L'Oise Agricole 21 juin 2018 à 09h00 | Par JCD, NO

La chute des cours du sucre fait tanguer les sucriers

Une chute des prix mondiaux du sucre de près de 50 % sur un an du fait d'une hausse de la production mondiale. Pour leur première année de fin des quotas, les groupes sucriers français et européens tombent au plus mal.

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Concernant les prix de la betterave, les planteurs de Saint Louis Sucre ne connaissent toujours pas le prix de la récolte 2017. Tereos a annoncé un prix minimum de 25 EUR/t et Cristal Union a annoncé la suppression du prix minimum dès la campagne 2018.
Concernant les prix de la betterave, les planteurs de Saint Louis Sucre ne connaissent toujours pas le prix de la récolte 2017. Tereos a annoncé un prix minimum de 25 EUR/t et Cristal Union a annoncé la suppression du prix minimum dès la campagne 2018. - © A.P.

«Saint Louis Sucre ne paie pas ses planteurs correctement !», «Pas de prix, pas de semis !» : les producteurs de betteraves ont exprimé le 13 juin sur des pancartes leur inquiétude sur le prix de la betterave, lors d'une réunion avec la filiale de l'allemand Südzucker, au Grand-Quevilly (Seine-Maritime). Contrairement à ses concurrents, Saint Louis Sucre n'a pas encore fixé le prix de la récolte 2017. «Nous ne sommes pas prêts à annoncer le prix final 2017», a déclaré le président Carsten Stahn, prévoyant «fin juin» une réunion de la commission de répartition de la valeur. Seule indication, le prix de base pour les confrères allemands équivaut à près de 24 E/t (avec suppléments de prix), soit moins que les 25 E/t minimum chez Tereos et Cristal Union, et beaucoup moins que les 28,34 E/t de betterave contractée chez Cristal Union (indemnités d'arrachage incluses) et 28,40 E/t chez Tereos annoncés pour la récolte 2017.

Chez Saint Louis Sucre, le calcul du prix de la betterave est établi à partir d'une moyenne entre les quatre entités du groupe en Allemagne, Pologne, Belgique et France, selon une grille qui tient compte du prix de vente moyen du sucre départ usine pour tout le groupe Südzucker, maison mère de Saint Louis Sucre. Selon cette grille qui avait été dévoilée en 2016, un prix de vente moyen du sucre de 400 E/t conduirait à un prix de 23 E/t de betterave (dont 2 E de valorisation pulpe). Les planteurs de Saint Louis Sucre avaient initialement demandé un prix de base sur douze mois de commercialisation, repoussant ainsi l'annonce à fin septembre. Sauf qu'entre-temps, les cours mondiaux ont chuté, pour finir à - 25 % sur l'exercice 2017-2018. L'inquiétude sur la rémunération de la betterave est d'autant plus grande que les trésoreries sont malmenées par une conjoncture difficile pour toutes les grandes cultures.

Incertitude sur les surfaces 2019

«Le montant global du prix de la betterave 2017 sera connu au plus tard début juillet», s'est engagé le directeur betteravier Thierry Desesquelles. Saint Louis Sucre se trouve face à «un équilibre difficile à trouver» : «limiter la casse» en termes de résultat d'entreprise, «assurer un prix de la betterave suffisamment incitatif» pour que les planteurs continuent de produire. Un message plutôt mal perçu chez les producteurs réunis pour l'occasion dans un cinéma Gaumont, au Grand-Quevilly. Bon nombre d'entre eux ont eu l'impression d'assister à un mauvais film, au point de quitter la salle. «Sur le long terme, la betterave en Europe, en France, a une réelle opportunité de développement à saisir», a considéré le directeur des ventes Daniel Calmejane. Le monde va devoir produire 60 Mt de sucre en plus d'ici 2030, à dire d'experts.

Selon lui, la conjoncture actuelle «ne peut pas durer» : «Personne ne gagne de l'argent» avec des prix mondiaux aussi bas. Benoît Lefébure, planteur de Cagny, n'a pas semblé convaincu : «D'année en année, la relation de confiance se dégrade» entre planteurs et Saint Louis Sucre, a-t-il dit. Les perspectives 2018-2019 dressées par Südzucker, maison mère de Saint Louis Sucre, sont de mauvais augure. Pour l'exercice en cours, son résultat opérationnel est prévu entre - 100 et - 200 ME dans le segment sucre (contre + 139 ME sur 2017-2018).

Tereos maintient ses 25 EUR/t de prix minimum

Tereos, malgré un chiffre d'affaires au sommet en 2017-2018, affiche, quant à lui, une perte nette pour sa première campagne postquotas, marquée par une chute des cours mondiaux du sucre, a indiqué le 12 juin le groupe coopératif. La perte nette s'établit à 23 ME contre un bénéfice de 73,1 ME l'année précédente, le résultat net se montrant lui positif à 24 ME avant distribution. «Un marché mondial proche des plus bas de la décennie», explique ces difficultés, selon le président du directoire Alexis Duval, les cours du sucre ayant chuté de 25 % sur l'exercice. Les ventes de Tereos progressent pour leur part de 3 % à 4,99 MdE. «Avec une production de sucre record de 5,3 Mt de sucre (+ 26 %), Tereos est devenu cette année le 2e groupe sucrier mondial», a-t-il souligné. La rentabilité du groupe est, elle, en légère baisse, l'Ebitda reculant de 2 % à 594 Me. Avare de prévisions sur l'exercice 2018-2019, Tereos maintient toutefois son engagement à respecter un prix minimum de la betterave de 25 e/t.

Un «objectif ambitieux», comme l'a reconnu Alexis Duval le 12 juin, mais «pas farfelu». Tereos a accru ses parts de marché du sucre en Europe, passant de 11 % à 14 % cette année. Mais il souhaite réduire sa dépendance en poursuivant sa politique de diversification, notamment vers les innovations en produits sucrants, les protéines végétales et les activités amidonnières, lesquelles ont augmenté de 11 % sur l'exercice. Pour cela, Alexis Duval s'est montré ouvert à l'entrée d'autres acteurs au sein de la société. «On souhaite présenter aux coopérateurs le début d'une réflexion qui peut nous conduire à terme à ouvrir le capital de Tereos à des tiers non-coopérateurs», a-t-il déclaré, l'idée étant de «rester majoritaire ».

En poursuivant aussi son internationalisation, Tereos veut «limiter l'impact de la volatilité des prix», selon un communiqué. «Le centre de gravité de nos marchés se déplace à l'international», a considéré Alexis Duval. Tereos, qui souhaite muscler son réseau de distribution mondial, annonce également la création d'un nouveau centre de recherche et développement à Singapour, qui sera inauguré à l'automne 2018. Tereos prévoit un nouveau plan d'amélioration de la performance. Celui de 2015-2018 s'est traduit par 140 Me de gains opérationnels (contre un objectif de 100 Me). Le futur programme, en cours d'élaboration, sera «plus ambitieux que le précédent», a déclaré Alexis Duval, citant comme exemple de chantier la digitalisation des usines.

Fin d'un prix minimum chez Cristal Union

Du côté de Cristal Union, les résultats économiques du dernier exercice restent positifs. Le groupe affiche un résultat net part du groupe de 49 millions d'euros sur son exercice 2017-2018, en net retrait par rapport à l'exercice précédent (164 Me), mais celui- ci courait sur seize mois au lieu de douze mois. Ce résultat net s'entend après versement des compléments de prix aux coopérateurs, précise Cristal Union dans un communiqué du 13 juin. Le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros (2,5 MdE sur l'exercice précédent de seize mois) et un EBE de 164 Me, et se dit «en très bonne santé financière, en dépit d'un contexte de marché tourmenté». «Nous n'avions pas anticipé une baisse aussi marquée du marché mondial», reconnaît Alain Commissaire, directeur général du groupe, le 13 juin. Pour autant, Olivier De Bohan, président de Cristal Union, dit avoir tenu «un langage de vérité et de transparence face à la situation déprimée du marché mondial» aux coopérateurs lors des assemblées générales qui viennent d'avoir lieu.

Et le conseil d'administration du groupe coopératif a décidé «à l'unanimité» de «supprimer le prix minimum de la betterave dès la campagne 2018», même s'il «mesure l'impact fort que cette décision représente pour les coopérateurs ». Mais, il en va de «la pérennité du groupe sur le long terme», indique Cristal Union. Au printemps 2016, Cristal Union s'était engagé sur un «prix pivot» de 27 e/t, pulpes incluses, pour les récoltes 2017, 2018 et 2019 pour la totalité des betteraves contractées, avec un prix minimum de 25 E/t.

Des rapprochements ou acquisitions

Alain Commissaire s'est félicité des bonnes performances agricoles et industrielles en 2017-2018 avec une production de 17 Mt de betteraves et de 2,2 Mt de sucre cristallisé, des rendements de 15 t/ha de sucre et une durée de campagne de 125 jours, en hausse de près de trente jours. Le groupe dit avoir réussi à commercialiser 300 000 t hors UE en 2017. Pour autant, étant donné les prix déprimés du sucre, le groupe a indiqué qu'il allait ralentir certains programmes d'investissement, précisant qu'un milliard d'euros avaient été investis depuis 2010 pour faire monter le niveau technologique des sites de production.

Ainsi sa transition énergétique vers le tout gaz est terminée, celle vers la biomasse est «bien avancée». «On va bien», a insisté Alain commissaire qui a précisé que le groupe regarde toutes les opportunités de croissance externe, que ce soit sous forme de rapprochement, mais aussi sous la forme d'acquisition. On se souvient encore de l'affrontement, par voie de communiqués de presse, qui avait eu lieu entre les deux groupes coopératifs français début 2016, conduisant à la sortie de Tereos du syndicat des fabricants de sucre (SNFS). Cette querelle serait-elle derrière nous ?

Cristal Union et Tereos se lancent dans le sucre bio

Il n'y a pas si longtemps, les groupes sucriers français ne voulaient pas entendre parler de sucre bio, expliquant que le sucre étant un cristal pur, il ne conservait aucune trace du mode de production de la betterave dont il était issu. Mais comme le marché est demandeur, ils s'y intéressent désormais, d'autant que certains producteurs de betteraves qui convertissent leur exploitation en bio sont eux aussi demandeurs. Cristal Union a ainsi précisé qu'il venait de lancer une filière betterave bio avec 145 hectares en 2018, qui devrait atteindre 1 500 ha en 2019. Quant à Tereos, qui distribue déjà du sucre bio, il a annoncé son ambition de devenir à terme «un leader mondial de la production et distribution de sucre bio». Dès 2019, le groupe démarrera la production de sucre bio de betterave en France, et de sucre bio de canne au Brésil et au Mozambique.

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