route) sont souvent mis en avant par les jeunes qui hésitent à se lancer dans la rurale, plus que le défaut de formation en école vétérinaire.

Est-ce que la féminisation du métier n’entraîne pas une baisse du nombre des vétérinaires ruraux ?

Depuis trois ans, près de 65 % des postulants pour des postes de vétérinaires ruraux sont des femmes, ce qui correspond à peu près au pourcentage de femmes dans les écoles vétérinaires. Donc les postes de vétérinaires ruraux intéressent tout autant les femmes que les hommes.

Par contre, les contraintes physiques rendent la pratique du métier difficile pendant des périodes particulière (grossesse). Si les éleveurs jouent le jeu en proposant des conditions de travail sécurisantes (contention des animaux...), la féminisation de la profession n’est pas du tout un problème. On observe même que la présence de vétérinaires femmes est un atout dans nos cliniques, les éleveuses y sont très sensibles.

Le jeune vétérinaire aurait-il tendance à devenir urbain plutôt que de rester proche des campagnes ?

Le métier de vétérinaire a beaucoup évolué en quelques années. Le vétérinaire rural d’aujourd’hui travaille tout autant avec son ordinateur portable qu’avec son stéthoscope. La technologie fait partie de son quotidien (gestion des données de robot de traite...). Il devient donc un «geek urbain» mais, malgré tout, il reste les pieds dans les bottes, au contact des éleveurs et des animaux de ferme.

Il est toutefois à noter que la diminution forte du nombre d’éleveurs ces dernières années ainsi que l’extension des villes sur les campagnes entraînent irrémédiablement une reconversion de certains vétérinaires à une activité plus chien-chat que vache. Ce n’est pas le vétérinaire rural qui devient urbain, mais la campagne entière qui s’urbanise.

Comment faites-vous pour pallier au manque de vétérinaires dans l’Oise ? Avez-vous mis en place des outils ou des idées ?

Il n’y a pas à l’heure actuelle de carence en vétérinaires dans l’Oise, tout éleveur dispose d’un vétérinaire sanitaire qui assure la surveillance sanitaire de son troupeau et des denrées alimentaires produites. Par ailleurs, les éleveurs font de moins en moins appel aux vétérinaires pour les actes courants (soins, suivi reproduction, suivi alimentation) et pour l’achat de médicaments. Encore une grande part des éleveurs ne font appel au vétérinaire que pour une ou deux urgences par an, souvent la nuit ou le dimanche.

Pour continuer à vivre de son métier, le vétérinaire de proximité se tourne parfois, contraint, vers une activité plus tournée vers les chiens, chats et nac (nouveaux animaux de compagnie), délaissant l’activité rurale.

Les contraintes d’intervention 7/7 et 24 h/24 font que les vétérinaires ruraux se regroupent en structure de plusieurs vétérinaires, qui se retrouvent malheureusement parfois un peu loin des élevages (jusqu’à 60 km). Il est à noter cependant que les éleveurs les plus techniques font venir le vétérinaire au moins une fois par mois pour le suivi du troupeau (reproduction, alimentation, protocole de vaccination et autre prévention).

Cette démarche moderne, rentable et programmée fait gagner beaucoup de temps aux éleveurs et aux vétérinaires, tout en limitant de façon très importante les interventions imprévues et urgentes pour lesquelles la distance aurait pu être plus problématique. Comme évoqué précédemment, l’informatisation des vétérinaires ruraux permet de suivre en temps réel les performances techniques et sanitaires des élevages à distance. Mais voir les animaux reste malgré tout indispensable à un rythme minimum mensuel.

Les vétérinaires, une espèce en voie de disparition ?

Le nombre de vétérinaire rural dans l’Oise est en baisse. En moyenne, un vétérinaire par an souhaite arrêter sa profession. C’est un triste constat que l’on observe dans le département. Il y aurait de moins en moins de vétérinaires. On compte environ 1.030 élevages bovins et 200 élevages caprins/ovins. Et pour toutes ces bêtes, on dénombre cinq cabinets de vétérinaire dont deux spécialisés dans le domaine rural (Crèvecœur et Formerie), et 11 vétérinaires qui s’occupent de certains éleveurs.

Dorénavant, ces médecins préfèrent s’orienter vers des animaux plus petits et bien plus rentables par rapport aux grosses bêtes. La crainte des éleveurs est bien évidemment de constater l’absence de vétérinaire à proximité et ainsi voir leur élevage fermé.

«Lorsqu’un vétérinaire spécialisé part en retraite, il ferme définitivement son cabinet car il ne trouve pas de successeur» explique Alice Tarchaoui, technicienne au Groupement de défense sanitaire de l’Oise (GDS 60).

Afin de pallier à cette désertification, les vétérinaires et le GDS60 proposent des formations aux éleveurs afin qu’ils puissent apprendre les premiers soins (voir page 12). «Des formations sont proposées aux éleveurs pour leur apprendre les bons gestes lors de l’examen d’un animal malade, et les sensibiliser à une utilisation raisonnée et prudente des antibiotiques. Si l’animal est en danger, c’est là que le vétérinaire intervient pour lui fournir les soins adéquats.» souligne-t-elle.

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