L'Oise Agricole 30 septembre 2016 à 08h00 | Par Florence Guilhem

Lancement d’un «think tank» agri-agro régional

Le 26 septembre, la Chambre régionale d’agriculture Nord-Pas-de-Calais et Picardie organisait sa session à Amiens. Au menu : le lancement d’un groupe de réflexion pour une filière agricole et agroalimentaire créatrice de valeur et d’emplois dans les Hauts-de-France.

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Christophe Buisset, président de la Chambre régionale Nord-Pas-de-Calais et Picardie (au micro) : «Notre idée est de tracer une feuille de route à moyen et long terme pour l’agriculture et l’agro-alimentaire, en réunissant autour de la table tous les acteurs de la filière.»
Christophe Buisset, président de la Chambre régionale Nord-Pas-de-Calais et Picardie (au micro) : «Notre idée est de tracer une feuille de route à moyen et long terme pour l’agriculture et l’agro-alimentaire, en réunissant autour de la table tous les acteurs de la filière.» - © Florence Guilhem

Les think tank (pour les non anglicistes, ce sont des groupes de réflexion) sont très tendance depuis quelques années. Lancés aux États-Unis, ils ont traversé l’Atlantique et se développent en France comme des champignons.

Les hommes politiques en raffolent, puisant leur inspiration dans les réflexions de ces groupes pour construire leurs programmes électoraux. Avec plus ou moins de succès dans leurs résultats, comme chacun peut le constater chaque jour en suivant l’actualité.

Il n’empêche. Le milieu agricole a décidé de leur emboîter le pas. La situation tendue dans les campagnes et la moisson catastrophique de cet été ont accéléré la dynamique.

Ainsi, même si la construction de la Chambre régionale des Hauts-de-France avance avec peine (cf. la présentation d’un budget déséquilibré faute d’une contribution équivalente entre les deux régions historiques à ce jour), certains élus et décideurs de la filière agricole et agro-alimentaire ont décidé de mettre en commun leur matière grise dans un groupe de réflexion pour définir quelle ambition avoir pour l’agriculture et l’agro-alimentaire dans cette nouvelle région.

«Cette région doit avoir un rôle important à jouer dans l’agriculture à l’échelle de son territoire, comme au niveau européen, ainsi qu’à l’exportation. Au vu de ces enjeux, notre idée est donc de tracer une feuille de route à moyen et long terme pour l’agriculture et l’agro-alimentaire, en réunissant autour de la table tous les acteurs de la filière : amont, aval, organismes de recherche, formation, structures de développement et chambres consulaires», précise en introduction Christophe Buisset, président de la Chambre d’agriculture Nord-Pas-de-Calais et Picardie. Sa mission ? Valoriser les atouts «exceptionnels» de la filière, dixit Louis Guillemant, animateur du groupe de réflexion, pour créer de la valeur et des emplois dans la nouvelle région.

Hauts-de-France: terres d’excellence

Des richesses dans l’agriculture et l’agro-alimentaire, il n’en manque pas, selon Bertrand Magnien, président de la Fédération régionale des coopératives agricoles, mandaté pour présenter le document de synthèse du groupe de réflexion, avec Thierry Stadler, président du pôle de compétitivité IAR et directeur général du CVG.

Au nombre de ces richesses : premier secteur de l’économie régionale ; un tissu agro-alimentaire dense ; troisième bassin de consommation de la planète ; infrastructures logistiques ; première plateforme française de la pêche ; savoir-faire et conditions pédoclimatiques «bénies des Dieux» ; formations et recherche au top… De quoi faire pâlir d’envie nombre de régions. Et pourtant, nombre d’industries agro-alimentaires ont délaissé le territoire pour aller s’installer en Belgique.

Où donc le bât blesse ? Outre des problèmes de compétitivité, le savoir-faire de la filière est méconnu des citoyens et de la plupart des élus, sans oublier les entraves administratives qui font fuir les industriels et compliquent la tâche des agriculteurs, et peutêtre aussi un manque d’esprit d’entreprendre dans le milieu.

Bref, en un mot, l’heure a sonné de sortir les drapeaux en «développant un patriotisme régional pour jouer un rôle dans la construction de la nouvelle région», clame Bertrand Magnien. D’autant qu’avec un marché local de six millions de consommateurs, un marché nord européen de près de cent millions d’habitants et un grand export pouvant s’appuyer sur les ports de Dunkerque et de Calais, les opportunités sont là.

Des mots aux actes

Reste à déterminer les pistes. La valorisation des bio-ressources en est une, en raison des domaines d’application nombreux et très variés, mais là encore il s’agit de ne pas laisser partir les volumes importants produits dans la région chez les voisins pour les voir revenir transformés. Les pôles de compétitivité peuvent jouer un rôle clé dans l’innovation sur les bio-ressources.

Par ailleurs, pour attirer les industriels, le groupe de réflexion pense à la mise en place d’un guichet unique pour faciliter les démarches. Ce qui n’est pas forcément du goût des industriels implantés dans la région…

Côté viande, un plan abattoirs en cours d’élaboration par la Région s’impose au plus vite. Côté pêche, une structuration de l’aquaculture représenterait un atout indéniable. «On manque de seconde et troisième transformations dans tous les secteurs», relève Thierry Stadler.

Autre axe fort : coordonner les actions entre les centres de re cherche, en développant les plateformes scientifiques public-privé et en créant un réseau des organisations qui accompagnent.

Une fois les pistes dessinées, comment entrer en action ? Pour l’heure, la volonté du groupe est d’être force de propositions auprès des élus régionaux et d’animer la dynamique agri-agroalimentaire régionale.

Des mots aux actes, il y a bel et bien un Rubicon à franchir. «Tout cela est fort intéressant, disait un agriculteur assistant à la session, mais à condition d’être dans le concret.»

Du concret, le groupe de réflexion le souhaite en planchant sur trois à quatre dossiers sur les douze prochains mois. Lesquels ? La décision n’a pas encore été prise.

Motion pour l’harmonisation régionale des PDR

La priorité du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) la plus importante dans le programme de développement rural (DPR) du Nord-Pas-de-Calais est la priorité 2, soit l’amélioration de la viabilité et de la compétitivité des exploitations agricoles alors que pour le PDR de la Picardie, il s’agit de la priorité 4, soit l’environnement.

Conséquence : les agriculteurs de la région des Hauts-de-France ne bénéficient pas des mêmes conditions d’accompagnement de leurs projets d’investissement sur l’ensemble du territoire. S’appuyant sur le fait que le Conseil régional souhaite la convergence entre les PDR Nord-Pas-de-Calais et Picardie, la Chambre régionale Nord-Pas-de-Calais et Picardie «demande de revoir les maquettes financières pour réorienter les fonds vers les investissements productifs», déclare Christophe Buisset. Pour ce faire, une demande de modification des PDR est demandé, «en particulier une révision des sous-mesures 4.1 et 4.4 mises en œuvre dans le cadre du PCAE».

Dans l’attente de ces modifications, la Chambre demande que «des appels à projets d’aides à l’investissement continuent d’être proposés» et que soit constitué un «comité de suivi des appels à projets PCAE». La motion a été votée à l’unanimité.

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BERTRAND (40) | 30 septembre 2016 à 10:45:29

Le moyen et le Long terme..On incitera pas nos jeunes côtoyant des parents qui vivent comme des RMIste...

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