L'Oise Agricole 27 décembre 2013 à 08h00 | Par Pauline Garaude

La Birmanie exportatrice de riz

Premier exportateur mondial de riz il y a 60 ans, la Birmanie a vu sa production s’effondrer au cours de 50 ans de dictature. Mais depuis l’ouverture politique de 2011, la riziculture repart.

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«Je suis vieux et travaille 16 heures par jour pour payer mes dettes», raconte Ohn Thaung, 75 ans, les pieds dans sa rizière du district de Bago, au Nord-Est de Rangoun. Il partage une hutte avec cinq enfants, 15 petits-enfants et deux buffles. Et a emprunté 200.000 kyats (300 dollars) à une coopérative d’État pour planter ses 28 hectares. «Ma famille est entourée de riz qu’elle ne peut manger parce qu’il faut le récolter et le vendre», explique le vieil homme au visage crevassé par le soleil. Zaw Moe, son fils de 36 ans, qui affirme que «chaque jour dans la rizière est une lutte pour la vie», dit pourtant placer tous ses espoirs dans les réformes du nouveau gouvernement.

Le président Thein Sein, au pouvoir depuis l’autodissolution de la junte en mars 2011, a multiplié les réformes politiques et économiques. C’est depuis, la porte ouverte aux investisseurs étrangers. Et pour l’agriculture, c’est une aubaine ! Une banque de l’agriculture a été mise en place en septembre 2012 pour faire crédit aux petits producteurs et des bailleurs de fonds accordent des prêts en agriculture.

Une enveloppe étrangère de 80 millions de dollars doit en partie être investie dans ce secteur - pilier de l’économie avec 65 % de la population active et 47 % du PIB. «C’est le meilleur moment et la meilleure chance d’investir en Birmanie, qui jouit de bonnes conditions climatiques, de vastes terres, de ressources en eau, de sols fertiles, de main-d’œuvre disponible et d’une politique favorable à l’agro-alimentaire», dixit Khin Mya Mya, une responsable du ministère de l’Agriculture. Depuis l’ouverture et avec la levée des sanctions, le pays peut de nouveau accéder aux fertilisants et autres produits agricoles dont elle a besoin pour relancer sa production (les Birmans consomment 210 kilos de riz par an, soit 11,5 à 12 millions de tonnes) et ses exportations.

 

3 millions de tonnes exportées d’ici 2017

La filière du riz est en plein développement, surtout les exportations. En 2011, la Birmanie a produit 12 millions de tonnes de riz et en a exporté 0,77. Pour cette année, l’USDA (département américain à l’Agriculture) estime que le pays aura exporté au moins 1,5 million de tonnes, ce qui le placera au 6e rang mondial. «Ces évaluations pourraient même être revues à la hausse au cours des prochains mois, puisque la Birmanie devrait profiter de la politique chaotique de la Thaïlande, qui s’apprête à perdre de nombreuses parts de marché en raison des subventions accordées aux agriculteurs», avance un diplomate français en charge des questions agricoles. «En octobre dernier, le gouvernement a annoncé un plan pour exporter 3 millions de tonnes de riz en 2017, grâce à une augmentation des surfaces semées, à un meilleur rendement lié à l’utilisation d’intrants de qualité que le pays peut de nouveau importer, et aux techniques d’irrigation que des ingénieurs vont pouvoir mettre en place. Cela permettrait au pays de redevenir l’un des principaux exportateurs mondiaux, ce qu’il était avant l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en 1962 avec un volume moyen de 5 millions de tonnes par an».

Selon Bas Bouman, directeur de recherche sur les récoltes à l’IRRI (institut international du riz) la Birmanie présente un environnement parfait pour la culture du riz dans de nombreuses régions et pourrait redevenir rapidement un exportateur de premier plan. D’autant que le riz birman va retrouver sa compétitivité grâce aux taxes d’exportation qui sont passées de 12 % à 2 % l’an dernier, et au système de préférence généralisé de l’Union Européenne. «Avec ce système, il n’y a pas de droits de douane pour les pays pauvres. La Birmanie avait perdu ce privilège en 1997 mais Bruxelles va le rétablir et cela rendra le riz très compétitif», assure ce diplomate français, très confiant sur la capacité de la Birmanie à redevenir un géant du riz.

 

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