L'Oise Agricole 13 avril 2017 à 08h00 | Par MR

L’interprofession semences inquiète pour ses céréaliers

Lors d’une journée organisée par l’interprofession des semences (Gnis) sur les céréales à paille, les intervenants se sont inquiétés de la perte de compétitivité des céréaliers français sur le marché international.

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- © Stéphane Leitenberger

C’est le président de la section céréales à paille du Gnis (interprofession semences), Thierry Momont, qui a tiré le premier la sonnette d’alarme, pointant d’abord l’effet des très mauvaises récoltes de l’année dernière. «Il y aura un avant et un après 2016, a-t-il lancé. La filière semences, comme les agriculteurs, risque fortement d’avoir du mal à se relever de cette année charnière. Les politiques agricoles doivent donc se coordonner en urgence pour résoudre cette problématique pression.»

Ces mauvaises récoltes ont eu un effet sur toute la filière, a-t-il insisté, notamment à l’export, où les entreprises ont perdu des clients. A plus long terme, il a appelé à un sursaut face à la «concurrence déloyale» des concurrents extra-communautaires sur le marché international du blé, à l’instar de «l’agriculteur russe qui gagne bien sa vie avec 150 € de l’hectare», et pointé du doigt la menace de voir l’Europe marginalisée sur ce marché comme elle le fut en maïs ou en soja, à cause d’interdictions et de normes excessives, estime-t-il.

 

Biodiversité, source de segmentation

La biodiversité était l’une des thématiques abordées durant cette matinée ; biodiversité vue comme une donnée contraignante à intégrer aux pratiques, mais aussi, pour l’essayiste Robin Rivaton, proche de Valérie Pécresse (LR), comme une source de segmentation du marché. Pour lui, il faut rechercher «l’équilibre fin entre les professionnels, qui peuvent sentir qu’il y a de la ressource dans la biodiversité (agronomie, segmentation des produits, ndlr), et un impératif de biodiversité, qui a parfois du bon sens, mais qui pèse économiquement».

Ce fut ensuite au président des Jeunes agriculteurs, Jérémy Decerle, de critiquer la politique agricole en matière d’environnement et de s’inquiéter de la survie des exploitations françaises. «En France, nous avons géré la question environnementale de manière désorganisée et dogmatique. Les agriculteurs savent aussi bien que les politiques que la société a des exigences. Laissez-nous faire !»

Note discordante de la matinée, l’ingénieur du CGAAER (ministère de l’Agriculture), Francis Dreyfus, auteur en 2016 d’une mission d’évaluation de la politique «Semence et agriculture durable», qui avait été lancée en 2011 à l’issue du Grenelle de l’environnement, a dénoncé la trop faible diversité des variétés cultivées dans le secteur protéagineux et parmi les plantes de diversification végétale : «Tout ça ne suscite pas suffisamment d’efforts de la filière semence publique et privée.»

Francis Dreyfus estime, plus généralement, que «les raisonnements concernant l’utilisation des semences ne changent pas», et met en avant les travaux d’écologues, pour qui l’amélioration de la résilience des cultures passe par leur «organisation spatiale», qui n’aurait pas été développée jusqu’ici par la filière. Et de conclure : «S’il n’y a pas d’écologie et d’agronomie, la biodiversité est insuffisamment valorisée.»

Ce à quoi le président de la section céréales à pailles du Gnis, Thierry Momont, lui répondra, en substance, lors de son discours de conclusion, qu’il ne saurait exister d’augmentation de biodiversité sans que soient créés, au préalable, de débouchés pour ces nouveaux produits. Et d’illustrer : «L’Etat nous répète à l’envi qu’il faut produire plus de pois protéagineux, mais les organismes stockeurs nous disent qu’ils n’ont pas de clients.»

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