L'Oise Agricole 07 juin 2018 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

La MSA de Picardie accompagne ses ressortissants dans la crise

Après l’Aisne en 2017, c’était au tour de l’Oise d’accueillir les 972 délégués de la MSA de Picardie le 1er juin, à l’Elispace de Beauvais, pour une assemblée générale statutaire tournée vers l’accompagnement des agriculteurs et le bien-être au travail.

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Une première pour la MSA de Picardie : l’assemblée générale était organisée dans l’Oise cette année.
Une première pour la MSA de Picardie : l’assemblée générale était organisée dans l’Oise cette année. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Dans son rapport moral, le président de la MSA de Picardie, Antoine Niay, l’annonce d’emblée : la crise perdure et la MSA se doit d’être présente auprès des agriculteurs pour les accompagner financièrement, socialement, mais aussi d’un point de vue psychologique. Le choc de la récolte catastrophique de 2016 est loin d’être amorti et 2017 a été une année active pour la MSA, même si les plans de paiement octroyés, 972 pour 6,5 M€, ont été inférieurs à ceux de 2016, 1.425 pour 9,2 M€. Les prises en charge de cotisations, 906.000 €, ont également baissé (971.000 € en 2016). Elles ont concerné 530 agriculteurs picards en 2017. N’empêche : l’agriculture traverse une période agitée. Que ce soient les attaques contre les produits phytosanitaires, les offensives des anti-viandes, la remise en cause systématique des conditions d’élevage, la baisse du budget agricole pour 2020-2027, les fake news qui pullulent sur les réseaux sociaux, les agriculteurs ont de quoi être déstabilisés et la MSA doit leur donner des réponses, développer une communication et élaborer une stratégie à laquelle travaillent de concert les administrateurs de la caisse de Picardie et l’équipe de direction.

À ceux qui suggèrent que le régime social agricole soit absorbé par le régime général dans l’espoir d’une réduction des cotisations sociales des non salariés agricoles, Antoine Niay répond formellement que c’est illusoire et que les agriculteurs ont intérêt à sauvegarder un régime social qui tient compte de leurs spécificités et reste, par ses actions de proximité, un animateur essentiel du milieu rural.

Pour preuve, les presque 500 collaborateurs et les 13 sites d’accueil qui émaillent le territoire picard, sans oublier le travail des délégués qui équivaut à 9.200 heures de bénévolat par an. La MSA présente aussi l’avantage d’être un guichet unique pour les cotisations et les prestations dispensées auprès de la population agricole : exploitants, salariés, employeurs de main-d’œuvre. La caisse de Picardie a ainsi assuré la protection sociale de 108.876 personnes en 2017.

Et cela en mutualisant les compétences avec la caisse de MSA du Nord-Pas-de-Calais. En effet, pas de fusion à l’ordre du jour pour l’instant. Des répartitions de tâches entre les deux caisses ont été préparées en 2017 et sont effectives depuis cette année, sans que cela ne change quoi que ce soit pour le ressortissant qui a toujours les mêmes interlocuteurs de terrain. Par exemple, toutes les retraites et les cotisations des non salariés agricoles des cinq départements sont gérées par la Picardie, alors que le Nord-Pas-de-Calais prend en charge les cotisations des salariés et l’ensemble des prestations sociales. Un accord gagnant-gagnant, selon Antoine Niay.

Un accompagnement de terrain

Parmi les réponses apportées à la crise de 2016, le président met en avant la cellule Horizon, déployée en décembre 2016. Elle accompagne les adhérents en grande détresse psychologique et permet, avec le médecin chef santé et sécurité au travail, un accompagnement sur mesure et s’appuie sur une cellule de contact alliant trois compétences métier : un conseiller social, un infirmier de santé au travail et un conseiller en protection sociale. 70 personnes ont été suivies en 2017 et la cellule Horizon est joignable du lundi au vendredi, de 9 à 17 heures, au 03 22 80 60 02.

Une aide au répit est également proposée aux personnes en difficulté pour leur permettre de quitter pour un ou plusieurs jours leur exploitation, seul ou en famille, afin de prendre du recul et pouvoir ensuite prendre les bonnes décisions. Cette aide se concrétise par une prise en charge du paiement d’un salarié qui fera le travail pendant cette absence. Dans 65 % des cas, c’est le service de remplacement qui trouve le salarié, sinon, c’est l’exploitant qui embauche directement. Ces aides sont aussi parfois complétées par des actions collectives comme des sorties familiales, des séjours, des journées culturelles. Tout pour permettre à des familles de se poser et envisager l’avenir avec sérénité.

Et puis les actions en matière de prévention des risques professionnels sont régulièrement menées : aide à l’achat de matériel de contention bovine, outils permettant la réduction de la pénibilité du travail, formations, examens de santé, prévention (troubles musculo-squelettiques, risques machines et chute, risques sociaux...), sans oublier les aides à domicile, les maisons d’accueil rural pour les personnes âgées (huit en Picardie).

Malgré la baisse annoncée du nombre de ses ressortissants, par ses actions tous azimuts et sa forte implantation locale, la MSA de Picardie entend bien montrer sa différence et faire connaître ses actions pour continuer à animer un milieu rural souvent oublié des politiques nationales.

 

- © Dominique Lapeyre-Cavé

Bien vivre au travail

Tel était le thème de la table ronde animée par François-Régis Lenoir, agriculteur et psychologue. Autour de lui, des exploitants agricoles, salariés ou chefs d’entreprises picards venus témoigné de leur expérience sur le travail en commun et sur leur intégration professionnelle. On en retiendra que les risques sociaux inhérents à tout changement sont fortement réduits si le dialogue est instauré entre toutes les parties et les questions ont été posées au préalable grâce à un travail d’écoute, de communication afin de développer des compétences sociales. «Travailler seul sur son exploitation, c’est risquer l’isolement. Travailler à plusieurs, cela s’apprend» martèle le psychologue. Et garder aussi un équilibre psycho-social entre la sphère professionnelle, sociale, confidentielle, privée…

Une méthodologie résumée en six points : mieux vaut 10 réunions de 2 heures que 30 ans de conflit, ne pas impliquer les personnes multiplie par 10 les risques de blocage, il faut prendre le temps de s’organiser pour en gagner, moins d’égo et plus de réflexion, respecter les sphères de vie et, enfin, mettre en accord le sens de sa vie, ses pensées et ses actions.

- © Dominique Lapeyre-Cavé

Antoine Niay, président de la MSA de Picardie

«57 % des exploitants agricoles picards avec moins de 5.000 € de revenu en 2017»

«Le constat est là : les revenus agricoles sont faibles, même dans une région comme la Picardie. Sur les 12.000 exploitations recensées, un quart sont en déficit. La crise perdure. De ce fait, notre caisse présente un déficit : 778 millions d’euros de prestations versés pour 503 millions de cotisations, ce qui fait un ratio de 65 %, un des moins mauvais des 35 caisses régionales. C’est le régime général qui comble ce déficit. L’essentiel des prestations (70 %) consiste en le versement des retraites, pour les salariés et les non salariés. Le reste se répartit entre la santé (25 %) et la famille (5 %).

En ce qui concerne les cotisations des exploitants, la MSA de Picardie examine les situations les plus délicates et peut accorder des exonérations partielles ou des étalements de paiement.

En 2017, nous avons eu la désagréable surprise de constater que la baisse de 7 points de cotisations sociales obtenue sous le gouvernement Valls a été supprimée par l’équipe en place, sans dialogue ni concertation avec la profession agricole. Cette baisse aurait eu le mérite de redonner de la compétitivité aux exploitations agricoles françaises par rapport à leurs concurrentes européennes. Un bien mauvais coup porté à l’agriculture.

Dans nos services, en 2017, nous avons traité plus de 35.000 mails de ressortissants, qui tendent à remplacer de plus en plus les contacts directs. Plus de 29.000 visites en agences ont eu lieu en 2017 et ont donné lieu à plus de 700 rendez-vous concernant des prestations. 225.000 appels aboutis ont été enregistrés. Tous ces chiffres sont le signe de besoins et d’attentes exprimés et parfois d’une méconnaissance des droits auxquels les exploitants agricoles peuvent prétendre. Notre mission est de les accompagner toujours mieux.»

 

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