L'Oise Agricole 25 août 2016 à 08h00 | Par Bernard Leduc

«La terre reste une valeur refuge»

Sylvain Versluys, polyculteur-éleveur à Thieux, est président de la Safer de Picardie. Son analyse du marché foncier.

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Sylvain Versluys, président de la Safer de Picardie.
Sylvain Versluys, président de la Safer de Picardie. - © Bernard Leduc

Quelle est votre analyse de l’évolution du marché foncier dans notre région?

Sylvain Versluys - Actuellement, on est toujours sur un marché très fermé. D’ailleurs, en 2015, la Safer n’est intervenue à l’achat que pour 550 ha de terres libres au total dans les 3 départements picards. Et elle est intervenue par ailleurs en intermédiation locative, généralement pour éviter des démembrements d’exploitations lors du départ à la retraite de leurs exploitants.

Dans cette région essentiellement de faire-valoir indirect, le marché de terres libres est naturellement très restreint. Il y a très peu de ventes de foncier, y compris en terres exploitées en fermage, sur lesquelles d’ailleurs le droit de préemption du preneur en place passe avant celui de la Safer. Dans les transactions, la Safer ne peut pas toujours intervenir et quand elle le fait, c’est très généralement à l’amiable: son taux de préemption est inférieur à 2%.

La nouvelle loi d’avenir a élargi notre domaine d’intervention.La régionalisation au niveau des Hauts-de-France, qui sera effective pour la Safer dès début juillet 2017, va entraîner une harmonisation avec le Nord-Pas-de-Calais. Notre possibilité d’intervention sur les plus petites parcelles reste très anecdotique. Tous les projets de ventes nous sont notifiés, même si nous ne pouvons pas préempter, mais le principal intérêt porte sur une meilleure connaissance du marché et nous pouvons aussi tenter de mieux encadrer les prix de vente des terres agricoles. Car, je le répète, on ne préempte pas sur tout ce qui bouge, loin de là.

 

Quelles conséquences, selon vous, peuvent avoir sur ce marché foncier les difficultés subies par les agriculteurs du fait des rendements catastrophiques de cette moisson 2016 et de la crise laitière?

S. V. : La tendance très nette d’une augmentation continue du prix du foncier va rester, durablement je pense. D’une part, parce que la demande est toujours supérieure à l’offre, et nous le constatons toujours par la forte concurrence qu’il y a lors de rétrocessions de terres. Et d’autre part, on a en France les terres parmi les moins chères d’Europe. Notre foncier est donc plus facilement accessible pour les étrangers, en particulier les Belges et les Néerlandais actuellement, qui recherchent des entités complètes, des exploitations viables.

Nous avons cependant une difficulté sur les ventes d’herbages : là, c’est l’inverse, nous avons davantage d’offres que de demandes. On constate qu’il y a désormais très peu de motivation pour l’élevage, même avec des références élevées de production, en lait en particulier. Et puisqu’il y a de fait impossibilité de mettre en culture des prairies d’un point de vue réglementaire, les acheteurs sont rares quand il y a une vente. D’ailleurs, en Thiérache par exemple, avant toute intervention, nous recherchons d’abord les acquéreurs potentiels.

Mais la forte baisse de trésorerie dans les exploitations, qu’elles soient en grandes cultures ou en élevage, va probablement influer sur le marché foncier, non pas sur les prix, mais mais sur le fait qu’il y aura sans doute davantage d’acheteurs non agriculteurs.

 

La terre reste-t-elle une valeur sûre?

S. V. : Oui, bien sûr : la terre restera toujours quelque chose de palpable. C’est pour cela que les prix vont continuer à progresser, la terre est une valeur refuge. D’ailleurs, nous avons à la Safer un portefeuille d’apporteurs de capitaux, qui sont prêts à acquérir des terres agricoles, pour lesquelles nous obligeons les acheteurs à souscrire un bail à long terme au profit du preneur en place. Ces apporteurs de capitaux sont intéressés par le foncier agricole quand il y a crise sur les marchés financiers.

Même si la propriété foncière rapporte relativement peu aux bailleurs - de l’ordre de 2 à 3% par an, ce qui dépend bien sûr du coût d’acquisition quand il y a eu achat - la terre reste un bien durable. Sa rareté fait son prix.

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