L'Oise Agricole 09 mars 2017 à 08h00 | Par Anaïs Moineau

La stratégie de Cobevial face à la mutation du marché viande bovine

A l’occasion de sa journée technique sur les productions bovines à Aumale (76), le 2 mars dernier, la coopérative Cobevial faisait le point sur les marchés internationaux et français.

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De gauche à droite : Eric Bettens, directeur de Cobevial, et Hervé Drouvin, président de Cobevial.
De gauche à droite : Eric Bettens, directeur de Cobevial, et Hervé Drouvin, président de Cobevial. - © Florence Guilhem

A l’échelle européenne en 2016, les plus gros consommateurs de viande bovine restent les Français avec 24,2 kg équivalent carcasse par habitant et par an, suivi de près par l’Irlande et l’Italie avec 19 kgéc/hab puis l’Angleterre, la Grèce et la Belgique. Bien qu’elle soit en tête, la France a vu sa consommation diminuer encore cette année de -1,4% pour les produits frais à -2,9% pour le surgelé. Seule la consommation de viande hachée augmente légèrement de 0,6%.

Parmi les autres pays de l’UE, on retrouve loin derrière les autres la Pologne avec seulement 2 kgéc/hab, un pays qui comme l’Italie exporte 90% de ses produits, mais qui est nouveau sur le marché.

Concernant les importations, la France et la Grèce sont en tête avec 77% d’importations des morceaux de carcasses, dont la production est inférieure à la con sommation sur leur territoire. La France importe principalement des viandes originaires d’Irlande, Allemagne et des Pays-Bas, mais de moins en moins puisque ces dernières sont en baisse de 7% pour la deuxième année consécutive.

Cette diminution s’explique par une demande croissante des consommateurs de viande bovine française siglée, ainsi qu’une provenance locale des produits. Cette origine française ne se retrouve malheureusement pas dans tout le système puisqu’encore aujourd’hui 80% de la viande bovine servie en restauration hors foyer est d’origine étrangère.

Hervé Drouvin, président de la coopérative Cobevial, insiste ainsi sur le fait que le véritable enjeu de la relance de la consommation de viande bovine d’origine française se trouve dans cette restauration et non pas dans les produits de la GMS. Cet enjeu est d’autant plus grand que, à l’échelle internationale, nos produits ne sont pas compétitifs.

La signature du Ceta avec le Canada (libre-échange avec la France) est un grand risque pour nous puisqu’ils seront bien plus compétitifs grâce à leurs «bateaux-abattoirs». Relancer la consommation locale permettrait donc de pallier à ce manque de compétitivité, d’autant plus que le cheptel allaitant est en hausse pour la troisième année consécutive avec 30.000 têtes de plus, soit une hausse de 0,7%.

 

2016: année de changements

L’année 2016 a été, de plus, signe de grands changements pour la filière bovine, qui est aujourd’hui en pleine mutation. La crise laitière française a entraîné un afflux majeur de vaches laitières de réforme sur le marché lors du premier trimestre, et un effondrement du nombre de jeunes bovins laitiers vendus pour le deuxième trimestre. Cette tendance, visible de même chez nos voisins, a entraîné une augmentation de la consommation de vaches et génisses (de 3 à 11% selon les pays) au détriment des jeunes bovins, allaitants comme laitiers.

En effet, la France a subi une baisse de 4% de la production de JB allaitants, ainsi qu’une diminution forte de 10% pour les JB laitiers. Cela se confirme en Belgique avec -6% tandis que les JB d’Italie sont toujours aussi recherchés avec une hausse de +9%.

Le marché du broutard a aussi été fortement perturbé par la détection de cas de FCO qui a entraîné le placement de 76 départements français en zone réglementée.

Enfin, le climat n’a pas été favorable et le mauvais temps de début d’année a retardé la sortie des troupeaux, diminué les récoltes de fourrages et engendré une moisson catastrophique. Les éleveurs accablés par tant d’événements se retrouvent dans le rouge, sans trésorerie.

En cela, la coopérative Cobevial propose à ses adhérents une stratégie payante selon eux: miser sur une qualité supérieure des produits.

 

Se diversifier en qualité supérieure

La coopérative Cobevial, spécialisée dans la mise en marché des productions bovines et porcines en Haute-Normandie et dans les Hauts-de-France, affiche, cette année, une hausse d’activité de la production bovine de 4%. Ce sont les catégories vaches de réforme, génisses et boeufs qui ont augmenté (+11%, +5,6% et +7%) tandis que les activités JB et taureaux ont fortement baissé (-4% et -9%).

Concernant les bovins maigres, la baisse est générale de -2,6% pour les veaux à -16,6% pour les vaches. Cobevial est, de plus, en pleine campagne d’acquisition de sociétés et d’entreprises pour le groupe Alliance, dont la coopérative est à 80% détentrice. Dans l’esprit coopératif, le président, Hervé Drouvin affirme que «tout le résultat d’exploitation de la coopérative est reversé aux adhérents sous forme de complément de prix».

Ce résultat étant assuré par l’intermédiaire de filières valorisantes mises en place pour relancer la consommation de viande bovine, de préférence de race allaitante. Parmi celles-ci, on trouve la Charte de bonnes pratiques d’élevage, une démarche volontaire et individuelle qui devient presque obligatoire aujourd’hui pour la commercialisation.

Mais aussi le contrat JB MC Key concernant les jeunes bovins laitiers pour Mc Donald’s, où le prix est garanti de reprise selon la date de naissance de l’animal. Il y a aussi la valorisation Bleu Blanc Coeur des vaches Blondes, laitières de réforme et boeufs par l’ajout de lin dans l’alimentation des animaux.

 

Partager la perte de prix

De manière plus originale, le contrat de production de jeunes bovins allaitants à risque partagé avec l’entreprise Bigard (dont Cobevial détient 29% des parts) reste à démocratiser selon le directeur Cobevial, Eric Bettens. Celui-ci repose sur le principe de partager la perte du prix, si c’est le cas, en trois: le producteur, Cobevial et Bigard. Ainsi, si le prix calculé d’un JB est à 3,88€/kg (coût de production compris), mais que le marché est à 3,61€ le partage des risques donnera finalement 3,79€/kg de rémunération à l’éleveur.

Enfin, la démarche Boeuf de Nos Régions, qui privilégie des animaux allaitants élevés à l’herbe avec une certification Charte de bonnes pratiques d’élevage, commercialisés sous la marque Jean Rozé. Celle-ci apporte une plusvalue de +0,05 à +0,18 €/kg selon la race (mixte viande-lait ou non), le poids et l’âge en semaine.

La coopérative ne cache pas aussi sa stratégie de diversification des activités qu’elle a mise en place au niveau du groupe Alliance. Avec treize PME toutes en lien avec l’agro-alimentaire, le groupe vote le versement de la majeure partie des dividendes récoltés aux éleveurs adhérents depuis plusieurs années. Malgré tout, les responsables rappellent bien que leur objectif est de relancer la production de viande, et non de la perfuser. Ils ouvrent ainsi la discussion sur un marché à développer: celui du haché, seul en progression pour rappel, en segmentant l’offre sur des produits de qualité supérieure et provenant de race allaitante.

Les débats de la journée se sont conclus de manière unanime sur le fait que la seule inquiétude des consommateurs aujourd’hui est le bien-être animal et qu’ils tendent inconsciemment à modifier la réglementation par le biais des GMS bien plus par que les institutions elles-mêmes. Les groupements d’éleveurs et coopératives se doivent donc d’adapter leurs produits à cette demande, tout en redorant l’image de l’élevage auprès du grand public.

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