L'Oise Agricole 02 février 2017 à 08h00 | Par L'Oise Agricole

Lactalis n’aime pas la critique!

Après le bras de fer de cet été entre les producteurs de lait et l’industriel Lactalis, accusé de payer les prix les plus bas du marché, le groupe continue à faire parler de lui : mi-janvier, des producteurs ayant témoigné dans l’émission Envoyé spécial ont reçu un courrier les informant qu’il était mis fin à leur contrat avec le géant laitier.

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Usine Lactalis à Clermont-de-l'Oise.
Usine Lactalis à Clermont-de-l'Oise. - © Bernard Leduc

«S’il vous appartient d’être en désaccord avec notre politique d’approvisionnement lait, celle-ci reste cependant de notre ressort et ne peut en tout hypothèse faire l’objet d’un tel dénigrement»: c’est par ces mots que dans un courrier envoyé mi-janvier, le géant laitier Lactalis explique aux producteurs ayant témoigné contre lui dans l’émission Envoyé spécial, diffusée le 13 octobre, pourquoi il met fin à leur contrat.

Le reportage faisait suite aux manifestations des producteurs laitiers qui s’étaient insurgés fin août des méthodes de négociation et des prix très bas pratiqués par Lactalis.

Face à la pression syndicale, l’industriel avait fini par accepter d’augmenter ses prix. Une décision qui n’a visiblement pas marqué le début d’une ère plus sereine entre les producteurs et le groupe, qui indique dans son courrier qu’«au regard du contexte général ayant entouré vos déclarations, nous avons pris la décision de mettre un terme à nos relations».

La décision sera effective le 31 janvier 2018, précise par ailleurs Lactalis à ceux qu’il considère, à tort, comme ses «employés».

 

La FNPL et le ministre condamnent

Rendu public le 27 janvier, le courrier a suscité la réaction de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) via son secrétaire général, André Bonnard, qui dénonce «ces comportements d’un autre temps de la part d’une entreprise qui a par ailleurs de nombreux atouts». «Lactalis a fait le choix de prospérer aux dépens de ses fournisseurs - les producteurs de lait - grâce auxquels le groupe a réussi à bâtir un empire en abusant de sa position dominante» poursuit-il, décrivant une attitude qui justifie les critiques des producteurs laitiers en dépit de leur obligation contractuelle de respecter l’image du groupe.

«Si ce premier groupe laitier mondial donnait l’exemple en ayant des relations transparentes, respectueuses et constructives avec ses fournisseurs, ce type de sujet n’existerait pas», estime André Bonnard.

Dans un communiqué diffusé le même jour, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a condamné «fermement» l’attitude de Lactalis. «Cette décision représente un nouveau risque de dissension entre éleveurs et industriels, au moment même où la cohésion est nécessaire pour permettre la compétitivité de la filière dans son ensemble», juge le ministre qui ajoute que «contrairement à l’argumentation développée par Lactalis, les industriels ne peuvent se considérer comme les employeurs des éleveurs, alors même que ces derniers supportent seuls l’ensemble des décisions et des aléas économiques inhérents à leur profession». Stéphane Le Foll a par ailleurs incité le groupe à saisir le médiateur des relations commerciales «pour trouver une solution amiable au litige».

- © Bernard Leduc

«Trop, c’est trop !»

par Alain Gille, président de la section lait de la FDSEA et de la FRPL

Nous sommes tous persuadés que le Moyen-âge fait partie du passé et que nous sommes à cent lieues des pratiques de l’époque féodale.

Que nenni mes amis, l’actualité nous le prouve : le Seigneur Lactalis, que dis-je, le roi Lactalis, a donné l’ordre à son premier vassal de chasser des vilains insoumis de son royaume.

Nous ne sommes plus au temps des vilains, des serfs et des seigneurs et théoriquement, l’esclavage a été aboli depuis le 27 avril 1848. Pourtant, à la mi-janvier de cette année, des éleveurs laitiers viennent d’apprendre, par une lettre recommandée, qu’à l’avenir, ils ne seront plus collectés par ce groupe laitier. Ils ont tout simplement osé témoigner de leur quotidien face à ce géant de l’agro-alimentaire qu’est Lactalis dans une émission de grande écoute diffusée par France 2, Envoyé spécial. Visiblement, afficher au grand jour la terrible réalité est devenu un crime de lèse-majesté.

Quand on sait comment ce groupe a réussi à bâtir un empire en abusant de sa position dominante, il me paraît mesquin de s’en prendre à des paysans isolés, ses propres fournisseurs, plutôt qu’à France télévision.

Ce n’est pas parce que l’on est leader mondial dans l’industrie laitière que l’on a tous les droits. Nous sommes en France et la devise de notre République est «liberté, égalité, fraternité».

Présentement, la liberté d’expression est bafouée : c’est inadmissible !

Depuis plus de 2 ans maintenant, nous donnons notre sueur et nos bras aux transformateurs : faut-il que nous allions jusqu’à donner également notre sang ?

Ce comportement d’un autre temps m’indigne. C’est totalement inacceptable.

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