L'Oise Agricole 04 août 2016 à 08h00 | Par L'Oise Agricole

La meunerie française souhaite reprendre des parts de marché

La très faible récolte de blé va modifier un contexte déjà compliqué pour la meunerie française. Érosion de sa production et de ses ventes à l’export, augmentation des importations, concurrence prononcée et jugée déloyale de la Turquie, problématique concernant la taxation de la farine… Pour autant, les représentants de la filière, loin d’avoir dit leur dernier mot, se disent «mobilisés».

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- © DR- phrasea

«Nous sommes un maillon central, une véritable courroie de transmission entre la culture de la céréale et la seconde transformation», c’est par ces mots que Lionel Deloingce, président de l’Association nationale de la meunerie française (ANMF), débutait la conférence ayant pour vocation de présenter les ambitions de la filière, tenue au siège de l’ANMF le jeudi 16 juin. Ses propos témoignaient néanmoins de l’envie et du besoin des opérateurs du secteur, d’être plus visibles.

La meunerie française évolue dans une période marquée par un recul des exportations (- 18,1 % entre 2014 et 2015), une augmentation des importations (+ 62 % entre 2011 et 2015), principalement en provenance d’Allemagne (1er producteur dans l’UE) et une consommation de pain en berne. à cela, s’ajoutent des dossiers chauds toujours pas réglés.

Une concurrence turque jugée «déloyale»

«Nos exportations sont en difficulté à cause de la concurrence déloyale de la Turquie» explique Bernard Valluis, directeur de l’ANMF. Par un mécanisme dénommé «trafic de perfectionnement actif», les acteurs turcs bénéficient de subventions à l’export via leur Office des céréales (TMO). «Le prix de leur farine est extrêmement compétitif», insiste le représentant de l’ANMF.

La Turquie est en train de prendre des parts de marché dans l’Union européenne et aux États-Unis. Le sujet demeure «éminemment politique» pour Bernard Valluis, dépassant de loin la sphère purement commerciale. L’Union européenne n’a pas porté plainte. Les producteurs de blé américains en ont, pour leur part, déposé une, toujours en cours de traitement à Genève. Le dossier «progresse très lentement», nous confie-t-on. L’unique moyen de stopper le mécanisme turc semblerait passer par l’application de la récente décision de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) de supprimer les subventions à l’export, prise à l’occasion de sa 10e conférence ministérielle à Nairobi.

Taxe et distorsion de compétitivité

Tous les utilisateurs de farine commercialisée sur le marché intérieur doivent s’acquitter d’une taxe. «Cette taxe existe depuis 1993 et s’estime à 15,24 euros la tonne», précise Bernard Valluis. Le mécanisme, considéré «assez complexe» par les meuniers eux-mêmes, se fait sur la base d’une déclaration. «Le prélèvement de cette taxe est assez difficile», développe le président délégué, surtout s’agissant des industriels ou des GMS. La filière demande tout bonnement sa suppression au titre qu’elle engendre «des distorsions de concurrence notables», avec les pays producteurs voisins. «C’est un vrai obstacle à la compétitivité», évoque le représentant de la meunerie.

Un rapport concernant les taxes agroalimentaires était attendu. «Malgré tout cela, la meunerie doit savoir revoir ses stratégies, prendre de la hauteur et afficher ses ambitions», souligne Lionel Deloingce. La filière souhaite contribuer à mieux accompagner les meuniers en favorisant les investissements, la recherche et l’innovation ainsi que la formation. Investir dans de nouveaux outils de communication et renforcer les liens avec les autres filières font parties des priorités de l’Association. Concernant la récolte de blé de cette année, les représentants de la filière se montraient prudents.

Mais la donne a probablement changé depuis les premiers résultats de la moisson, qui affichent une très forte baisse de la collecte de blé en France. Et les critères de qualité des blés meuniers obligeront à en déclasser une bonne partie, en particulier à cause de PS très dégradés.

On affichait cependant une position attentiste caractéristique du Weather market. «Les stocks de report sont à 5,4 millions de tonnes (le double de la normal), de quoi satisfaire les marchés», selon Bernard Valluis.

La meunerie française en chiffres (en 2015)

Le nombre de moulins s’est réduit passant de 450 en 2011 à 427 en 2015 pour une production de farine évaluée 4,17 millions de tonnes (Mt). De ce volume total, 3,8 Mt sont directement consommés par le marché intérieur, dont 62,3 % en panification et 28,6 % par les industries utilisatrices telles que les biscuiteries ou les biscotteries. À l’export, 389.640 tonnes ont été vendues vers plus de 90 destinations.

Les pays tiers représentent 63,4 % des volumes achetés et l’UE environ 37 %. Enfin, sur les importations, l’Allemagne est le premier fournisseur de la France avec près de 70,3 % des parts, suivi de la Belgique (15 %) et de l’Espagne (3,8 %) pour un volume total chiffré à 286.848 t.

360 entreprises structurent la filière meunerie française, écrasant 5,34 Mt de blé. Le chiffre d’affaires global est estimé à 1,9 milliards € en France, 2e pays producteur européen et 10e à l’échelle mondiale. Près de 6.000 emplois sont liés à cette activité.

 

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