L'Oise Agricole 30 novembre 2016 à 08h00 | Par L'Oise Agricole

L’historique du vote agricole aux présidentielles

De la droite traditionnelle à la diversité: le vote agricole s’émancipe.

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- © DR reussir

S’il est traditionnellement fidèle à la droite républicaine, le vote agricole recouvre finalement une diversité liée aux caractéristiques et à la géographie des exploitations. Même à droite, l’électorat paysan commence à s’émanciper des partis historiques. Le Front National pourrait en tirer avantage pour l’élection présidentielle de 2017.


La population agricole constitue un électorat «nettement ancré à droite», selon une étude de l’Ifop (Institut français d’opinion publique) portant sur l’élection présidentielle de 2012, publiée en février 2014. D’après l’institut, au premier tour de l’élection, les voix de droite et du centre atteignaient «76,5% chez les agriculteurs, soit 21 points de plus que dans l’ensemble de la population». Au second tour, 68 % des agriculteurs ont voté pour Nicolas Sarkozy, soit 20 points au dessus de la moyenne nationale.


«La droite est ultra-dominante dans les plus grandes exploitations» affirme l’Ifop, qui relève que 86 % des exploitants ayant une ferme de plus de 100 ha avaient voté pour Nicolas Sarkozy au second tour. Plus la taille de l’exploitation diminue, plus le vote s’équilibre entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Plus de 70 % des viticulteurs, éleveurs bovins et lait, producteurs de grandes culture et polyculteurs-élevage avaient choisi le candidat Sarkozy. Cependant, chez les maraîchers, c’est François Hollande qui arrivait en tête, avec 65 % des suffrages. Enfin, l’Ifop constate «une vraie coupure Nord/Sud». Nicolas Sarkozy a largement dominé (plus de 80 %) dans les régions au nord de la Loire, tandis que François Hollande a fait quasi jeu égal avec le candidat UMP dans le Sud-Ouest.

Le FN concurrence la droite républicaine à compter de 2002
«À partir de 2002, le FN parvient à concurrencer la droite classique, indique l’Ifop, et ce alors que les agriculteurs étaient, avec les catholiques pratiquants, les deux groupes sociaux les plus réfractaires au vote d’extrême droite». Pour le politologue Joël Gombin, «la résistance au vote FN n’existe plus en zone rurale». Au premier tour de l’élection de 2012, Marine Le Pen obtient 19,5 % des suffrages chez les agriculteurs. La surperformance est légère : la candidate récolte 18 % des votes de l’ensemble des Français. Pour l’Ifop, «les très bons scores obtenus par Marine Le Pen dans certaines zones rurales ne s’expliquent pas […] par une poussée spectaculaire du FN dans les milieux agricoles, mais plus par une progression de l’électorat rural populaire». La preuve : c’est dans les commune rurales ne comptant aucun agriculteur que la candidate FN a obtenu ses meilleurs scores.

De l’interdépendance à l’affranchissement
L’émergence - relative - du vote FN chez les agriculteurs s’explique à la lumière de l’allègement progressif d’un héritage historique fort. Dans les années 1960, le Général de Gaulle «donne les clés du pouvoir» aux agriculteurs, explique le politologue Joël Gombin. C’est le début d’un lien étroit entre la droite républicaine et le syndicalisme majoritaire, qui perdurera pendant plusieurs décennies.

Par la suite, même si «Pompidou, Mitterrand et Chirac ont revendiqué leur attachement à la terre» selon Eddy Fougier, politologue et chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques, l’intérêt des politiques à l’égard de l’électorat paysan va diminuer en même temps que la population agricole. Le basculement s’opère avec l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007.

Pour la première fois, un candidat qui n’affiche pas de lien à la ruralité est élu président. «Il n’y a plus d’intérêt électoral à séduire le milieu agricole» commente Roger le Guen, sociologue et enseignant chercheur à l’Ècole supérieur d’agriculture d’Angers.
De leur coté, les agriculteurs se libèrent du lien qui les attachait à la droite traditionnelle. D’abord, parce que «la FNSEA s’est aperçue qu’elle garde une influence, quel que soit le pouvoir en place» constate Joël Gombin.

Ensuite parce que «les jeunes agriculteurs sont moins liés aux structures agricoles et moins soumis au poids de la socialisation politique». Une opportunité dont pourraient profiter les partis de droite émergents, et le FN de Marine Le Pen.

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