L'Oise Agricole 17 novembre 2016 à 08h00 | Par L'Oise Agricole

Le contrôle des structures agricoles est d'un autre temps

Interview de Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire de la droite et du centre.

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- © Réussir

Ministre de l'Écologie de Nicolas Sarkozy, la députée de l'Essonne Nathalie Kosciusko-Morizet est plutôt perçue comme une élue urbaine. La candidate a pourtant des positions tranchées en faveur du secteur, telles que l'allègement de la fiscalité sur la transmission d'entreprise, la suppression du contrôle des structures dans la future Pac, des contrôles moins punitifs, ou encore un soutien à la production et à la diffusion de données numériques dans le cadre du Feader.

Quelle place accorder à l'agriculture dans une société de plus en plus urbaine et mondialisée ? Comment reconnecter citoyens et agriculteurs?

Nathalie Kosciusko-Morizet : Je ne pense pas que les Français urbains soient e­n rupture avec les agriculteurs. La culture latine, dont la France est issue, accorde une place importante à la terre et au repas et, au-delà de la convivialité, à la qualité et la diversité des produits.

Cependant, pour faire perdurer cette culture gastronomique qui tirera notre production vers le haut, avec une valeur ajoutée pour les producteurs français, plusieurs actions doivent être mises en oeuvre : mener une politique d'éducation alimentaire, notamment en aidant les cantines scolaires à se fournir en produits de qualité comme les AOP, les IGP... et en sortant du formalisme de la commande publique ces produits fortement liés au territoire. Il faut également favoriser l'émergence des magasins de producteurs.

Enfin, il est nécessaire de développer les circuits de proximité appuyés sur la grande distribution, notamment en soutenant les «marques collectives de certification». Ignorer la grande distribution, qui représente 60 % du commerce alimentaire en France, ce serait plomber notre agriculture.

Vous faites des propositions pour encourager entrepreneuriat: comment peuvent-elles s'appliquer aussi aux exploitants agricoles?

N. K. M. : Comme beaucoup d'entrepreneurs, les agriculteurs ont besoin de visibilité et de simplicité. Les baisses d'impôts que je propose s'appliqueront à toutes les entreprises, y compris agricoles. Mon allègement de fiscalité sur la transmission d'entreprise sera par ailleurs vertueux pour installer des jeunes agriculteurs et développer le capitalisme familial en agriculture.

Au-delà des allègements fiscaux et sociaux, dont il est évident de saisir la portée, je défends une libération de libre-entreprise agricole : le contrôle des structures agricoles est d'un autre temps, administrativement lourd et économiquement injustifié. À vouloir trop protéger et contrôler l'agriculteur qui loue les terres, on sclérose l'ensemble du marché et on force à la standardisation.

Apporter de la souplesse, c'est diminuer les coûts cachés de notre agriculture. Je préfère les signaux économiques aux effets de seuil administratifs : je propose donc de supprimer le contrôle des structures en 2020, en défendant simultanément des aides de la Pac concentrées sur les 150 premiers hectares et totalement uniformes, donc avec une valeur unique à l'hectare.

Comment voyez-vous le rôle de la France en Europe? Quelles orientations souhaitez-vous impulser aux politiques communes?

N. K. M. : En agriculture, la France a la chance d'être un État à la jonction d'une agriculture du Sud, très territorialisée et familiale, et d'une agriculture du Nord, très structurée et entrepreneuriale. Cette position doit être un atout pour défendre notre vision de l'agriculture. Lors de la réforme de 2020, je propose que la Pac se saisisse de deux faits majeurs : la nécessité de généraliser la contractualisation pour les exigences environnementales avec, pour principe, une obligation de résultat, et la nécessité de tirer la production européenne davantage par la consommation, en proposant des bons alimentaires aux populations les plus démunies, avec exigence d'achat européen. Ce serait l'équivalent des food stamps américains.

Comment progresser vers une plus grande durabilité sans entraver la compétitivité des acteurs économiques?

N. K. M. : Les normes environnementales et sanitaires peuvent être le socle d'une compétitivité bénéfique, si deux piliers sont respectés. Tout d'abord, à l'intérieur de l'Europe, les exigences doivent être les mêmes pour tous. Par ailleurs, il faut accroître l'acceptabilité et l'appropriation des exigences environnementales par les agriculteurs : je propose une systématisation de la suppression des sanctions au premier contrôle, sauf en cas de risque pour la santé humaine ou animale.

En revanche, nous ne devons pas avoir peur de nos exigences environnementales et sanitaires, nous devons au contraire les défendre hors des frontières européennes : si nous n'imposons pas nos normes aux Chinois, aux Indiens, aux Américains, ils risquent de nous imposer les leurs.

Comment faciliter l'essor du numérique dans le monde agricole et plus largement dans le monde rural?

N. K. M. : Depuis plus de 10 ans, l'État développe un programme ambitieux pour déployer le haut-débit et le très haut-débit sur tout le territoire. Les financements et la stratégie de ce plan, avec la participation obligatoire des opérateurs télécoms, doit se poursuivre sur le prochain quinquennat.

Au-delà de l'agriculture, mon programme favorise les zones rurales en facilitant le quotidien de ceux qui choisissent d'y vivre : développer le télétravail, favoriser le travail indépendant, transformer les polices municipales pour une protection de proximité, ou encore faciliter l'autoproduction et l'autoconsommation d'énergie.

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