L'Oise Agricole 24 août 2017 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi, Dominique Lapeyre-Cavé

La location de matériel agricole, une offre à développer

Le nombre d’immatriculations de tracteurs a fortement baissé sur la période 2016-2017, suite aux mauvaises récoltes 2016.

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Vincent Legrand, de La Motoculture de l’Oise, au côté de sa moissenneuse batteuse. Cette machine agricole est la plus demandée sur le marché de la location. (© Dorian Alinaghi) Henri Taveau, de Taveau. La location est plutôt vue comme une aide. © Dorian Alinaghi Patrick Bonnot, de SN Dumont : la location proposée en dépannage. © Dominique Lapeyre-Cavé

Les agriculteurs semblent parfois hésiter à investir dans l’achat de nouveaux matériels, particulièrement de tracteurs et s’intéresser à la location de matériel. L’offre des concessionnaires tend à s’adapter à cette nouvelle demande, même si elle est loin d’être totalement structurée. C’est le constat dressé par Patrick Bonnot, des établissements Dumont à Crèvecœur-le-Grand. «Pour l’instant, la location reste du dépannage qui permet quand même au client de se faire une idée du tracteur en conditions réelles.» Du côté de la Motoculture de l’Oise, Vincent Legrand perçoit la location plus comme un outil qu’une solution. «La location intéresse les agriculteurs possédant une exploitation moyenne ou grosse et qui ont un régime souvent fiscalisé sur les plus-values. Du coup, ils veulent s’enlever le problème des plus-values lors de la revente du matériel. Donc ils louent une machine, ils connaissent le prix et la durée. Dès lors qu’ils ramènent la machine, ils peuvent relouer une machine afin d’avoir un matériel quasiment neuf. L’intérêt propre de la location, c’est toujours d’acquérir un matériel récent, de ne pas avoir de risque d’intervention mécanique.»

Pour Henri Taveau, directeur général de Taveau, la location de longue durée peut avoir un poids sur le marché. «La location financière existe depuis 10 ans, mais c’est depuis les trois dernières années qu’il y a vraiment de la demande. C’est un marché qui se développe. La location pure a toujours existé sur le marché car ce sont des contrats sur des courtes périodes. Pour les locations de longue durée, on a beaucoup de demande, notamment pour les moissonneuses-batteuses, et ce sont des contrats sur plusieurs années.»

Et les prix dans tout ça ?

L’offre de la location peut s’avérer coûteuse et peut varier en fonction du temps, de la machine, de l’exploitation, mais aussi de l’entretien de la machine agricole. Pour Vincent Legrand, le prix diffère constamment. «Nous proposons en location des formules qui sont faites par le constructeur. Donc nous louons à la fois des moissonneuse-batteuses sur plusieurs campagnes ou des tracteurs. On ne loue pas d’autres machines agricoles. On a deux formules possibles : pour la première, le matériel est garanti, mais l’entretien est à la charge du client. Pour la deuxième formule, tout est compris, entretien inclus. En ce qui concerne la durée, le tracteur se loue sur deux ans, mais pour la moissonneuse batteuse, il s’agit de trois campagnes. On ne fait pas de courte période sauf si un bon client a un véritable problème technique ou a un besoin d’une machine en renfort durant une journée ou deux, mais cela reste très sporadique. Il n’y a pas de prix particulier à l’hectare ou à l’heure, cela va dépendre de l’équipement du tracteur ou de la moissonneuse. Le prix se base sur un pourcentage de tarif. C’est-à-dire que si un client loue une moissonneuse batteuse, il s’agit d’une formule 150 heures batteur, le client choisit l’équipement de la machine et ensuite il y a un coefficient que l’on applique sur le tarif de la machine, puis le client aura son loyer annuel.»

Chez le concessionnaire Taveau, plusieurs formules sont proposées. «On fait tous les types de locations, mais pas toutes les machines. On fait de la location à l’heure ou à la journée selon le matériel. Si on prend un tracteur de 150 chevaux. Pour les locations de longue durée, on a beaucoup de demande, notamment pour les moissonneuses-batteuses et sur plusieurs années.»

Patrick Bonnot, de SN Dumont, quant à lui, ne propose qu’une seule formule de location «Nous proposons une location de tracteur de 150 cv avec un engagement de 100 h/mois minimum. Le prix de la location est de 24,80 € HT/h. Les consommables (carburant, filtre, huile) sont à la charge du client qui doit intégrer le tracteur dans sa flotte auprès de son assureur».

Location, avantage ou non ?

Pour l’ensemble des concessionnaires, la location n’est pas forcément un atout. L’aspect financier joue fortement sur l’avis des agriculteurs. En effet, les agriculteurs sont intéressés lorsqu’ils ne souhaitent plus investir dans l’achat de matériel. «L’aspect fiscal, en fonction de la situation de l’agriculteur, joue ou pas en faveur de la location : avec la location, des charges avec un coût connu d’avance, mais pas d’immobilisation, donc pas d’incidence sur l’actif-passif», analyse Patrick Bonnot.

Vincent Legrand ne voit la location comme un miracle mais elle garde certains avantages. «Ce n’est pas moins cher de louer que d’acheter. Tout dépend de la surface, du régime fiscal et des machines déjà à disposition. Il y a énormément de variables qui rentrent en compte. Surtout que l’utilisation des machines se fait à des moments bien précis. Le travail agricole est très saisonnier. Tous les agriculteurs travaillent en même temps. Pour moi, la vraie solution se trouve sur l’achat en copropriété.»

Pour Henri Taveau, la location ne résout pas tous les problèmes. «Ce n’est ni un avantage, ni un désavantage. On ne peut pas avoir toutes les machines, surtout que tout le monde loue au même moment. L’achat est bien évidemment moins cher sur le long terme. Après, la location est utile car elle répond à des problématiques sur un moment particulier. Les fortes périodes de location sont l’été et l’automne. Cela permet également d’avoir toujours une machine performante. De plus, les agriculteurs n’ont plus de charges fiscales avec la location. Par exemple, le prix d’achat d’un broyeur est de 25.000 euros. Si c’est pour l’utiliser deux à trois fois dans l’année, il n’y a pas grand intérêt. C’est là que joue fortement la location. Les personnes sont très satisfaites de la location, mais elles ont souvent peur en voyant le prix. Mais la location inclut l’entretien, l’assurance, les coûts financiers, la dévaluation et la marge du loueur.»

Les agriculteurs cherchent aussi des alternatives

Depuis quelques années, des plateformes de locations entre agriculteurs ont vu le jour, comme WeFarmUp. Cependant, Vincent Legrand ne voit pas ce dernier comme un véritable concurrent «Il ne s’agit pas que de la location entre particuliers. Les concessionnaires peuvent aussi participer à cette plateforme. Je ne la considère pas de la concurrence. Certes, cela peut faire une zone d’ombre lorsqu’il s’agit d’un petit secteur entre agriculteurs. Cependant, WefarmUp m’a déjà proposé de louer mes machines

En terme de dépannage, la location répond à la demande, comme le confirme Willy Waeyaert, agriculteur au Mesnil-Conteville, qui a loué un Kubota chez SN Dumont pour un mois. «J’avais besoin d’un tracteur pour un chantier de pressage de paille pendant la moisson et, comme j’étais assuré de faire les 100 heures dans le mois, c’était un prix tout à fait acceptable. Sur une période courte, c’est une bonne solution.»

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