L'Oise Agricole 18 mai 2015 à 08h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

L'élevage n'est pas tiré vers le haut, tout nous pousse vers le bas

Répondant à l’appel de blocage des abattoirs de la FNB, une délégation d’éleveurs a rencontré le directeur de Bigard à Formerie, le 12 mai matin.

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- © Dominique Lapeyre-Cavé

«Tout nous pousse vers le bas» : c’est le constat sévère et sans appel dressé par la dizaine d’éleveurs de l’Oise, de Seine maritime et de la Somme reçue par Christophe Élie, le directeur de l’abattoir. Ces responsables professionnels dont Guillaume Durant, président de la section viande bovine FDSEA 60, et Ludovic Cauchois, son homologue dans la Somme, dénonçaient l’engrenage infernal dans lequel la filière viande est engagée. Des consommateurs qui dépensent de moins en moins pour leur alimentation et qui, ayant perdu le temps ou l’habitude cuisiner, se nourrissent de steak haché issu de races laitières, une grande distribution qui pressure les industriels pour une course effrénée aux prix bas et, au bout de la chaîne, des éleveurs qui vendent leurs bêtes à des prix qui ne couvrent pas les coûts de production.

Des industriels comme Bigard voient leur marché jeunes bovins à l’export vers l’Italie ou la Grèce connaître des difficultés de solvabilité (le camion ne part que si le virement bancaire est déjà effectué) et donc se rétrécit.

S’ajoute à cela l’omniprésence des réglementations sanitaires (1 vétérinaire et 8 préposés à Formerie) qui contrôlent et verrouillent toute la chaîne, amenant parfois à des situations ubuesques. Christophe Élie citait le cas des bêtes accidentées qui doivent systématiquement subir des tests ESB.

Résultat : si une bête arrive à l’abattoir le mardi après-midi, les prochains prélèvements n’ont lieu que le vendredi et les résultats seront connus au mieux le lundi. La carcasse mature donc en frigo, ses abats sont jetés et la viande ne peut plus être utilisée pour du steak haché (abattage + 48 h maximum). Elle part donc à la saisie. Un véritable gâchis.

Le directeur pointait aussi les pratiques des éleveurs qui ont changé avec le temps. Auparavant, une bête moyenne était engraissée avant d’être abattue alors que maintenant elle est vendue illico, ce qui nuit à la qualité générale de la viande mise en marché.

Ce à quoi les éleveurs rétorquent que la différence de prix payé pour les bêtes de piètre qualité et celles de bonne qualité n’est pas suffisamment incitative. «Ce n’est pas rentable de faire de la qualité et cela a un coût. Les prix trop bas, les charges, tout nous pousse vers le bas.»

S’ajoute une réforme de la Pac qui nuit à la visibilité sur le marché. Les éleveurs de nos régions retournent un maximum de prairies, ils sont découragés. Quant aux éleveurs laitiers, c’est le niveau de prix du lait qui les pousse à vendre ou, au contraire, les incite à garder un maximum d’animaux.

Totalement ingérable pour les abatteurs qui doivent gérer des volumes fluctuants et souhaiteraient une gestion plus concertée des mises en marché. D’autant que, de son côté, la grande distribution, pour qui la viande est un produit d’appel, pousse à des prix bas.

Bref, le classique triptyque éleveurs-industriels-grande distribution dont les premiers sortent toujours perdants.

C’est bien de cela dont il sera question lors de la réunion prévue ce 12 après-midi au ministère de l’Agriculture.

 

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