L'Oise Agricole 23 novembre 2017 à 09h00 | Par Delphine Jeanne

Le congrès de Légumes de France veut répondre aux attentes sociétales

Le congrès des producteurs de Légumes de France a fait le point pendant deux jours, à Marseille, sur les sujets d’actualité.

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De gauche à droite : Philippe Appeltans (Copa-Cogeca), Robert Mondot (UFC-Que Choisir), Cathy Eckert (CTIFL), Laurent Doerflinger (Lidl), et Gilles Bertrandias (Rougeline).
De gauche à droite : Philippe Appeltans (Copa-Cogeca), Robert Mondot (UFC-Que Choisir), Cathy Eckert (CTIFL), Laurent Doerflinger (Lidl), et Gilles Bertrandias (Rougeline). - © ActuAgri

Après la contractualisation, sujet de la table-ronde du 16 novembre, un autre sujet d’actualité et d’avenir a été évoqué par les producteurs de Légumes de France, à l’occasion de leur 61e congrès à Marseille : le zéro pesticide. Si le consommateur est de plus en plus sensible à l’absence d’utilisation de produits phytosanitaires dans son alimentation, est-ce réalisable dans les années qui viennent ?«Aujourd’hui, il y a une très forte évolution de l’approche du métier de producteur vers une bien meilleure gestion des maladies et ravageurs», précise Cathy Eckert, du CTIFL et de la cellule d’animation nationale du réseau Dephy.

Cependant, dans la filière légumière, la grande diversité des productions et des systèmes rend difficile l’élaboration d’un modèle unique permettant l’arrêt total des intrants. Dans le réseau de fermes Dephy, des baisses d’IFT de plus de 30 % sont réalisées sur les exploitations légumières, mais elles entraînent également des pertes de rendement de l’ordre de 10 à 15 %. D’où la nécessité de poursuivre encore la recherche et les expérimentations pour équilibrer l’équation économique.

Un consommateur prêt à payer ?

D’autant plus que le consommateur n’est pas toujours prêt à rémunérer ces efforts réalisés par les producteurs. A l’exception du bio, en croissance de 20 % l’année dernière, il est difficile de rémunérer les pratiques plus vertueuses. Chez Rougeline, le label Eco-serres (serres écologiques) n’a pas rencontré le succès. Tout comme, il y a quelques années, la mention Agriculture raisonnée mise en avant par Farre. «Certains affichages sont mieux compris et donnent lieu à des réflexes d’achat, ça peut marcher», estime tout de même Robert Mondot, administrateur national de l’UFC-Que choisir.

Gilles Bertrandias, directeur général de Rougeline, en est également persuadé. Une gamme «zéro résidus de pesticide» sera d’ailleurs lancée d’ici fin 2018 : «Il ne faut pas oublier que la consommation de fruits et légumes est stagnante et que l’on n’arrive pas à la faire décoller. Rassurer le consommateur qui a peur est aussi un levier de développement», précise-t-il, en se défendant de surfer sur les peurs d’un consommateur mal renseigné, alors que l’agriculture européenne, et a fortiori française, est la plus contrôlée et la plus sûre au monde.

Chez Lidl, l’approche est différente : l’offre de fruits et légumes doit correspondre à une limite inférieure à un tiers de la LMR, mais «on ne communique pas dessus, ça ne doit pas devenir un argument commercial», précise Laurent Doerflinger, directeur des achats fruits et légumes de l’enseigne. Les distributeurs ont cependant un rôle à jouer dans la rémunération et dans la visibilité de ces pratiques plus vertueuses des agriculteurs. Surtout au regard des distorsions de concurrence auxquelles l’agriculture française reste confrontée. «Nous, on veut bien être les numéro 1 de l’Europe, mais, dans ce cas, nous disons au gouvernement : «donnez-nous les moyens de le rester»», face à une concurrence européenne insuffisamment équitable au niveau des normes ou des charges sociales, explique Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France.

Fortes attentes vis-à-vis du gouvernement

Si l’ancien ministre Stéphane Le Foll a visiblement laissé un sou-venir amer aux producteurs de légumes, ces derniers semblent mieux disposés vis-à-vis de son successeur, Stéphane Travert, qui n’a cependant pas pu faire le dé-placement à Marseille. Les agriculteurs attendent beaucoup des promesses du président de la République sur l’Europe, et des États généraux de l’alimentation.

Car, si les coûts de production doivent maintenant être pris en compte dans la contractualisation, il ne faut pas empêcher les agriculteurs de gagner de l’argent. «Ce n’est pas honteux d’avoir des entreprises agricoles qui font du résultat, rappelle Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA. C’est bénéfique à tout le monde : aux entreprises, au citoyen qui vit dans un territoire, à l’État qui voit son PIB augmenter… Il faut faire en sorte que notre investissement personnel dans notre entreprise soit valorisé.»

Les États généraux de l’alimentation sont l’occasion de remettre les choses à plat au sein de la filière agro-alimentaire, mais Jacques Rouchaussé reste vigilant. «Les autres sujets comme la protection de l’environnement, la fiscalité, ne risquent-ils pas d’annihiler ces avancées ?», s’interroge-t-il, à l’exemple de la possible extension de l’assurance chômage aux agriculteurs, qui pourrait provoquer un renchérissement de la protection sociale pour les agriculteurs. De même, la transformation du CICE en baisse de charges pérenne est une bonne chose, sauf pour les secteurs qui emploient beaucoup de saisonniers - comme les fruits et légumes - dont les contrats étaient déjà exonérés de charges sociales, et pour qui la suppression du CICE constitue une perte sèche.

Au regard des enjeux forts pour l’agriculture, les États généraux de l’alimentation ne doivent pas être «un voile de fumée pour cacher l’inaction», espère Jacques Rouchaussé, mais plutôt «un point de départ politique pour la relance de notre filière et, plus globalement, de l’agriculture française», conclut le président de Légumes de France.

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