L'Oise Agricole 09 avril 2015 à 08h00 | Par Laurent Mingam

La colère gronde

Au cours du conseil d’administration de la Fdsea qui s’est déroulé ce mardi 7 avril après-midi à Beauvais, nombreux ont été les élus qui ont exprimé leur colère face aux difficultés qu’ils rencontrent dans leurs exploitations et aux charges de tous ordres qui continuent de croître.

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- © Oise Agricole

Guillaume Chartier, président de la Fdsea, avait invité Laurent Degenne, président nouvellement élu de la Frsea Picardie, pour ce conseil d’administration. Agriculteur et président de la Fdsea de la Somme, Laurent Degenne a entendu et pu répondre aux expressions et inquiétudes des administrateurs de la Fdsea de l’Oise.

Cette réunion a commencé par un tour d’horizon, les présidents des syndicats cantonaux évoquant les sujets locaux. Ainsi, les difficultés de trésorerie après une campagne céréalière insatisfaisante sont largement constatées sur les exploitations de polyculture, ont relevé Emmanuel Pigeon, président de l’arrondissement de Beauvais Sud, et Sébastien Liénard, président du canton de Neuilly-en-Thelle. Plusieurs présidents de syndicats cantonaux ont crié leur colère et leur désespoir. Colère d’une charge administrative qui ne cesse d’augmenter, de contraintes qui ne cessent de s’accumuler et désespoir de voir des revenus qui baissent encore à un niveau qui devient insupportable.

 

Difficultés dans toutes les filières…

«Les éleveurs aiment leur métier, mais ils ont besoin d’un prix rémunérateur et ils en ont plus qu’assez des contraintes, a interpellé Thierry Fraiture, président d’Auneuil, s’interrogeant : comment peut-on s’en sortir lorsque le prix de vente d’un veau est inférieur au prix de l’insémination ?»

«La crise est pire qu’en 2009» ajoutait Joseph Brisse, président de Songeons, ce qui est confirmé par une étude économique réalisée dans la Somme par le CER France 80 et rapportée par Laurent Degenne qui relève que l’exploitation moyenne a dégagé l’an dernier le même EBE qu’en 2009, malgré un prix de vente supérieur de 40 € la tonne sur le blé, mais une augmentation significative des charges opérationnelles.

Au cri économique s’est ajouté le cri réglementaire contre les contraintes de plus en plus pesantes. «Nous avons bien compris les règles sur l’interdiction de retournement des prairies et la sanctuarisation des haies, mais nous avons besoin de solutions, car nous ne pouvons pas accepter le blocage de nos exploitations» interpellait Pascal Foucault, président de l’arrondissement de Beauvais Nord.

«Personne ne peut nous obliger à maintenir une production quand elle ne rapporte rien» s’insurgeait également Régis Desrumaux, président du canton de Grandvilliers. «Que fait le syndicalisme ? Nous attendons des réponses» a rappelé Pascal Foucault.

Luc Smessaert, président de la FR Nord-Bassin parisien et vice-président de la Fnsea, a reconnu les difficultés évoquées avec «un vrai problème économique, des charges extrêmement lourdes et des contraintes qui deviennent insupportables et font déborder le vase». Il a également «dénoncé l’attitude de l’État qui, par exemple, se désengage des MAE ou encore repousse le remboursement des primes assurances récoltes.

Au-delà de ce constat, il a proposé des pistes de solutions à la réflexion des administrateurs. Sur le prix de nos productions, la seule solution, c’est le regroupement, l’organisation économique et, sur le prix du lait, le renforcement des OP (organisations de producteurs) et l’organisation d’OP horizontales et non plus par entreprise.

L’important est de ne pas nous diviser entre filières ou productions» disait encore Luc Smessaert, appelant à l’unité syndicale, à la nécessité de faire groupe, de resserrer les rangs pour mieux défendre une agriculture économiquement et écologiquement performante. «Il faut redonner confiance aux agriculteurs, car l’agriculture, surtout dans cette région du Monde, reste plus que jamais indispensable».

 

La force de l’unité

Il rappelait qu’il y a eu récemment des combats syndicaux qui ont abouti favorablement, par exemple sur le traitement des parcelles qui aurait pu être interdit à moins de 200 mètres de toute maison ou immeuble recevant du public, ou pour les cours d’eau, dont on a enfin une définition permettant leur entretien sur la base d’une charte qui a été définie (dans l’Oise) avec l’administration. Une cartographie des cours d’eau est en cours d’élaboration dans notre département.

Pour Laurent Degenne, on cumule aujourd’hui «trois niveaux de contestations : économique, environnementale et réglementaire. Nous avons parfaitement entendu ce message et nous en sommes totalement conscients. La question que l’on doit se poser ensemble, c’est comment faire passer le message : être durs vis-à-vis des pouvoirs publics en étant sympathiques pour l’opinion publique car désormais, le seule démonstration de force ne suffit plus». Pour le président de la FRSEA, il faut «être encore plus organisés, plus fédérés, plus unis entre organisations professionnelles agricoles».

Guillaume Chartier, après le tour des cantons, a rendu compte des activités générales de la Fdsea depuis le précédent conseil d’administration. Olivier Varlet, président du canton de Maignelay, a rendu compte de sa participation au comité mis en place par l’administration sur les élevages porcins et bovins viande en difficulté. Bernadette Brehon, représentante de la Fdsea au Comité de suivi de la mise en œuvre de la réforme de la Pac, a fait part de l’accompagnement qui est mis en œuvre par la Fdsea pour ses adhérents avec l’organisation de réunions d’informations, la diffusion de plaquettes d’informations, l’organisation de permanences et de rendez-vous d’assistance au remplissage des déclarations Pac.

Par ailleurs, la directive nitrates a de nouveau été évoquée, à propos de laquelle les éleveurs expriment de nouveau le refus de devoir encore investir pour mise aux normes. Christophe Beeuwsaert a exprimé la position de la FDSEA qui défend l’utilisation de l’auto-diagnostic qui doit être proposé par le ministère de l’Agriculture selon le mode de calcul Dexel et, lorsque les moyens de stockages sont suffisants en tenant compte du stockage des fumiers en bout de champ, exige l’absence d’obligation de création de nouvelles capacités de stockage.

Cette réunion du conseil d’administration a également été l’occasion d’aborder les sujets locaux, dominés par les problématiques des Bac (bassins d’alimentation de captage), les documents d’urbanisme en cours ou qui ont été contestés (dont un recours gracieux sur le Scot du Beauvaisis et une procédure contentieuse sur le Plu de Noyon), ou encore sur des projets de déviations routières.

Le problème des dégâts de gibier est aussi revenu dans les débats. Le conseil d’administration a rappelé la priorité qui doit être donnée à la diminution des populations pour limiter les dégâts et constaté qu’à ce jour, les objectifs des plans de chasse ne sont pas atteints. Il est également souhaité et demandé que des mesures de gestion spécifiques soient mises en œuvre sur les points noirs où les dégâts sont particulièrement importants.

L’ensemble de ces sujets est défendu au niveau départemental, certains en région, par exemple le SRCE ou la mise en œuvre du 2e pilier de la Pac. Laurent Degenne a présenté le travail au niveau régional au sein de la Frsea qui vise à conforter la solidarité et l’efficacité syndicale en s’adaptant aux réformes territoriales.

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