L'Oise Agricole 11 janvier 2018 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi

La Cuma, l’une des solutions à l’agriculture de demain ?

Un concept qui ne date pas d’hier, la Cuma permet aux agriculteurs et éleveurs de s’unir et d’investir pour s’acquérir de machines agricoles performantes. Cela permet de limiter les coûts dans une profession qui est, aujourd’hui, en grande difficulté.

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La dernière acquisition de la Cuma du Sud-Ouest de l’Oise, un tracteur.
La dernière acquisition de la Cuma du Sud-Ouest de l’Oise, un tracteur. - © Dorian Alinaghi

Les Cuma existent depuis 1945 dans tout l’hexagone. Depuis 1990, elles sont devenues une structure incontournable pour de nombreux agriculteurs, qui voient là une façon de mutualiser les moyens, tout en réduisant les charges de production.

La coopérative d’utilisation du matériel agricole du Sud-Ouest de l’Oise, l’une des Cuma importante de l’Oise, estime que cette coopération est une nécessité aujourd’hui «On a 58 adhérents» affirme Thierry Fraiture, président de la Cuma du Sud-Ouest de l’Oise «On est tous au grand maximum sur un rayon de 20 kilomètres, ce qui facilite nos échanges. Éleveurs, céréaliers s’unissent et décident, ensemble, des engins à acheter, via la coopérative. Chaque adhérent doit payer un droit d’entrée de 150 euros. Puis il souscrit des parts sociales en fonction de l’utilisation du matériel agricole. Les agriculteurs signent un engagement de sept ans pour acter l’usage qu’ils feront de telle ou telle machine. Les charges sont payées à l’année, en fonction de l’utilisation. Les coûts d’entretien, de réparation, d’assurance, sont mutualisés. Chaque matériel a un responsable. Mais tous les adhérents n’ont pas des parts sur tous les matériels agricoles. Ils choisissent en fonction de leur besoin. C’est la rentabilité de l’exploitation qui est en jeu. La Cuma permet de diminuer les investissements. Par exemple, un épandeur bien équipé coûte 35.000 euros, alors que lorsque vous épandez 200 épandeurs de fumiers par an, avec les outils de la CUMA, cela ne vous coûte que mille euros tout compris. De plus, les banques refusent de nous faire des prêts pour acquérir individuellement les nouvelles machines agricoles, car cela coûte trop cher.»

La Cuma du Sud-Ouest de l’Oise détient 800.000 euros de matériels . Elle possède une balayeuse, deux broyeurs, deux déchaumeurs, trois épandeurs, quatre plateaux de 12 mètres, un rouleau, deux décompacteurs, deux tonnes à lisiers, une faucheuse de 4 mètres, trois ébouseuses, de 6 mètres, un enfonce pieux, une enrubanneuse, un semoir rapide de 3 mètres et un tracteur acquis dernièrement. Le prochain achat pourrait être un hangar pour stocker tout le matériel agricole.

Toutes les machines possèdent un carnet et un compteur. Qui plus est, la Cuma du Sud-Ouest de l’Oise a acheté des boitiers Karnott afin de tracer le matériel agricole. Cet outil permet de combiner les fonctions de compteur et de carnet. Le boîtier va comptabiliser automatiquement le travail que l’adhérent ou le salarié réalise avec le matériel, avec une détection automatique du propriétaire, grâce à la géolocalisation. «Chaque adhérent doit fournir les photos PAC de son exploitation. Celles-ci permettent d’exploiter, en central et en temps réel, les données communiquées par le boitier depuis l’outil. L’exploitant reçoit aussi un code pour son compte Karnott et il peut visualiser sur son écran,tout ce qu’il réalisé sur son exploitation» souligne Thierry Frairure.

Partage et mutualisation, avant tout

Sur le plan opérationnel, les adhérents s’inscrivent sur un planning et choisissent les jours qui leurs conviennent afin d’emprunter un matériel. Le matériel est renouvelé régulièrement. La CUMA crée du lien social entre agriculteurs. «Avec la Cuma, il y a trois aspects à prendre en compte, le premier est l’acquisition d’un matériel neuf, dernier cri et tout équipé. C’est un véritable gain de temps pour notre travail, que d’avoir de bonnes machines agricoles, efficaces et fiables. Il y a aussi un aspect financier,car c’est moins cher que d’avoir son propre matériel. Et enfin, le dernier aspect est tourné vers l’humain, qui permet de créer un lien social autour de la Cuma. Les adhérents apprennent à se connaître, échangent entre eux sur la manière de travailler et tout cela contribue à l’instauration d’une ambiance conviviale et professionnelle entre nous. Il y a une notion de partage et de responsabilité entre chaque adhérent.»

Malgré tous ces avantages qu’apportent la Cuma, le souci de cette dernière, c’est qu’elle est méconnue. «Le premier problème c’est qu’il faut être sûr de son engagement car si le matériel n’est pas utilisé ou que l’exploitation cesse une activité concernée par un engagement dans la cuma, l’agriculteur doit tout de même payer l’amortissement. L’autre complication est bien évidemment que les Cuma ne sont pas véritablement connues alors qu’elles peuvent être une solution dans notre profession notamment dans le contexte actuel. Je ne pense pas que dans les écoles, on enseigne aux étudiants cette solution économique et humaine. Cela pourrait même faciliter l’installation des jeunes ou bien même redresser la situation d’ agriculteurs en difficulté.» ajoute Thierry Fraiture.

Cela étant, les adhérents de la Cuma du Sud-Ouest de l’Oise sont très satisfaits du fonctionnement et de la gestion de leur outil.

Mathilde Perate, ingénieur conseil en développement coopératif à la FRCuma basé à l’antenne d’Amiens
Mathilde Perate, ingénieur conseil en développement coopératif à la FRCuma basé à l’antenne d’Amiens - © Agence de presse

Mathilde Perate, ingénieur conseil en développement coopératif à la FRCuma basé à l’antenne d’Amiens, explique l’importance d’une Cuma, pour l’agriculture de demain, d’un point de vue économique, du matériel agricole et humain.

Quelle est l’importance du phénomène Cuma en Hauts-de-France et dans l’Oise ?

Le nombre de Cuma est un peu moins important qu’il y a 10 ans. Cela s’explique par le fait que certaines petites structures d’après-guerre n’ont pas évoluées. Sans dynamisme, elles n’ont pas survécu. Le nombre d’agriculteurs en Cuma reste tout de même plutôt stable puisque le nombre d’agriculteur diminue également. Environ 50 Cuma connues dans l’Oise. Toutes ne sont pas encore actives mais existent encore légalement. Environ encore 40 sont actives, et il existe environ 430 Cuma dans les Hauts-de-France.

Quelle est la politique qui est développée ?

La Cuma est un outil et pas une fin en soi. La politique de la FRCuma est d’accompagner le développement des Cuma tant dans leur fonctionnement administratif que juridique mais aussi dans le développement de leurs activités. L’objectif est de contribuer à avoir une agriculture plus compétitive. C’est-à-dire : produire autant avec moins de matériel (diminution du coût de revient du matériel par la mise en commun), contribuer à l’innovation et au changement de pratiques. La Cuma peut employer des salariés et permet un développement des bâtiments en CUMA pour le stockage.

Quelles sont les avantages ou les inconvénients d’ouvrir une Cuma à plusieurs ? Avez-vous des conseils à donner ?

Les avantages sont nombreux. La réduction des coûts du matériel pour des machines agricoles performantes mais pas que. Une Cuma c’est aussi un groupe. Cet aspect humain permet d’échanger avec d’autres agriculteurs. Cela évite l’isolement pour certains ou de partager des expériences pour d’autres. En comparaison avec d’autres structures (comme la copropriété par exemple), la Cuma permet de cadrer les droits et les devoirs de chaque agriculteur et les relations qu’ils entretiennent entre eux. Comparé à une copropriété, le cadre permet la pérennité du groupe et d’éviter les conflits. Il y a une réelle fonction démocratique, en cas de vote un agriculteur porte une voix. La Cuma donne plus d’importance à l’humain qu’au matériel.

Pour le conseil à donner, il y a 3 objectifs à atteindre lorsque l’on est en CUMA. Le premier est économique, elle doit permettre de réduire les coûts de production. Le deuxième est technique, elle permet d’accéder à du matériel plus performant qui peut permettre la simplification du travail. Le troisième est relationnel, il faut des relations de confiance, une cohésion de groupe. Les deux premiers objectifs ne peuvent fonctionner sans le 3ème.

Mais le principe d’une Cuma n’est pas parfait. L’engagement que nécessite l’entrée en CUMA peut effrayer certains agriculteurs. Selon les CUMA, les agriculteurs s’engagent à utiliser le matériel et donc à payer pour des durées de 5, 6 voire 7 ans. L’évolution de ces engagements est bien sur possible selon certaines conditions mais dans le contexte actuel (notamment l’arrêt de l’élevage un peu brutal pour certains), certains peut être réticent à l’idée de s’engager. La CUMA n’est pas fait pour tous. Une Cuma ce n’est pas que du matériel, c’est avant tout de l’humain et du relationnel. Il faut une capacité à échanger et travailler avec les autres.

Alain Randon, conseiller de gestion à l’AS60
Alain Randon, conseiller de gestion à l’AS60 - © Dominique Lapeyre-Cavé

Alain Randon, conseiller de gestion à l’AS60

L’agriculture de l’Oise est confrontée à une remise en question forte de son modèle économique. La poursuite de la modernisation des exploitations tout en diminuant les charges oblige à sortir des sentiers battus, en un mot à l’innovation.

Un des enjeux majeurs est de limiter les charges fixes et donc les charges de mécanisation sur les exploitations agricoles. Un second enjeu, au moins aussi important, est de regagner de la souplesse dans la gestion de son entreprise ; si la conjoncture est bonne, je veux pouvoir engager des moyens de production importants et si elle est mauvaise les limiter. Les investissements dans le matériel sont là encore un maillon faible de la gestion car une fois engagés ils constituent une charge pour 5 à 10 ans.

L’objectif dès à présent sur les exploitations agricoles est de transférer une part des investissements matériel dans des charges annuelles de prestation. Les solutions sont diverses ; faire appel à une ETA ou investir en Cuma par exemple. On répond ainsi aux deux objectifs : éviter d’avoir un matériel surdimensionné et externaliser le risque d’investissement.

Créé en 1945, les Cuma sont plus que jamais une solution moderne de gestion de l’entreprise. Les statuts évoluent régulièrement, elles permettent par exemple maintenant d’embaucher du personnel comme un groupement d’employeur. Dans l’Oise, les Cuma consistaient surtout à louer le matériel aux adhérents. Plusieurs Cuma sont en train de s’équiper en tracteur, comme le Cuma du Sud-Ouest de l’Oise. Elles vont évoluer vers de la prestation de service avec traction et main-d’œuvre, ce qui permettra d’augmenter les débits de chantier, les volumes annuels et donc de réduire les coûts.

Il n’y a pas une solution unique idéale. Selon l’environnement, son matériel, son historique et bien entendu l’utilisation qui en est faite, il faut panacher l’achat du matériel : certains en propriété, d’autres en Cuma et faire appel à l’entreprise pour d’autres chantiers. Le matériel en propriété permet d’utiliser des mécanismes fiscaux d’écrêtement des résultats qui ont aussi leur intérêt.

Karnott, le remplaçant du carnet de notes

Karnott est un boîtier électronique fixé par aimant sur tout matériel agricole et qui permet, grâce au GPS, de connaître sa localisation et ses déplacements. C’est un tandem, constitué d’Alexandre Cuvelier, informaticien, et d’Antoine Dequidt, agriculteur dans le Nord, qui est à l’origine de cette mise au point. Antoine Dequidt est membre d’une Cuma mais le carnet de note a été perdu et la facturation devient alors hasardeuse.

Il s’agit de trouver une solution connectée qui permette de remplacer ce fameux carnet de note. Le boîtier Karnott enregistre la localisation, les distances parcourues et les surfaces travaillées par les matériels sur lequel il est fixé. Ce calcul d’utilisation permet une facturation directe et transparente. C’est pourquoi des Cuma et des entreprises de travaux agricoles s’en sont équipées. 350 boîtiers ont ainsi été vendus au prix de 235 euros HT pièce, auquel il faut ensuite ajouter un abonnement de 120 €/an pour la géolocalisation.

L’utilisation de ce type de boîtier permet aussi à chacun des membres d’un Cuma, par exemple, de contrôler par son propre compte l’utilisation qu’il a du matériel (temps, surfaces) et permet à la Cuma de mesurer le taux d’utilisation des matériels et de gérer ainsi ses investissements. Le gain de temps est réel pour l’administrateur de la Cuma : transparence et équité pour la facturation, statistiques pour la gestion du parc matériel.

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